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Serge Toubiana, une vie de cinéphile

L’Apollo accueille cet après-midi Serge Toubiana. Critique puis directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma et directeur de 2003 à 2016 de la Cinémathèque française, il publie ses mémoires. Interview.

A l’occasion de la publication de son livre Les Fantômes du souvenir aux éditions Grasset, Serge Toubiana sera présent à l’Apollo à partir de 18 h 30 pour une rencontre avec le public ponctuée d’extraits de films qui sera suivie par une séance de signature. A 20 h 30, il introduira la projection d’un western de Raoul Walsh.
L’Echo - Comment vous est venue l’envie d’écrire vos mémoires ?
Serge Toubiana - Je crois que c’était le bon moment pour revenir sur mon passé. Quand j’ai quitté mon poste de directeur de la Cinémathèque française en janvier 2016, je me suis demandé comment j’allais passer d’une suractivité à ne rien faire. Je me suis donc mis à l’écriture de ce livre. Mon parcours au cinéma s’étale sur soixante-sept ans. Mon premier souvenir de cinéma remonte à mes sept ans : mes parents m’ont emmené avec eux voir La Strada de Fellini. Nous habitions alors à Sousse en Tunisie. Mon enfance a été un moment décisif dans ma cinéphilie. J’ai vu beaucoup de westerns et de péplums, deux genres qui étaient à la mode à la fin des années 1950, et des comédies avec Jerry Lewis. Je ne me posais pas la question de qui était le réalisateur. C’est à partir de l’âge de 15-16 ans - nous habitions alors à Grenoble -, que j’ai découvert la notion d’auteurs. J’ai aimé les films de Godard, Truffaut, Resnais, Bertolucci, Milos Forman, qui m’ouvraient une fenêtre sur le monde. Dans ce livre, je parle de moi mais aussi des rencontres que j’ai pu faire avec des cinéastes qui ont compté pour moi et avec qui j’ai pu avoir de vrais échanges.
L’Echo - En votre qualité de critique aux Cahiers du cinéma...
Serge Toubiana - Oui, cette expérience  a été très formatrice. Ecrire dans cette revue, c’était un passeport maginifique. Où que j’aille, que ce soit en Russie ou aux Etats-Unis, Les Cahiers sont reconnus comme une revue très sérieuse. Cela m’a permis de nouer des liens très forts avec des cinéastes comme Scorcese, Wenders, Truffaut. J’ai eu la chance de passer trois jours avec Clint Eastwood. A la fin, c’est lui qui m’a remercié en me disant : « En Amérique, jamais on ne me pose ces questions ». On ne leur parle que du casting et du box office, nous, on essaie d’aller un peu plus loin... A la Cinémathèque française, j’ai reçu Spielberg : il était ému mais moi j’étais dix fois plus ému que lui !
L’Echo - Que pensez-vous du concept de Retours vers le futur ?
Serge Toubiana - Je le trouve très intéressant car cela crée une émotion particulière d’avoir quelque chose du passé qui revient dans le présent. J’ai aussi découvert le travail de conservation des films amateurs par Ciclic . Quand j’étais à la Cinémathèque française, nous n’avions pas cette option. Notre ambition était de conserver des films du monde entier, on découvrait des films que l’on croyait perdus à jamais. Ce que fait Ciclic peut permettre de tomber sur des trésors inédits. Et puis les films de famille où l’image tremble un peu, cela me touche beaucoup.
L’Echo - Parlez-nous du western que vous avez choisi...
Serge Toubiana - Pursued de Raoul Walsh : c’est un western psychanalytique d’un très grand cinéaste avec un acteur merveilleux, Robert Mitchum. Son personnage est hanté par une image qui l’a traumatisé dans son enfance.
L’Echo - Dimanche, l’Apollo programme le dernier film de Bertrand Tavernier, Voyage à travers le cinéma français...
Serge Toubiana - J’ai beaucoup aimé ce film. On apprend beaucoup de choses. Le film dure 3 h 15 mais on ne s’ennuie pas une seconde. C’est un travail que lui seul pouvait faire. Il prépare d’ailleurs la suite : une série de huit émissions de 52 mn pour France 5
L’Echo - Avez-vous toujours autant de plaisir à vous asseoir dans une salle de cinéma ?
Serge Toubiana - Oui, le plaisir est intact, la curiosité est toujours là. Chaque film est une nouvelle fenêtre qui s’ouvre, un temps magique. Je me sens redevable du cadeau que l’on me fait.

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