[intégral] Le capitaine quitte le paquebot

Après vingt-six ans de bons et loyaux services à la tête de la Scène nationale de Châteauroux, François Claude prend sa retraite. Ce Lillois était arrivé en 1993 pour l’ouverture d’Equinoxe.

Ces vingt-six ans ont passé extrêmement vite et même de plus en plus vite les dernières années. C’est ce que le poète Thomas Vinau appelle “la hyène du temps”, qui ne te lâche pas les mollets », sourit François Claude. Le 30 juin, il quittera officiellement le poste de directeur de la Scène nationale qu’il a occupé pendant vingt-six ans.
Ce Lillois arrive en 1993 à Châteauroux recruté pour gérer la nouvelle salle de spectacle que fait construire la municipalité de Jean-Yves Gateaud. Après des débuts au sein de la compagnie L’Oiseau mouche, il a forgé ses armes dans le réseau des Scènes nationales à Villeneuve d’Asq et à Evry.
« Quand j’ai vu l’appel d’offres dans Télérama, j’ai sauté dessus ! », se souvient-il. Châteauroux, ville moyenne de province, possède alors un bon tissu culturel et artistique sur lequel il va prendre appui : « Il y avait un terreau : on venait parachever les choses, c’était palpitant ! ». Peu séduit par l’ambiance ville nouvelle, il apprécie qui plus est dans le Berry sa « douceur de vivre ». Equinoxe ouvre ses portes en 1994 : « le jour de l’inauguration, le grand rideau de scène ne s’est pas levé. Il a fallu une heure pour le décoincer. »
Certains auraient pu croire à un mauvais présage, pas lui ! Les premières années, François Claude et son équipe ne ménagent pas leurs efforts et ils sont récompensés : en 2000, Catherine Tasca, ministre de la culture, accorde le label Scène nationale à Châteauroux.
La roue tourne très vite. Pendant la saison en cours (40 spectacles en moyenne), il faut préparer la suivante. Aller aussi chercher les spectateurs « un à un ». Il y a les moments inoubliables comme l’attribution d’une Victoire de la musique au Quatuor Debussy alors qu’il joue ce soir-là à Châteauroux ou les soixante ans de Jacques Higelin.
Il y a aussi ces rencontres émouvantes avec des spectateurs : cet adolescent assis derrière lui qui laisse éclaté sa joie à la fin d’un spectacle, cet abonné qui a travaillé au chantier de la salle ou encore cette petite fille qui venait avec son grand-père. Aujourd’hui, les rôles se sont inversés : c’est elle qui l’emmène...
Le dernier gros chantier de François Claude, avant de passer la main, a été le rapprochement entre la salle de spectacle et l’Apollo qu’il avait rouvert en 1998.
Une page se tourne. Bien que discret, François Claude aura marqué la vie culturelle indrienne pendant un quart de siècle. Il n’avait certes pas prévu de rester aussi longtemps mais ses trois tentatives de départ pour d’autres aventures restèrent infructueuses.
Fin juin, il confiera les commandes du paquebot à son successeur qui doit être désigné le 17. Trois candidats (deux hommes et une femme restent en lice). Il aura ensuite le temps de... prendre son temps, d’aller par exemple prendre un café en terrasse au petit matin en lisant la presse, de lire et d’écrire aussi, une gymnastique à laquelle il s’astreint déjà quotidiennement sous forme d’aphorismes. Le capitaine part, l’homme de culture reste.

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