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La Turquie au risque de la dictature

RÉFÉRENDUM . En plein état d’urgence et en l’absence de médias indépendants, les Turcs voteront dimanche pour ou contre le changement de Constitution.

ANKARA
Dimanche, les électeurs turcs sont appelés à voter « Evet » (oui) ou « Hayir » (non) à la modification de la Constitution proposée par leur président Recep Tayyip Erdogan.
Les dix-huit amendements soumis en bloc au vote visent à concentrer tous les pouvoirs exécutifs dans les mains du seul président, en fusionnant à cette fonction celle de Premier ministre. Cet hyper-président pourra nommer ou révoquer les membres du gouvernement, mais aussi magistrats, hauts-fonctionnaires, militaires, recteurs etc... Il pourra en outre gouverner par décrets, c’est-à-dire sans le Parlement, et déroger à la Constitution quand il le jugera nécessaire.
Ces changements doivent intervenir en 2019 lors du prochain mandat présidentiel, mais comme le rapporte Le Monde de vendredi, il est peu probable qu’Erdogan attende deux ans pour adopter une réforme qui lui donne le droit de rester au pouvoir jusqu’en 2029.
De la démocratie à la terreur
Cette concentration des pouvoirs dans les mains du seul président, Erdogan semble l’avoir préparée depuis longtemps : maire d’Istanbul de 1994 à 1998, il fonde en 2001 le parti AKP qui sort vainqueur des législatives en 2002 et lui permet de devenir Premier ministre en 2003 pour dix ans. Il amende alors la Constitution pour que le Président soit élu directement par les citoyens (et plus seulement par les députés), et devient en août 2014 le premier président turc élu au suffrage universel.
Dès ce moment-là il évoque la modification de la Constitution pour promouvoir un « régime présidentiel ». Mais il lui faudra deux ans, et l’aide du quasi providentiel « putsch » de juillet 2016, pour installer un climat de terreur, proclamer l’état d’urgence et lancer la procédure du référendum à l’automne 2016.
Si les kurdes, réprimés de longue date, avaient mis beaucoup d’espoir de démocratisation dans la perspective d’adhésion européenne, la situation s’est au contraire orientée vers une dictature qui ne dit pas son nom. Les vagues d’arrestations touchent désormais tous les progressistes en général et tous ceux qui ne sont pas de l’AKP en particulier.
Tandis que la torture fait son retour, la Turquie compte aujourd’hui 228 journalistes en prison et 149 médias
fermés.
Au terme d’une campagne où les partisans du « non » ont été constamment empêchés de s’exprimer, les résultats du référendum de dimanche s’annoncent néanmoins serrés.
« Dans ce monde globalisé, quand le feu prend quelque part, il peut rapidement se transformer en incendie généralisé », rappelle Can Dündar (rédacteur en chef en exil du quotidien turc Cumhuriyet) dans Le Monde du 13 avril, manière de souligner que ce référendum nous concerne tous.
Stéphanie Vincent

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