Une société fracturée et en réel état d’urgence démocratique

TURQUIE. Au lendemain de la victoire du « Oui », contestée par l’opposition, le président Erdogan entend accroître sa mainmise sur la vie politique du pays.

RÉFÉRENDUM
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a tancé hier les observateurs étrangers qui ont mis en doute l’équité du référendum sur ses pouvoirs, en célébrant sa victoire étriquée avec des milliers de partisans dans son palais à Ankara.
Au lendemain du référendum remporté d’une courte tête par M. Erdogan et contesté par l’opposition, une mission commune d’observateurs de l’OSCE et du Conseil de l’Europe a estimé que la campagne s’était déroulée dans des conditions inéquitables et que le scrutin n’avait pas été « à la hauteur des critères » européens.
« Ils préparent un rapport à leur goût. (...) Déjà, restez à votre place ! », a lancé M. Erdogan dans un discours au palais devant des milliers de sympathisants. « Nous ne voyons et nous ne tenons pas compte de tout rapport que vous pourriez préparer ». Le chef de la diplomatie turque a pour sa part jugé les conclusions des observateurs « biaisées » et « inacceptables ».
Ton de défi envers l’Europe
M. Erdogan a aussi adopté un ton ferme à l’égard l’Union européenne, évoquant l’organisation d’un référendum pour décider de poursuivre ou non les négociations d’adhésion de la Turquie au groupement.
« Ils nous font attendre à la porte de l’Union européenne depuis 54 ans, n’est-ce pas ? (...) Nous pourrons aller au-devant de notre peuple, et nous obéirons à sa décision », a-t-il lancé.
Les relations entre Ankara et l’UE se sont fortement tendues ces derniers mois, le président turc accusant certains dirigeants européens d’avoir recours à des « pratiques nazies » après l’annulation de meetings pro-Erdogan, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas. « L’Union européenne menace de geler les négociations. A vrai dire, ce n’est pas très important pour nous. Qu’ils nous communiquent leur décision ! », a ajouté M. Erdogan qui a répété qu’il approuverait le rétablissement de la peine de mort en cas de vote en ce sens au parlement, faute de quoi un référendum sur la question serait organisé.
Paris a averti hier qu’une telle mesure provoquerait une « rupture » avec l’Europe.
Avec sa victoire au référendum, M. Erdogan, qui a échappé à une tentative de putsch le 15 juillet 2016, pourrait en théorie rester à la tête de l’Etat jusqu’en 2029. Il a occupé le poste de chef du gouvernement entre 2003 et 2014, avant d’être élu président.
Faisant fi des contestations de l’opposition, le parti au pouvoir (AKP) a annoncé qu’il proposerait fin avril à M. Erdogan de retrouver sa place dans ses rangs, premier point de la réforme - il ne pouvait jusqu’alors pas rejoindre un parti -, dont la plupart des volets entreront en vigueur après les élections présidentielle et législatives de 2019.
Dans la soirée, un Conseil national de sécurité a décidé de prolonger l’état d’urgence en vigueur depuis le putsch avorté. « Je ne pense pas qu’Erdogan va s’écarter de l’approche musclée de la politique qu’il a adoptée jusqu’à présent », estime Fadi Hakura, du centre de réflexion londonien Chatham House. « Il risque de mettre les bouchées doubles sur sa ligne très dure ».
Murat Yetkin, rédacteur en chef du quotidien anglophone Hurriyet Daily News souligne pour sa part qu’« Erdogan est un politicien suffisamment expérimenté pour savoir que cette victoire étriquée ne l’autorisera pas à agir aussi librement qu’il le pourrait avec une marge plus importante ».
AFP

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