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L’Europe libérale reprend du poil de la bête

CONSEIL EUROPÉEN. Atteint de « macronmania », il se lance dans la construction d’une Europe de la défense et d’un noyau dur de la zone euro, avec budget et ministre. Exit paix, diplomatie et alternative budgétaire.

BRUXELLES
Si la gauche de transformation va avoir fort à faire dans l’Hexagone pour combattre les décisions d’une Assemblée nationale ultra-dominée par les députés macronistes, elle aura aussi du pain sur la planche au niveau européen où elle n’est pas davantage en position de force et où « l’effet Macron » est également en train de se faire ressentir. Le Conseil européen, qui s’est déroulé jeudi et vendredi à Bruxelles, a témoigné d’une incroyable « macronmania », certes bien orchestrée médiatiquement.
Alors que les europhiles libéraux semblaient très atteints par le Brexit et la montée des populismes, versant des larmes de crocodile sur l’incompréhension générale de leur « oeuvre », les voilà qui reprennent du poil de la bête. Au point d’afficher l’accord avec la Grèce comme signe du renouveau - alors que rien n’a été obtenu sur la dette qui puisse à terme, permettre au pays de sortir de l’ornière - et de voir Donald Tusk, président du Conseil européen,« rêver » d’un maintien du Royaume-Uni dans l’UE.
De ce Conseil européen sont tout d’abord sorties les fondations d’une Europe de la défense. Mise en commun des achats de matériels militaires et de la recherche, soutien aux industriels de la défense, réaction militaire et civile rapide en cas de crise grave : d’une même voix, les dirigeants de l’UE ont promis de « renforcer la coopération ». À la clé, un fonds doté de 90 millions d’euros dans un premier temps puis de 5,5 milliards par an à partir de 2020.
Pas question de remettre en cause le Ceta
La crainte d’un désengagement américain annoncé par Trump, le départ de la très atlantiste Grande-Bretagne et la volonté farouche de poser les Russes comme des ennemis ont plaidé dans ce sens même si tous les sujets ne sont pas encore tranchés, comme la mise sur pied d’opérations lourdes et combattantes dans le cadre d’une coopération permanente structurée. Il n’empêche. La logique est désormais de guerre, bien loin de l’approche pacifique et diplomatique portée par Jean-Luc Mélenchon durant la présidentielle.
Autre évolution : la chancelière allemande s’est déclarée officiellement prête à discuter des propositions d’Emmanuel Macron de créer un noyau dur de la zone euro avec un budget propre et un super ministre des Finances. La guerre et l’euro comme projet : bien loin d’une Europe sociale et de solidarité à laquelle certains s’étaient également pris à rêver durant la campagne électorale.
Le dernier pilier du triptyque infernal a été abordé vendredi : le libre-échange. Si Emmanuel Macron joue avec les mots en plaidant pour une « Europe qui protège » et en disant toute sa conscience des enjeux climatiques, pas question de remettre en cause les traités commerciaux type Ceta. Sa proposition concerne un « instrument de contrôle des investissements étrangers en Europe », ciblant particulièrement sans les nommer les Chinois qui ont inquiété les Allemands qui ont assisté au transfert de technologies « made in germany » quand le géant Midea a racheté Kuka, tout comme certains Français ont alerté sur les transferts possibles quand les chantiers navals de Saint-Nazaire sont rachetés par Fincantieri en affaire avec des Chinois.
Pour autant, l’affaire ne fait pas consensus car les plus pauvres - Grèce et Portugal - ont besoin de ces investissements leur offrant le bol d’air financier que leur interdit la pression budgétaire européenne et les plus riches sont très attachés à ne pas entraver l’investissement. À tel point que le président français apparaîtrait presque comme « protectionniste »… Tout comme il est apparu comme « trop exigeant » en matière de travailleurs détachés (lire ci-dessous).
Décidément, un maître en manipulation.
Angélique Schaller

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