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Moins de protection, plus d’emplois précaires et de temps partiels subis... le bilan du Job acts

EMPLOI. Le bilan mitigé des observateurs sur la réforme du marché du travail italienne, lancée en 2014.

ITALIE
« Le Job acts est un demi-succès et un demi-échec ». Carlo Alberto Carnevale Maffè est professeur à l’Université Bocconi à Milan. Alors que le débat fait rage en France sur la réforme engagée par le président Emmanuel Macron, son équivalent à l’italienne, le Job acts, fait l’objet de bilan mitigé de la part des observateurs alors que Matteo Renzi se targue d’avoir fait bouger les lignes et créé près d’un million d’emplois.
Réforme phare du gouvernement Renzi lancée début 2014, le Job acts a pour philosophie de libérer le marché du travail, en facilitant les licenciements et favorisant les embauches.
L’idée est aussi de casser la dichotomie entre, d’un côté, des travailleurs jeunes, pour la plupart précaires et, de l’autre, des plus anciens ultra-protégés.
Sa mesure centrale : la création d’un contrat à durée indéterminée (CDI) à « protection croissante ». Le licenciement est facile durant les trois premières années, puis de plus en plus compliqué et onéreux. La réintégration des salariés licenciés abusivement, jusque-là automatique, est par ailleurs supprimée, sauf en cas de discrimination. En contrepartie, l’entrepreneur est condamné à verser une indemnisation dont le montant est fixé en fonction de l’ancienneté. Le tout s’est accompagné en 2015 et 2016 d’exonérations
fiscales pendant trois ans pour les entreprises embauchant en CDI.
L’adoption de cette loi a donné lieu à un débat houleux. Controversée au sein même de la coalition gouvernementale, elle est contestée
dans la rue, avec notamment une grève générale en décembre 2014.
Trois ans plus tard, Tania Sacchetti, secrétaire confédérale du syndicat Cigl, juge sévèrement ses résultats : « nous avons affaibli
la protection et les droits des travailleurs – le CDI n’est par exemple plus aussi sûr qu’il l’était – mais l’économie n’en a pas bénéficié », affirme-t-elle, en dénonçant le développement en Italie d’un « travail plus précaire » et « de temps partiels non voulus ». Les exonérations fiscales « ont coûté quasiment 18 milliards d’euros », souligne-t-elle par ailleurs, en notant qu’« elles ont un peu drogué le marché » en créant « une bulle ».
Si les embauches en CDI ont explosé la première année, elles ont en effet nettement diminué par la suite. Face à la « polémique », Matteo Renzi se dit « sans mot », martelant que le Job acts a contribué à « créer 918.000 postes de travail de février 2014 à aujourd’hui ». Concrètement, il est difficile d’évaluer le nombre d’emplois réellement créés par la réforme, de surcroît dans un contexte de petite reprise économique, mais les experts jugent l’estimation « optimiste », voire « un peu berlusconienne », selon l’expression de M. Carnevale Maffè. De plus, la hausse de l’emploi a surtout profité aux plus de 50 ans, le chômage des jeunes représente le plus grand échec du Job acts, juge également le professeur « 35% des jeunes (de 15-24 ans) n’ont pas de travail et 40.000 quittent chaque année l’Italie pour aller travailler à l’étranger », rappelle M. Martone, vice-ministre du Travail sous le gouvernement de Mario Monti.
Avec AFP

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