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Les finances avant le peuple

EUROPE. Athènes sort de la procédure de déficit excessif. Mais à quel prix ? Revue d’un enthousiasme technocratique malsain.

GRÈCE
Plus d’un quart du PIB a été perdu, le chômage a explosé s’établissant toujours à 24% avec une pointe à 46% chez les jeunes, 4% de la population a quitté le pays, 36% de celle qui est restée risque de sombrer dans la pauvreté et l’exclusion mais... qu’importe, le plus important serait que « les finances de la Grèce sont en bien meilleur état ».
C’est le ministre des Finances de l’Estonie – pays qui assure en ce moment la présidence tournante de l’Union européenne – qui s’en ait félicité hier. Se faisant, il a annoncé la sortie d’Athènes de la procédure de déficit excessif ouverte depuis
2009. Se faisant, le Conseil de l’Europe a validé une recommandation de la Commission européenne datant de mi-juillet. Le commissaire européen des affaires économiques et financières, le Français Pierre Moscovici, a commenté l’annonce en affirmant qu’il s’agissait d’une « reconnaissance des efforts et des sacrifices considérables faits par le peuple grec pour restaurer la stabilité
des finances publiques de leur pays ».
« Des efforts et sacrifices considérables » ? La formule est faible. Les salaires n’ont cessé de chuter au point de s’établir à 650 euros en moyenne, les retraites ont été diminuées à 11 reprises, la Grèce est le seul pays européen où le salaire minimum a baissé durant ces dix dernières années. Et que dire de la santé et de la mortalité infantile qui a progressé de 40% selon Médecins du Monde quand les avortements progressaient, eux, de 30% ?
Mais qu’importe. L’heure est aux réjouissances et à l’auto-congratulation de la part d’une Europe qui veut affirmer qu’elle a su remettre la Grèce « sur les rails » en se réjouissant de la timide croissance annoncée pour l’an prochain.
L’heure est même tellement à la fête que Jeroen Dijsselbloem, chef de file de l’Eurogroupe, était hier à Athènes. Une ville où il n’avait plus mis les pieds depuis l’arrivée de Syriza, pour avoir été par trop malmené par l’ancien ministre des finances Yanis Varoufakis qui n’avait de cesse de rendre publiques les pratiques antidémocratiques de cette institution non élue.
Hier, il s’est encore permis de dire à Alexis Tsipras qu’il fallait que la Grèce conclut « au plus vite la 3e revue » de ses réformes pour lui permettre de « sortir propre du programme de soutien financier fin août 2018 afin que le pays retrouve son indépendance économique ». Au plus vite, cela signifie faire passer les 95 « pré-requis » – pour reprendre la formule des technocrates – exigés par les créanciers du pays et qui manquent encore à l’appel, soit la réforme du droit du travail, de l’administration publique, du marché de l’énergie et le programme de privatisation.
Des réformes d’ampleur donc, que ce monsieur Dijsselbloem veut voir terminer avant l’Eurogroupe du 4 décembre prochain.
A.S.

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