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Ces femmes dans les pas de Marielle Franco

MILITANTISME. Un assassinat qui a ravivé la flamme des femmes qui luttent contre les inégalités.

BRÉSIL
« C’est dur, on dirait que ma vie s’est arrêtée » affirme Buba Aguiar, 25 ans, entre deux sanglots, en voyant un reportage sur Marielle Franco à la télévision. L’assassinat de cette conseillère municipale noire de 38 ans issue des bidonvilles le 14 mars dernier a suscité une vive émotion au Brésil et notamment dans le milieu des femmes militantes qui représentent le renouveau de l’engagement politique au Brésil.
Des militantes telle Buba, très active sur les réseaux sociaux et qui depuis l’assassinat a du quitter la favela d’Acari où elle vit « pour des raisons de sécurité ». Mais, malgré les menaces fréquentes, elle continue de critiquer fortement les forces de l’ordre : « je ne trouve pas que les policiers manquent de formation, bien au contraire. Ils sont formés pour poursuivre une politique d’assassinat des Noirs, des pauvres et de toutes les populations marginalisées».
Autre exemple, celui de la chanteuse de samba Marina Iris, qui n’hésite jamais à s’exprimer librement en musique sur les questions de genre, de race et de classes sociales : « la musique a le pouvoir de parler à beaucoup de gens, c’est un instrument pour changer la société. En tant que militante, je ne me sens pas obligée de chanter uniquement des chansons engagées, mais je me sens utile quand j’arrive à toucher les gens ». Elle avait pris part activement à la campagne qui a permis l’élection de Marielle Franco en 2016, distribuant des tracts et créant même un jingle. « L’exécution de Marielle représente une tentative pour faire imploser un mouvement qui tend vers la diversité, vers une société plus égalitaire. Mais le symbole que Marielle est devenu nous donne de la force » apprécie-t-elle aujourd’hui.
Thula Pires est, elle, la seule professeure de droit noire de la PUC-Rio, prestigieuse université privée et catholique où Marielle
Franco a étudié la sociologie.
A 38 ans, elle ne se sent pas à l’aise dans le milieu universitaire, qu’elle fréquente pourtant depuis 15 ans. Elle se dit « en transit » entre la dure réalité de Sao Gonçalo, banlieue pauvre de Rio où elle a grandi et vit encore aujourd’hui, et cette faculté majoritairement fréquentée par de jeunes Blancs des quartiers chics « Effondrée » après l’assassinat de son amie, cette jeune femme souriante aux longues tresses africaines assure qu’elle a « perdu beaucoup de choses, y compris la peur ». Même si elle avoue avoir été déconcertée quand sa fille de cinq ans lui a demandé : « Maman, ils vont te tuer toi aussi ? ».
J. Lo Borges, plasticienne et militante LGBT née dans le quartier populaire d’Iraja, au nord de Rio, se sentait représentée par Marielle Franco à un point qu’elle n’aurait jamais imaginé dans la politique brésilienne. « Aujourd’hui, je n’arrive pas à faire de l’art sans connotation politique. Je tente toujours de donner plus de visibilité à la cause lesbienne », explique-t-elle.
Elle tente aujourd’hui de « faire vivre ses idéaux » grâce à des ateliers d’art et des événements culturels, sans savoir toutefois « comment
gagner la sphère politique ». Depuis la mort de Marielle, elle se sent plus vulnérable que jamais. « Depuis que j’ai 15 ans, les gens changent de trottoir en pensant que je vais les voler ». AFP