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« L’occupation d’un peuple par un autre n’est pas une solution viable »

GÉOPOLITIQUE. L’ambassade des Etats-Unis est transférée aujourd’hui à Jérusalem. Trump agit « sans se préoccuper des éventuelles répercussions », analyse Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, interrogé hier sur France inter.

Une semaine de tous les dangers s’ouvre au Proche-Orient.
Elle a été inaugurée dimanche par la célébration par les Israéliens et de nombreux « supporters » venus de l’étranger, de l’anniversaire
de la prise de Jérusalem-Est par l’armée israélienne en 1967. Un acte de guerre qui pour Israël correspond à la « réunification » de la ville.
Dans la continuité de ce regain ultra-nationaliste, les Etats-Unis inaugurent aujourd’hui en grandes pompes leur ambassade à Jérusalem,
coïncidant avec le 70e anniversaire de la création d’Israël en 1948. Une décision unilatérale prise par le président Donald Trump. Lors de la guerre de 1967, Israël s’est emparé de Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville, puis l’a annexée. En 1980, Israël a proclamé tout Jérusalem sa capitale « éternelle et indivisible ». Cette décision a été déclarée illégale par la communauté internationale, qui considère Jérusalem-Est comme occupée et pour laquelle, en attendant un apparemment lointain règlement du statut final par la négociation entre les deux parties, les ambassades ne doivent pas se trouver à Jérusalem.
Cette reconnaissance de Jérusalem comme capitale officielle d’Israël vient aggraver une crise profonde. Pour Pascal Boniface, le directeur et fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), si « les symboles ont toujours leur importance en diplomatie » cette inauguration « ne change pas la réalité du terrain », a-t-il analysé hier sur l’antenne de France inter. « La solution à deux Etats paraît de plus en plus difficile et impossible à mettre en oeuvre aujourd’hui.
On s’en éloigne chaque jour. L’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem ne change pas la réalité sur le terrain, ni la composition du gouvernement israélien, ni l’état dans lequel est la société palestinienne et le leadership palestinien mais c’est un pas supplémentaire ». Et de souligner : « c’est d’ailleurs une constante dans la politique de Trump : je fais ce que je veux pour des considérations principalement de politique intérieure sans me préoccuper des éventuelles répercussions ». Une attitude qui l’a poussé à dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien la semaine dernière.
« Il faudra voir le jour d’après parce que la société palestinienne est complètement décomposée. Il n’y a plus aucun espoir dans cette société et je ne pense pas que l’occupation d’un peuple par un autre soit une solution viable sur le long terme », insiste Pascal Boniface.
54 Palestiniens tués depuis le 30 mars Mardi, les Palestiniens commémorent la « Nakba », la « catastrophe » qu’a représenté pour eux la proclamation d’Israël. Dans les territoires occupés, l’armée israélienne a doublé les effectifs de ses unités combattantes autour de Gaza
– sous blocus israélien depuis dix ans – et en Cisjordanie occupée. Gaza est depuis le 30 mars, le théâtre d’une « marche du retour » qui voit des milliers de Palestiniens manifester à la frontière avec Israël. 54 Palestiniens ont été tués depuis.
L’attitude des pays arabes de la région ajoute à la complexité du conflit israélo-palestinien. « Le fait que l’Egypte et l’Arabie saoudite soient du côté de Trump et n’aient pas protesté, fait passer la pilule beaucoup plus facilement. Pour l’Arabie saoudite, le danger ce n’est pas israël, c’est l’Iran qu’elle voit comme une menace existentielle », fait remarquer Pascal Boniface. C’est pour cela qu’elle «s’accommode très bien à la fois d’Israël et du transfert de l’ambassade américaine ».
Quant à l’Egypte, elle « est complètement pieds et poings liés, pour des questions à la fois de sécurité et de financement, aux Etats-Unis et aux Saoudiens et là aussi ne proteste pas. »
F.V avec AFP

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