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Dix ans après, vers une nouvelle crise financière ?

LEHMAN BROTHERS

C’était promis : plus jamais ça ! Pourtant dix ans après la faillite de Lehman Brothers et du séisme qu’elle a engendré, les experts voient venir la nouvelle crise financière. Sans savoir nous dire quand et où ça va péter.
Ce fut le détonateur. Le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires américaine, provoquait une véritable déflagration dans le système financier mondial. La crise couvait depuis un moment, fruit de deux choses : la recette imaginée pour sortir de la précédente, et les innovations des petits génies de la finance.
En 2001, après une période de spéculation intense, les cours des actions des entreprises liées au développement d’internet se sont effondrés. Pour relancer la machine, les autorités américaines ont fortement baissé les taux d’intérêt afin de faciliter les crédits, et demi-tour toute vers l’immobilier ! Mais assez vite, l’affaire s’est heurtée à un os : tous ceux qui voulaient devenir propriétaires et en avaient les moyens l’étaient devenus. Restait à fourguer des maisons aux pauvres. Et à trouver un moyen pour les banques prêteuses de s’en laver les mains : les produits « dérivés » ont fait l’affaire – permettant de vendre sur les marchés les crédits consentis transformés en produits financiers bien rémunérés donc attractifs, et de disséminer ainsi les risques sur à peu près toute la planète.
La crise des « subprimes » (nom de ces prêts immobiliers à risque), c’est de l’histoire ancienne, nous dit-on. Facile à dire ! Moins à entendre pour ceux qui subissent toujours les séquelles de la profonde récession économique que cette crise a engendrée. On pourrait même ajouter qu’il ne s’agit que d’un épisode de la crise profonde dans laquelle le capitalisme est englué depuis le milieu des années 1970 et dont les travailleurs paient le prix fort (chômage, baisse des salaires, précarité…).
Certes, le cataclysme financier de 2008 a été épongé.
Les Etats ont dépensé des sommes colossales pour sauver les banques, empruntant sur les marchés et faisant gonfler leurs propres dettes. Ce qui sert d’alibi commode aux gouvernants pour imposer des politiques d’austérité et casser le secteur public. Les banques centrales ont laissé tomber leurs principes pour abreuver les banques d’argent bradé (prêté à 0% voire à taux négatif) et délester leurs bilans d’un maximum de créances pourries (qui ne seront jamais remboursées). Le tout sans se soucier de l’utilisation de ce pognon de dingue qui a surtout nourri d’autres spéculations.
Et voilà ces banques centrales qui marchent sur des oeufs pour revenir doucement à des pratiques plus « conventionnelles
»… sans trop savoir ce que cela va produire sur la machine économique.
Toujours des créances douteuses
Malgré tout ça, bon nombre de banques sont toujours lestées de créances douteuses, rebaptisées « prêts non performants
» (plus de 700 milliards d’euros pour les seules banques européennes). Et pas des moindres : la première banque allemande, la Deutsche Bank, est une véritable bombe à retardement. Quant aux pratiques spéculatives, elles vont toujours bon train malgré les garde-fous mis en place après la crise de 2008 (obligation pour les banques de financer leurs activités avec plus de capitaux propres, de détenir plus de titres financiers sûrs…) Mais les produits financiers dangereux n’ont pas été interdits. Et « la banque de l’ombre » (le shadow banking) – entité agissant hors du système bancaire traditionnel et échappant à sa réglementation – prospère, lovée souvent dans les paradis fiscaux.
Tout va très bien madame la marquise ! En 2007, alors que s’accumulaient les signes d’un écroulement imminent de l’usine à gaz « subprimes », tout le monde se voulait rassurant.
Les banquiers, parce que tant qu’il y a encore moyen de gagner de l’argent… Les économistes en vue, parce que les marchés s’autorégulent, c’est bien connu ! Les gouvernants, parce qu’on ne va quand même pas contrarier les capitalistes…
Aujourd’hui au contraire, tout le monde s’accorde sur le fait que ça va péter. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne de 2003 à 2011, estime le système financier mondial « au moins aussi vulnérable sinon plus qu’en 2008 ». Christine Lagarde, reine de la méthode Coué il y a 10 ans alors qu’elle était ministre de l’Économie, a changé de lunettes à la tête du FMI et pointe à toute occasion les risques d’une prochaine crise.
La prochaine fois, ce sera donc « on vous l’avait bien dit ! » Mais personne ne semble capable de dire quand et d’où viendra le prochain krach. Ni de l’empêcher, sinon par quelques incantations. Le système financier demeure plus que jamais opaque. Quant au capitalisme moralisé, c’est un oxymore.
D.S.

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