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La francophonie : un jouet macronien ?

EREVAN (ARMÉNIE)

300 millions de locuteurs français dans le monde et Macron qui veut jouer le chef en imposant la nouvelle secrétaire générale - anglophone - pour des raisons de politique extérieure... française. Récit.
Le nombre de locuteurs français « en progression de 14 % depuis 2014 » : le constat du nouveau rapport de l’Organisation international de la Francophonie présenté hier à l’occasion du 17e sommet qui se déroule jusqu’à ce soir à Erevan en Arménie. Avec 300 millions de locuteurs dans le monde, le français devient donc la cinquième langue parlée dans le monde après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe.
« Le centre de gravité de la francophonie continue de se déplacer vers le sud. Sur les 22,7 millions de francophones qui sont venus grossir cette planète, 68 % se trouvent en Afrique subsaharienne et 22 % en Afrique du Nord », analyse le rapport. De quoi satisfaire Emmanuel Macron qui revendique le sujet comme « une priorité ». Hier encore, à la tribune, il a affirmé que « l’épicentre de nos langues françaises n’est pas à droite ou à gauche de la Seine, mais sans doute dans le bassin du fleuve Congo ou quelque part dans la région ». Et d’appeler à « donner la priorité à la jeunesse ». Des mots. Car l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger a été purement et méthodiquement dépouillée. Des fonds ont en revanche été trouvés pour organiser un congrès des écrivains de langue française, afin de promouvoir le français comme « langue de création », pour la différencier de la « langue d’usage » qu’est l’anglais.
À Erevan, quelques voix se sont d’ailleurs élevées contre cet « usage ». Des représentants de Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Estonie, Grèce... ont lancé un plaidoyer en faveur de l’utilisation de la langue française dans les institutions européennes.
Car à l’heure du Brexit, l’anglais y est d’un usage plus que… dominant.
Mais le dossier le plus chaud est l’élection de la nouvelle secrétaire générale de l’OIF cette après-midi. Officiellement deux candidates sont en lice, la sortante, la canadienne Michaëlle Jean, et la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo. Mais la victoire de la seconde étant quasiment acquise tant… Macron a fait du lobbying. Une occasion selon lui de solder un passif entre les autorités françaises accusées d’avoir joué un rôle dans le génocide de 2014, et le Rwanda. Sauf que depuis 2008, Kigali a remplacé le français par l’anglais, qu’il a rejoint le Commonwealth.
En soutenant la candidate d’un Rwanda « grossièrement anglophile » à la tête de l’OIF, « Macron se fait l’ennemi de la francophonie », a dénoncé le député insoumis de Marseille Jean-Luc Mélenchon. « La France fait de la francophonie un levier de rapprochement avec le Rwanda, mais elle utilise ça au détriment des pays démocratiques, des pays africains et même du Canada », a déploré Babacar Justin Ndiaye, éditorialiste sénégalais interwievé par l’AFP, en référence au bilan contesté du régime Kagame en matière de droits de l’Homme. « Ça fait réseautage, ça fait Françafrique », apprécie pour sa part Alex Kipré, écrivain ivoirien. Pour Paul Bérenger, un dirigeant de l’opposition mauricienne, « la façon dont le président Macron traite la Francophonie comme un jouet de la France est scandaleuse».
Angélique Schaller