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Laurent Péréa : «En finir avec l’ingérence revenir au dialogue

Venezuela. Depuis quelques mois, le sort du Venezuela est devenu un enjeu régional vital pour ceux qui cherchent un changement de « régime » comme pour les soutiens du gouvernement Maduro.

C’est dans ce contexte que le Venezuela, pays producteur de pétrole, se retrouve
prisonnier depuis 2014-2015 de la guerre des prix déclenchée par l’Arabie saoudite, d’abord à la demande des Etats-Unis, puis en concurrence avec eux. Sans nul doute dans la confrontation en cours, après le Brésil, la chute du Venezuela entraînerait des conséquences graves pour les pays de la région, et pour Cuba en particulier avec lequel l’administration Trump entend réutiliser la méthode de
l’affrontement direct.
Le 4 janvier 2019, prenant pour prétexte initial les conditions électorales qui ont permis la victoire de Maduro, une poignée de gouvernements opposés à la révolution bolivarienne appelé pour l’occasion «communauté internationale» ont approuvé un document signant une véritable déclaration de guerre. A cette date, le groupe de Lima* en présence du secrétaire d’Etat US -non membre du groupe de cette coalition- définira le scénario d’une série d’actions à mener contre Caracas. Prétextant l’élection de Nicolas Maduro illégitime -à contrario de l’ONU-, il l’exhorte à ne pas assumer la présidence et à «transférer le pouvoir exécutif à l’Assemblée nationale». Certains pays Européens lui emboîtent le pas, dont la France.

tentative de coup d’Etat institutionnel

Cette tentative de coup d’Etat institutionnel s’inscrit dans une stratégie de substitution des pouvoirs
politiques légitimes par une
ingérence en violation de la charte de l’ONU. Le but recherché par Washington et ses alliés loin, d’être d’ordre démocratique, s’avère ouvertement politique avec la
volonté de remettre l’opposition à la tête du 1er pays pétrolier. Le rapport de force qui s’installe avec l’opposition grandissante entre ceux parlant de légalité et ceux prônant la légitimité, ne peut que faire dégénérer le climat.
La crise a pris une nouvelle dimension ces derniers jours : intimidations, violences aux frontières colombienne et brésilienne, batailles d’images de Guaido sur un camion à la frontière colombienne, déclarations du secrétaire d’Etat américain exprimant sa volonté de « passer aux actes », intervention du groupe de Lima, Guaido président intérim autoproclamé parcourant l’Amérique latine à la recherche de nouveaux soutiens. Le Venezuela fait face à une offensive néolibérale allant de pair avec d’autres stratégies dans la région : attaque sur la démocratie, coups d’Etats institutionnels, multiplication de fake-news (nouvelle arme d’ingérence et de bataille idéologique venue de l’extérieur, alimentée par des moyens financiers énormes), couplée avec les attaques actuelles sur la souveraineté populaire.
C’est une véritable épreuve de force pour justifier une violation de la souveraineté du Venezuela et le non respect de ses institutions, ouvrant la porte à une possible intervention militaire. Au-delà de soutenir le coup d’Etat, Trump l’a devancé, aide à l’organiser.
Le conflit a pris une autre dimension le week-end dernier avec l’opération communication de Guaido, soi-disant humanitaire… En fait, une tentative de fracturer l’armée vénézuélienne. Echec de l’opération… et des soutiens escomptés qui se délitent. C’est le président du Comité International de la Croix Rouge en Colombie et de l’envoyé du Pape François qui ont précisé qu’ils ne participeraient pas à cette opération, car « cette aide n’est pas humanitaire », tout comme le
Secrétariat Général de l’ONU qui a parlé de « plus politisée qu’humanitaire » ou encore l’ancien secrétaire de l’Organisation des États Américains, José Miguel Insulza : « Quand on voit la participation d’un chef des armées US, des généraux de toute sorte, le sénateur Rubio et d’autres, cela ressemble moins à une aide humanitaire qu’à un prétexte pour la confrontation ».
A noter un fait rarement rapporté, celui de Maduro reconnaissant la crise accentuée par le blocus imposé à son pays, laissant entrer une véritable aide humanitaire véhiculée par l’ONU, la Russie, le Mexique ou l’Inde avec qui des accords viennent d’être signés très récemment et qui envoient des tonnes de médicaments ou de nourriture par le port de la Guaira.
Le groupe de Lima réuni ce 25
février en présence de Pence,
vice-président US, et de Guaido à Bogota face à l’échec de l’opération dite « humanitaire », dans sa déclaration a décliné «que la transition vers la démocratie doit être conduite pacifiquement par les Vénézuéliens eux-mêmes, dans le cadre de la Constitution et du droit international, en usant de moyens politiques et diplomatiques, sans recours à la force » sans toutefois appeler les parties au dialogue.

Pour autant, la situation est-elle bloquée ?

Des voix montent pour exprimer l’exigence de paix, condamner la violence et toute ingérence; pour trouver par le dialogue des solutions politiques en laissant le peuple vénézuélien décider de son avenir (seulement 40 pays sur les 194 qui composent l’assemblée générale de l’ONU soutiennent Guaido).
Ce jeudi, le Conseil de sécurité était appelé à voter sur deux projets de résolution concurrents sur le Venezuela, l’un porté par les Etats-Unis, l’autre par la Russie, mais tous les deux n’ont pu aboutir.
La France agira-t-elle de concert avec le groupe constitué autour du Mexique et les membres du Conseil de sécurité pour qu’une initiative sous égide de l’ONU permette aux parties opposées de co-élaborer un processus de résolution politique pacifique de la crise nationale comme le suggère son secrétaire général, Antonio Guterres? L’histoire reste à écrire.

*Le groupe de Lima réunit 13 pays latino-américains et le Canada. Le Mexique d’Andrés Manuel Lopez Obrador, seul membre du groupe à ne pas avoir reconnu Juan Guaido, s’est abstenu de participer à la réunion de Bogota.

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