Quatre familles mises à la rue

Social

Une quinzaine de personnes originaires d’Albanie, de Serbie et du Kosovo sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français vont être délogées de l’hôtel où elles vivent depuis l’automne dernier. Cette décision émanant des services de l’Etat symbolise la politique répressive à l’encontre des demandeurs d’asile.

Ma mère est atteinte d’une tumeur au cerveau, ce n’est pas supportable de savoir qu’on va devoir dormir à la rue. On a quitté l’Albanie à cause de la mafia, qui a tué deux personnes de notre famille. On veut mener une vie normale en France, travailler, mais ils ne nous laissent aucun
espoir ».
Mikal Hyra, 23 ans, est inquiet. Comme trois autres familles originaires d’Albanie, de Serbie et du Kosovo, ce jeune Albanais et ses parents risquent d’être expulsés de l’hôtel Formule 1 de Boulazac où ils sont logés depuis neuf mois par le 115. Parmi ces familles, deux enfants de 2 et 7 ans, et un adolescent de 17 ans. Dandha, originaire d’Albanie aussi, s’inquiète de dormir dehors avec ses deux enfants : « On ne connaît pas bien la ville, tous les jours on va se demander où dormir...». Une situation inacceptable pour ces réfugiés, arrivés en France en 2016, qui vivaient déjà dans des conditions difficiles. « Ils sont à quatre dans une chambre de Formule 1 depuis neuf mois », rappelle Hélène Elouard, membre du Réseau éducation sans fontières. Mais à partir de lundi, elles n’auront plus de toit. La Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) a en effet décidé unilatéralement d’arrêter de financer leur logement alors qu’elles sont en attente de régularisation (1). Sans titre de séjour, ces familles se sont vues délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) par la Préfecture. Elles ont exercé plusieurs recours auprès du tribunal administratif, pour l’instant toutes refusés. Selon Hélène Elouard, la décision de la DDCSPP tient à « un budget en baisse et au fait que ces familles ont engagé plusieurs recours refusés, et que ça n’aboutira jamais... ». En attendant, les familles sont à l’hôtel Formule 1 jusqu’à lundi matin. Après, elles « devront appeler le 115 tous les jours pour demander un hébergement », déplore Hélène Elouard. Une situation qui a un impact psychologique important pour des personnes ayant quitté la violence dans leur pays.
Durcissement de la politique d’accueil
Selon Hélène Elouard, « le tribunal administratif donne peu souvent de recours positifs quand la famille est depuis peu  en France ». Les associations de soutien à ces familles, RESF et la Ligue des droits de l’homme (LDH) en particulier, s’inquiètent de ces rejets massifs. Un durcissement facilité aussi par un contexte politique défavorable pour les demandeurs d’asile. Selon les militants associatifs, ces situations sont directement issues de la loi Asile et Immigration et de la circulaire Collomb de décembre 2017. « Les OQTF sont prononcées de plus en plus rapidement, les personnes ont du mal à pouvoir s’intégrer et à bien préparer leur dossier. Il y a très peu de demandes d’asile accordées, elles sont faites dans des conditions épouvantables avec beaucoup de stress pendant l’interrogatoire », dénonce Hélène Elouard.
Certaines familles avaient aussi engagé des demandes de carte de séjour pour étranger malade, mais qui n’ont pas été acceptées. « Certaines ont subi des violences et ne peuvent pas retourner dans leur pays », poursuit Hélène Elouard, qui en appelle à la solidarité citoyenne pour héberger ces familles. Pour une enseignante de Périgueux, mobilisée aux côtés de ces familles, « c’est minable qu’ils aient fait ça l’été, c’est plus facile car il n’y a pas de mouvement de solidarité comme pendant la période scolaire ». Si Hélène Elouard « ne pense pas » que les familles seront expulsées de France, « il faut rester vigilants car la menace plane toujours ». Mais le risque est aussi que ces personnes se découragent et décident d’elles-mêmes de partir. « Ces derniers temps, plusieurs familles qui étaient en Dordogne, voyant leur situation bloquée, ont fini par retourner dans leur pays »...
(1) Malgré nos sollicitations, ni la DDCSPP ni la préfecture n’ont répondu à nos questions.

air max 90 essential footlocker