Dublinés, ils risquent la mort au bout du chemin

Réfugiés

Mercredi le comité de soutien de la famille Abdulhusain, Irakiens menacés d’expulsion (voir l’écho du 25 octobre) était reçu par le secrétaire général de la préfecture, Laurent Simplicien, pour plaider son maintien sur le territoire.

Le 18 octobre à la préfecture se tenait un colloque sur la radicalisation, animé par Nicolas Hénin, grand reporter de guerre qui a vécu toutes celles du Golfe et les Printemps arabes depuis 2002 avant d’être retenu en otage par Daesh entre juin 2013 et avril 2014.
Il a longuement expliqué les traumatismes vécus par les populations, qui ont fini pour beaucoup par se tourner vers ceux qui avaient les moyens de les protéger, à savoir les groupes armés. Les représentants de l’état, à la tribune, l’écoutaient avec la même émotion palpable que le reste de la salle décrire les situations des familles et des enfants (voir l’écho du 22 octobre). On a donc du mal à croire que ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, refusent à une famille irakienne dont la maman, enceinte de sept mois, attend le troisième enfant, la sécurité d’un avenir de paix. Bien sûr, la législation est dans ce cas suivie à la lettre, du moins la législation européenne qui prévoit qu’un réfugié ayant déposé une demande d’asile dans un des pays de l’Union ne peut en déposer ailleurs, suite à la loi dite Dublin III. Or les Abdulhusain sont arrivés en premier lieu en Norvège, en 2015, après un périple à pied pour fuir l’Irak et ses violences. Ils y ont été déboutés de leur demande et ont épuisé tous les recours, ce qui signifie que s’ils y retournent, ils seront directement expulsés vers leur pays d’origine où les attend une mort certaine. Le père tenait en effet un magasin de musique, et il faut savoir que pour les intégristes musulmans, la musique est proscrite, considérée comme décadente. C’est pourtant vers ce pays que la préfecture de la Dordogne veut les renvoyer. Alors certes, cela se fait dans le respect du droit européen, mais quid de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ou celle des droits de l’enfant, ratifiées toutes deux par la France et qui garantissent le droit de s’installer où on le désire, et celui de la scolarisation pour les enfants ? Cette situation est totalement inacceptable pour le comité de soutien qui s’est créé autour d’eux avec l’appui de la Ldh et de Resf et qui était reçu mercredi matin en préfecture. Si la réunion a duré près d’une heure, elle a accouché d’une maigre souris. La famille est en effet autorisée à rester jusqu’à la naissance du troisième enfant, prévue pour dans deux mois, la maman vivant une grossesse pathologique l’obligeant à rester couchée, ce qui, au regard des conditions d’insécurité dans lesquelles vit la famille, n’a rien de surprenant. Après, retour à la case départ, l’Irak, via la Norvège, ce que font semblant d’ignorer nos énarques qui se dédouanent en laissant les Norvégiens faire le sale boulot. « Il nous a été dit que c’était au premier pays européen où ils avaient mis les pieds, à savoir la Norvège, à régler leur situation », indiquaient les membres de la délégation reçue par Laurent Simplicien, à l’issue de l’entretien. « Pour l’hébergement, il s’est engagé, comme la loi l’y oblige, à ne pas les laisser à la rue, mais dans quelles conditions ? Nous demandons le respect de la personne et le côté humanitaire. La famille souhaite rester ici et leur fils aîné, Mohamed, âgé de six ans, également. Il est scolarisé à Clos-Chassaing, et bien que la famille ne soit arrivée en France qu’au mois de juin, manie déjà très bien notre langue, et a été élu délégué de sa classe. Là, la famille a un répit, mais Mohamed est très inquiet, a très peur de devoir repartir, et son état nécessiterait aujourd’hui une prise en charge psychologique suite à des terreurs dûes à l’instabilité dans laquelle on le fait survivre avec sa famille ».

Les explications de la préfecture
La préfecture a choisi de répondre aux légitimes questions que nous désirions poser après l’entrevue avec le comité de soutien par un communiqué que nous vous livrons dans sa froide intégralité : « Le secrétaire général de la préfecture, a reçu ce matin des représentants d’un collectif de parents d’élèves et de professeurs de l’école Clos Chassaing à Périgueux, au sujet de la situation de la famille  Abdulhusain. Cette famille irakienne est entrée sur le territoire européen en Norvège, puis en France en juin 2018. En application des accords européens dits Dublin III, cette famille a fait l’objet d’une décision de transfert vers la Norvège, état européen qui a enregistré pour la première fois sa demande d’asile et qui est désormais responsable de son examen. Par un jugement du 4 octobre 2018, le tribunal administratif de Bordeaux a validé la décision préfectorale. Il a été décidé que, Madame Abdulhusain étant enceinte, la procédure de transfert vers la Norvège serait à ce stade suspendue ». Pour la famille, c’est suspendue dans un vide sidéral qu’elle attend la prochaine étape...

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