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"Une réponse et demie au courrier adressé aux 557 maires de Dordogne"

Grève des sapeurs pompiers

Une trentaine de sapeurs pompiers du SDIS de la Dordogne ont rejoint la manifestation des sapeurs pompiers à Paris, ce mardi 15 octobre 2019. Celle-ci répondait à l’appel d’une intersyndicale. « Une première », qui dit déjà la profondeur du malaise de la profession. Les Périgourdins ont dressé la liste des revendications. Certaines sont locales.

 

" Cette intersyndicale est une première. Les sapeurs pompiers se sentent totalement solidaires ». A une accumulation de difficultés qui impactent les SDIS de France, s'ajoutent des revendications liées au projet de réforme des retraites en cours, celles qui sont liées à leur statut et des revendications propres au SDIS de la Dordogne. Avant de les justifier, le président du syndicat autonome des sapeurs professionnels SASPP24 Bruno Franchitto a tenu à préciser que, seuls les collègues des centres de secours de Périgueux et de Bergerac avaient pu s’organiser pour se libérer pour se rendre à Paris, soit une trentaine. « Ce sont les centres où les gardes sont postées qui ont pu le faire. En revanche, les sapeurs pompiers des autres centres de secours ne pouvaient pas car ils sont en gardes journalières ». Cette manifestation nationale intervient après plus de trois mois de grève... travailléee. En effet, si le mouvement qui a commencé exactement le 26 juin dernier se répète dans l’ensemble de l’Hexagone, la population ne le sait que parce que les entrées des centres de secours et quelques véhicules sont floqués. « Le caractère unitaire de la manifestation des sapeurs pompiers est totalement nouveau. C’est une première ». Celle-ci pourrait être un indicateur du niveau du ras le bol : les 7 syndicats représentant l’intersyndicale réunissent à eux tous 85% des sapeurs pompiers professionnels -officiers et sous officiers. « Les sapeurs pompiers se sentent totalement solidaires ». Le président du SASPP24 Bruno Franchitto n'y va pas par quatre chemins. « Le malaise est profond ». En effet, la liste des revendications est longue comme un jour sans pain. Y sont à la fois réunies les exigences qui concernent la Dordogne spécifiquement et celles qui sont communes aux SDIS de la France entière.

 

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Une explosion des interventions qui laisse de marbre

« Pour faire face à l’augmentation notable des interventions, on a besoin d’embauches massives, au risque que le service rendu à la population se dégrade ». Bruno Franchitto rapporte en outre le sentiment général, sachant que les soldats du feu sont rompus au contact avec la population. « On apparaît comme le dernier rempart». Sachant aussi que cette explosion des recours qu’on leur adresse est liée à des cas qui n’entrent pas dans leurs compétences. Captures d’animaux, ascenseurs bloqués, dégagements d’arbres couchés sur la chaussée... consomment du temps à des professionnels qui, par définition initiale, sont faits « pour l’urgence ». Mais voilà, les temps changent, semble-t-il, et le président du SASPP24 décrypte en quoi. « Les services publics se désengagent, les professionnels de santé, les policiers, les gendarmes évoquent leurs difficultés... ce qui implique au passage qu’on ne peut plus compter sur nos collègues comme c’était la tradition ». Non seulement on appelle pour tout les sapeurs pompiers mais en outre, mais le dimensionnement des moyens n’est pas adapté à cette inflation des sorties. Conjointement, il faut avoir en tête qu’il y a de moins en moins de sapeurs pompiers volontaires alors que la composition professionnels-volontaires « était la stratégie des secours en France ». Or, aujourd’hui, en moyenne, l’engagement d’un sapeur pompier volontaire est de sept ans. La Dordogne n’échappe pas à l’inflation des recours aux SDIS 24. « Ils augmentent de 5 à 8 % par an, depuis environ une décennie. Or, au SDIS de la Dordogne, les effectifs étaient en 2014 de 235 sapaurs pompiers professionnels et, en 2019, ils sont de 226 ». Sous la cocotte, la pression monte, mais, chez les sapeurs pompiers, « on ne formule pas ses problèmes ». Eh bien aujourd'hui 15 octobre est une exception.

 

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Mutisme

« Quand il y a moins de sapeurs pompiers, c’est la durée d’intervention qui s’allonge... et c’est la population qui est en danger... ». Or, le président Franchitto insiste. «... comme les collectivités locales se sont désengagées... ». Les sapeurs pompiers ont été reçus par leur président Serge Merillou. « Il est celui qui peut nous comprendre»... à la virgule près, somme toute, puisqu’ « il possède toutes les statistiques de l’activité du SDIS ». Et alors, qu’a-t-il dit ? Précisément qu’il n’y avait en effet rien à faire et que la situation allait bien se dégrader. « Il avait jeté l’éponge ». Sursaut chez ses interlocuteurs. « Mais ce n’est pas votre rôle ! ». Alors c’est à la porte du président du Département Germinal Peiro que les sapeurs pompiers sont allés, le 26 septembre, frapper pour faire état de leurs difficultés. « Le président Peiro n’a rien dit du tout, il n’a émis aucune proposition. Notre entrevue n’était pas préparée ». En tout état de cause, aucune piste n’a permis de chercher une issue au blocage comptable. « Le Département a diminué son apport car, si une partie du budget est fixe -45 M - l’autre est variable. Nous, on ne juge pas mais le Département ne priorise pas la sécurité ». Le préfet Frédéric Perissat a également accepté de recevoir les sapeurs pompiers, le 11 octobre. « Sa fonction lui fait signer le schéma départemental d’analyse des interventions, mais il nous a rappelé à juste titre que s’il représente l’Etat en Dordogne, il n’est pas le payeur ». Ce dernier prévoit d’ailleurs de procéder à une autre piqûre de rappel, en début d’année 2020. « Ce sont les communes qui financent ». Et les sapeurs pompiers ne mesuraient pas encore dans quel désert ils allaient précher.

 

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« On a écrit aux 557 maires de la Dordogne ». Le retour sur cet envoi en masse a été plutôt modeste... « Nous avons eu une entrevue avec le maire de Bergerac Daniel Guarrigue qui nous a témoigné de un intérêt certain. Il nous a donné son avis : pour lui, la solution passe par la hausse du contingent incendie des communes et/ou par le conseil départemenatl qui peut mettre la main à la poche. Le maire de Lalinde Christian Bourrier nous a répondu par courrier -une lettre -type- qui n’a pas d’impact». Bruno Franchitto a dans l’idée que l’approche des municipales participe beaucoup à cet immobilisme quasi général. Les candidats au scrutin 2020 n’ont pas été sondés... seraient-ils en mesure, eux, de se positionner ? Il reste la population, dont le point-de-vue est « en décalage » avec ce silence radio des premiers magistrats. «Les gens nous demandent si le leur a réagi...». C’est vrai que « l’Etat ne donnant rien, il revient aux collectivités locales de s’adapter ».

 

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Deux autres points d’achoppement en Dordogne

« En Dordogne, sur une garde de 24 h, les sapeurs pompiers professionnels ne sont payés que 16 h; en revanche, si la garde est de 12 h, ils sont payés 12 h ». C’est une disposition ancienne. Sauf qu’une directive européenne interdit de travailler au-delà de 10 h. Le président du SDIS 24 Serge Merillou « n’a pas dit non... mais il faut embaucher ! ». Ce qui n’arrive pas, de fait. Conclusion inévitable de Bruno Franchitto. « Donc on ne peut pas passer à 12 h ! ». Ce n’est pas tout pour les réclamations qui portent sur le fonctionnement du SDIS Dordogne. « Les sapeurs pompiers qui ne sont pas officiers doivent réaliser des tâches administratives... mais le SDIS 24 refuse de les reconnaître... alors qu’il le fait pour les sapeurs pompiers officiers ». Pour cette manière de « traiter inégalement les agents », le président du SASPP24 «en veut à M. Merillou ».

 

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Avec les autres SDIS

« Tous les SDIS de France veulent que notre métier soit reconnu métier à risque, avec le régime de retraite et l’indemnité spécifiques associés ». Pourquoi ? Tout simplement parce que les sapeurs pompiers entendent qu’en cas de drame -cela s’appelle mort en service commandé - leurs compagnes, leurs familles soient reconnues. En outre, les sapeurs pompiers sont des « agents territoriaux avec une indemnité de feu »... mais ladite prime « est bloquée à 19% et, en cas de reconnaissance du métier comme à risque, celle-ci passerait à 28% ». Mais peut-être que « ne pas donner à l’opinion la bonne définition d’un régime spécial » est ce qui ulcère le plus le président du SASPP 24. « Dit-on que nous surcotisons chaque mois à hauteur de 90 € pour partir en retraite ? Et dit-on que l’on gagne un an pour cinq ans de service ? ». Or cela signifie qu’ « on doit donc faire 27 ans en tout... et, après, on surcotise à fonds perdus ». Aussi, il serait « logique » de « la plafonner pendant ces années supplémentaires : surcotiser, oui, mais déplafonner conjointement ! ». C’est au passage apporter également à la connaissance de l’opinion que « le régime retraite des sapeurs pompiers est largement excédentaire ». Notamment parce que l’espérance de vie de ceux-ci est... 67 ans. En cause : la dangerosité propre à la profession mais aussi les contrecoups de son exercice, comme le stress, qui peut entraîner des problèmes cardiaques retard ou l’exposition à la fumée. « On se sent des soldats alors on ne râle pas, mais c’est un ras le bol qui s’est accumulé ». Sachant que les sapeurs pompiers se sentent aussi des « citoyens qui ne veulent pas que le service public rendu soit dégradé, d’autant que c’est de secours dont il s’agit ». Et ils parient que les gens dans la rue seraient eux-mêmes prêts à payer un petit surplus pour qu’ils récupèrent le moyen d’effectuer leurs missions.

 

Fabienne Ausserre