Juste "une pension digne du travail effectué"

Réforme des retraites

Ce vendredi 18 octobre 2019, entre 300 et 400 retraités agricoles ont défilé du palais de justice de Périgueux à la préfecture pour demander la revalorisation de leurs retraites

Bien sûr, le président départemental et national de l’association nationale des retraités agricoles de France (ANRAFRoger Tréneule de Saint-Avit-Seigneur était du cortège des retraités agricoles qui manifestaient ce vendredi 18 octobre 2019, à Périgueux, pour que leurs pensions soient revalorisées. Les motifs de la protestation étaient clairs. « Tout d’abord, nous voulons demander la revalorisation immédiate de toutes les retraites agricoles. Deuxièmement, nous sommes là pour soutenir une nouvelle proposition de loi qui va être déposée devant l’Assemblée dès le début de l’année prochaine par le député PCF André Chassaigne pour porter les retraites agricoles à 85% du SMIC ». LIRE AUSSI : Les Jeunes Agriculteurs de la Dordogne soutiennent leurs aînés 

Gouvernement Macron égale abandon ?

« Cette revalorisation avait été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée et au Sénat… mais le gouvernement l’a bloquée. Nous sommes donc très amers et très déçus car, depuis deux ans, il n’y a eu aucune revalorisation alors que sous les précédents quinquennats, il y en a toujours eu ». Dans ce nouveau projet de loi, c'es un nouveau financement de cette revalorisation qui est décrit. La manifestation des retraités agricoles avait encore un 3e objectif : avoir l’assurance d’une égalité de traitement « avec les futurs retraités agricoles à qui on a promis 85% du SMIC indexé ». Ce n'est pas tout. C'est « la création d’une 5e branche de la sécurité sociale pour assurer la dépendance et la perte d’autonomie de tous les retraités" qui est réclamée. "Aujourd’hui, il est impossible d’aller en maison de retraite vu la faiblesse du niveau des pensions, c’est inaccessible. Soit ce sont nos enfants qui paient, soit il faut tout vendre… s’il nous reste quelque chose ». LIRE AUSSI (et VOIR LA VIDÉO) : "Après avoir contribué à la richesse nationale, les retraités agricoles priés de compter sur… la solidarité nationale ?" 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes

« La moyenne des retraites agricoles aujourd’hui, c’est 800 € pour les chefs d’exploitation et à peine 500 € pour les femmes, ce qui est indigne car nous avons cotisé. Toutes ces retraites sont en dessous des minima sociaux… et du minimum vieillesse! L’allocation spéciale personnes âgées (ASPA) va passer à 903 € mensueles dès le 1er janvier. Nous reprochons d’ailleurs au Président Emmanuel Macron de nous renvoyer systématiquement vers cette ASPA, qui est une aide sociale et non une retraite. Nous, on demande une retraite digne de notre travail qui a été dur ! ». LIRE AUSSI : Création d'un pôle public d'éradication de l'amiante : réponse mi-novembre 

Un dossier classé pour le gouvernement ? 

Jean-Pierre Lacour de Coulaures, administrateur national de l’ANRAF a rencontré il y a quinze jours Emmanuel Macron au salon de l’élevage de Clermont-Ferrand. « J’ai pu discuter avec lui. Il m’a dit que pour 2020 et 2021, il n’y aurait aucune revalorisation. Ce qui fait qu’il lui restera 6 mois de mandat pour faire quelque chose. Concernant les retraites des femmes, il m’a répondu que nous n’avions pas cotisé. Ce qui est faux car nous avons cotisé ce que l’on nous a demandé de cotiser. Je lui ai également dit que le seul point positif c’est que François Hollande nous avait portés à 75% du SMIC. Mais le gouvernement a appliqué ça sur le SMIC agricole. Il m’a répondu qu’il n’y avait qu’un SMIC en France, ce qui est faux ! Cela nous fait perdre 7 à 8 € par mois. Ce n’est peut être pas beaucoup, mais pour une femme qui n’a que 400 € par mois ce n’est pas rien ». LIRE AUSSI : Jean-Philippe Granger : "Jamais on n'aurait cru que l'agriculture tournerait comme ça" 

Les retraités agricoles avaient des soutiens 

Des membres du G9 Dordogne de la CGT, FO et de la CFE-CGC étaient également venus soutenir les retraités agricoles. Une démarche bien naturelle pour Josette Gosset (CGT retraités). « L’ANRAF nous a rejoint au sein du G9 sur la question du pouvoir d’achat et de la hausse de la CSG. Ils sont venus nous soutenir lors de la manifestation du 9 octobre organisée par le G9. C’est donc tout naturellement que nous sommes à leurs côtés aujourd’hui car ils ont des revendications fortes sur le pouvoir d’achat. Nous soutenons leur combat, notamment sur la loi Chassaigne, qui avait été approuvée par l’Assemblée et le Sénat mais que le gouvernement a bloqué avec l'article 49-3. On sait que les retraités agricoles ont des pensions misérables et notamment les femmes. C’est catastrophique ! Pour nous, il s’agit là d’une lutte des classes ». D’autres rendez-vous sont prévus dans les semaines à venir pour les retraités. Notamment le 21 novembre : des délégations seront envoyées à Paris à l’appel du G9. VOIR LA VIDÉO : Daniel (CGT), 40 ans de travail de nuit, porte une banderole à la manif' du G9 : "Ici, c'est notre place"  « Nous nous rendrons au ministère de la Santé puisque nous y avons été relégués faute de ministère pour les personnes âgées. Nous avons demandé plusieurs audiences à Agnès Buzyn. Des demandes qui sont restées sans réponse - mais le Président Macron ne nous a pas répondu non plus. Quant à la préfecture, les deux fois où nous avons été reçus, ça n’a même pas été par le préfet Frédéric Perissat, mais par le secrétaire général Martin Lesage ». En revanche, l'accueil aurait été plus chaleureux à la sous-préfecture de Sarlat, où une délégation a été reçue par le réprésentant du préfet de la Dordogne Sébastien Lepetit. « L’échange a été positif, il a bien compris qu’il était difficile de vivre avec de telles retraites d’autant qu’il nous a dit que ses grands-parents étaient agriculteurs ». Roger Tréneule a d'autant apprécié que le sous-préfet Lepetit a « promis de faire remonter nos revendications au plus haut niveau ». 

 

Philippe Jolivet