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Les Fenwal se sont fait entendre

Depuis qu’un plan social menace les trois quarts des 461 salariés de Fenwal, qui viennent du Berry et de la Creuse, des actions sont menées régulièrement dans l’Indre.

Hier, la mobilisation a franchi un cap avec une manifestation parisienne à laquelle ont participé plus de 300 personnes. La journée s’est conclue sans annonce fracassante mais a permis de renouer le dialogue avec la direction.

Près de 290 salariés de Fenwal ont battu le pavé des quartiers chics de la capitale, hier, bravant le froid et les regards étonnés des passants. Le cortège de blouses blanches, le cœur rouge sur la poitrine, comptait également une trentaine d'élus, le torse barré de l’écharpe tricolore.

Au long d'un itinéraire qui les a menés d'un lieu de pouvoir à l'au-tre, du siège de Fresenius Kabi, propriétaire de Fenwal, à l'Assemblée nationale, tous ont scandé « On sauve des vies, sauvez la nô-tre », rappelant leur activité de production de poches de sang, et se sont réapproprié Le Chant des partisans. Au beau milieu du XVIe arrondissement, le spectacle a de la gueule.      

La veille, à 19 h 30, le collectif apprend qu’une délégation serait bien reçue au siège de Fresenius Kabi, une autre à l'ambassade d'Allemagne. Ces bonnes nouvelles font vite le tour des sept cars affrétés pour l'occasion, partis le matin même de La Châtre et de Châteauroux. Arrivé à 11 h 30 au Trocadéro, le cortège prend rapidement la direction de l'avenue Kléber. Six politiques locaux emboîtent le pas de six salariés qui vont à la rencontre de Christian Hauer, responsable mondial de tous les sites du groupe, Thomas Graf, président de Fenwal, et de deux directeurs. A l'extérieur, les salariés se font entendre. Certains ne chantent pas, comme cette employée qui compte plus de trente ans de service. Cette mobilisation, elle estime que c'est « mieux que de ne rien faire ». « Qui ne tente rien n'a rien », dit-elle. Et les rumeurs de reprise, dont les médias et des politiques locaux se sont fait l'écho ? « Je ne crois que ce que je vois », assène-t-elle. Un pragmatisme partagé par Etienne Aujard, figure du collectif :  « On a un seul contact avec l'Etat, c'est le préfet. Tant qu’il ne nous dit rien, on n'a aucun commentaire à faire. Ce qui est terrible, c'est de donner de faux espoirs aux gens. » A l'intérieur, l'entretien se poursuit. Prévu pour durer une demi-heure, il s'achèvera au bout de deux heures.

Aux abords de l’Assemblée nationale, le maire d'Orléans, Serge Grouard, apporte son soutien. Jean-Paul Chanteguet, député indrien, vient également se fondre dans le rassemblement. Il reste très sceptique sur l'influence du politique sur le monde économique. « La législation actuelle ne permet pas d'obtenir des grands patrons qu'ils reviennent sur leur décision » en cas de plan social, estime l'élu socialiste qui résume la « loi Florange » à du « bricolage ». « Je crois très sincèrement que ce sont les moyens utilisés ici qui permettront d'avancer. »

A leur retour, les deux délégations n'ont pas « d'annonce étonnante ou qui change le cours des choses », selon la formule de Maya Rovina. La direction a confirmé que la piste principale était le client américain Cerus, qui permettra de maintenir 123 emplois, ce qui était connu, et qu'elle fonde « beaucoup d'espoir » sur un appel d'offres de l'Etablissement français du sang. « Il y a très peu d'espoir quant à la réindustrialisation avec des appels d'of-fres internes. » En ce qui concerne les propositions de reprise, « il y a deux ou trois offres sérieuses actuellement à l'étude. La direction communiquera dès qu'elle sera assurée de leur viabilité. » Le changement viendrait surtout de la forme : « Pour la première fois, on a eu l'impression d'être écoutés et d'avoir un dialogue transparent. Quand il y avait des doutes, ils nous le disaient, quand il y avait de l'espoir, ils nous le disaient aussi. » Le conseiller qui a reçu la délégation à l’ambassade prône également le dialogue : « Il nous a assuré que des actions seraient menées en haut lieu pour rendre ce dialogue possible et nous a conseillé de nous rapprocher de Monsieur Henriksson (NDLR : le directeur général de Fresenius Kabi) », a résumé Yves Poubeau.

« Lors de la première réunion, on était dans l’affrontement. Aujourd’hui, on est dans le rapport de forces mais de manière démocratique, estime la députée Isabelle Bruneau, qui a participé à la réunion à la direction. On reste prudents et vigilants.»

Et mobilisés : la prochaine action des Fenwal aura lieu samedi au circuit de La Châtre. Les bénéfices financeront un déplacement en Allemagne au siège de la société, histoire d’entretenir le dialogue.

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