«Ce qui n’est pas autorisé...»

L’émoi suscité par les vidéos tournées au sein de l’abattoir de Limoges a entraîné la réaction du directeur de la structure et de la municipalité.

La tension était palpable hier en début d’après-midi à l’abattoir de Limoges où la municipalité et le directeur du site avaient décidé de communiquer.
Après la publication d’un article du Monde basé sur le tournage de vidéos montrant les chaînes d’abattage de l’établissement limougeaud, les différentes parties prenantes s’étonnent d’abord de la forme. «Ce qui m’a surpris, ce n’est pas ce que montrent les images mais que ces images aient été prises, lâche Pascal Pain, directeur de la régie municipale de  l’abattoir de Limoges. Ce qui est choquant c’est qu’on ait fait ces images sans autorisation, car ce qui n’est pas autorisé est interdit.» S’adressant aux journalistes sur le mode de l’interrogation, le premier adjoint Guillaume Guérin, qui dit être là pour témoigner son soutien aux salariés, en remet une couche : «Vous êtes là pourquoi ? Car en réalité ces caméras relèvent simplement le fait qu’on tue des animaux dans un abattoir. La vraie question c’est à qui profite... la médiatisation ?»  
Sur les vaches dites «en gestation», Pascal Pain renvoie la balle aux éleveurs : «Nous sommes un prestataire de services et en tant que tel nous répondons à la demande des usagers. On prend l’animal comme on nous le donne et chacun doit prendre ses responsabilités.» D’ailleurs argue-t-on, la pratique est tout à fait légale.  Et puis «il y en a très peu. Sur 1.000 bovins abattus, elles se comptent sur les doigts d’une main.»
Du côté des organisations syndicales agricoles, même si on souhaite ne pas réagir à chaud, tant on craint les conséquences de cette affaire sur une filière déjà en crise, certains responsables s’interrogent sur l’intérêt de conduire à l’abattoir des vaches presque à terme puisque c’est uniquement la carcasse de la bête qui est commercialisée et non son poids total, fœtus compris. Se séparer ainsi d’un futur veau représenterait en outre un réel manque à gagner.  La pratique serait donc au final une bien mauvaise affaire même si l’engraissement d’une vache en gestation est parfois considéré comme plus aisé.
Autre «dossier», l’étourdissement préalable à l’égorgement, pas toujours effectif, comme le montrent les vidéos. «Il peut arriver que le bovin reprenne conscience mais il existe justement des procédures pour cela, plaide Pascal Pain. Depuis un an, nous avons entrepris un vaste travail sur le bien-être animal. Nous avons de nombreux contrôles et les inspecteurs passés ici n’ont jamais rien signalé dans ce domaine.»
Reste le cas personnel du lanceur d’alerte, ce salarié qui a choisi de témoigner à visage découvert. Mauricio Garcia Pereira était jeudi en arrêt de travail. «Il a déposé un congé maladie ce matin (hier, ndlr)», confirme Pascal Pain. Mais l’employeur prévient que, compte tenu du tournage clandestin, l’homme devrait faire l’objet d’une procédure disciplinaire.  Encore une fois, Guillaume Guérin est moins tendre : «Pendant les sept années où il a travaillé ici, il n’a rien trouvé de choquant, estime l’élu, constatant au passage que Mauricio Garcia Pereira «a sollicité une formation, formation qui lui a été refusée. Faut-il voir là une forme de vengeance ?»
Exerçant un métier que, en réalité,  bien peu même parmi les «viandards» revendiqués seraient capables d’assumer, ce salarié avait néanmoins fait part, lors de son dernier entretien d’évaluation annuel de son intention de se réorienter. Mais jamais il ne s’était ouvertement plaint des conditions d’abattage, souligne-t-on du côté de l’abattoir où l’on rappelle que sur les quelque 70 salariés qui œuvrent sur les chaînes d’abattage, 60 exercent en CDI et certains de longue date. Selon leur direction, ils bénéficient de formations régulières. Mais rien concernant un éventuel suivi psychologique. Les  futurs embauchés ont d’abord droit à une visite en bonne et due forme du lieu d’exercice. Libre à eux ensuite d’accepter ou non un travail... parfaitement légal.
Par Jérôme Davoine

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