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Faim d’un peu de considération

Hier, des salariés et des représentants du personnel ont entamé une grève de la faim dans le hall du CHU pour dénoncer le sous-effectif chronique dont souffre l’hôpital régional universitaire.

«J’avoue que j’ai la boule au ventre. On va rester ici dans ce couloir 24h sur 24 et l’ai un peu l’impression d’entrer en prison. C’est un cri de rage à la hauteur de la souffrance qu’endurent les collègues au quotidien. Voir les collègues pleurer, moi je n’en peux plus. Mais cette fois, on ne perdra pas.» Jeune père de famille et représentant de la CGT, Aymeric est l’un des trois du CHU qui ont décidé hier d’entamer une grève de la faim afin que les revendications du personnel, notamment en terme d’effectif soient enfin prises en considération.
«Ici, il y a environ 500 infirmières en arrêt. Les cas de burn-out se multiplient. Tous les jours, on nous rappelle sur nos temps de repos et sur nos congés annuels, décrit Jacqueline Lhomme-Léoment qui elle aussi a décidé d’exprimer sa colère en cessant de s’alimenter. Une action inédite dans un établissement où l’on connaît les dangers de ce type d’action. Mais après 40 ans de boîte, Jacqueline estime ne plus avoir d’autres choix. «Evidemment je sais les risques que je prends. Evidemment mes filles s’inquiètent. Vous savez, on est au bout du rouleau et on a tout essayé pour faire comprendre à la direction que ça ne pouvait pas continuer ainsi.» «C’est une action extrême, aussi extrême que ceux qui se suicident sur le lieu de travail, lâche Thierry Collas (Sud). Quand on demande des renforts, la direction nous parle de rentabilité. Quand on parle des malades, on nous répond T2A. On n’a plus le choix, on ne peut plus tenir. Dans une entreprise privée, on serait déjà allé aux prud’hommes. Le personnel est épuisé.»
Dans le grand couloir qui mène aux ascenseurs, deux tentes de fortune marquent le campement improvisé de la CGT et de Sud, dont les représentants vont payer de leur personne. De nombreux usagers s’arrêtent et signent la pétition. «Je suis d’accord à 100% avec vous, lance l’un d’eux au militant qui lui tend un stylo. Quand on est hospitalisé on se rend compte à quel point il manque de monde dans les services.»
La situation vécue au CHU illustre les effets de la cure d’amaigrissement subie par le personnel soignant. En cause les lois Bachelot et Touraine. «Et cette année, on prévoit encore 22.000 suppressions de postes», dénonce Thierry Collas. Avant la grève de la faim débutée hier, la CGT et Sud ont plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme. Il y a une dizaine de jours, deux mobilisations consécutives ne sont pas parvenues à inverser la tendance. «Lors des négociations, le directeur général ne s’est même pas déplacé, déplore Aymeric Martin. Et ces représentants n’ont rien annoncé d’autre que le statu quo. C’est une insulte.» Avertie de la grève de la faim qui se dessinait, la direction n’a pas plus réagi. «On nous dit qu’il n’y a pas de moyens mais par contre, le directeur général a revu à la hausse l’investissement dans les murs, s’interroge un syndicaliste. On privilégie clairement les opérations immobilières et financières». «Et ce sont les agents qui sont considérés comme une simple variable d’ajuste-ment», résume Thierry Collas.
«Hier après-midi, le directeur général n’a apporté aucune réponse aux points précis que nous lui avons soumis, explique Florence Metge. (CGT) Il nous a promis qu’il nous répondrait mais quand, on ne sait pas.» Il y a pourtant urgence notamment dans le grand couloir du CHU où on commence sérieusement à avoir les crocs.
Par Jérôme Davoine

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