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Sêma Lao une vie haute en couleurs

Petit bout de femme, Sêma Lao a appris à jouer avec les bombes pour figer des bribes d’humanité.

Le Pogba peint sur un mur de Beaubreuil, c’est elle. La fresque réalisée sur le mur devant l’église Saint-Eloi à Chaptelat, c’est encore elle. Le visage d’un enfant sur les palissades de chantier place des Bancs aussi. Le portrait de Richard Dacoury sur la façade du palais des sports de Beaublanc ? Signé Sêma Lao. Elle fait partie de ces artistes qui ont choisi la rue comme vitrine, faisant des villes des musées à ciel ouvert, et on la remercie de nous faire partager ces explosions de couleurs et d’émotions.
C’est pourtant dans l’ombre d’une cabane de jardin que Sêma Lao a développé sa créativité. Tandis que ses frères et sœurs arrachent les mauvaises herbes et arrosent les légumes dans un «patelin» près de Bessines-sur-Gartempe (87), elle prend l’habitude d’aller s’y  cacher avec sa palette et ses pinceaux. «Mes parents étaient abonnés au magazine TéléZ et j’adorais recopier les photos que j’y trouvais», raconte l’artiste d’origine sino-allemande. Autodidacte, Sêma expérimente l’huile, l’acrylique, l’aquarelle, le fusain, le pastel... Mais n’envisage pas pour autant de se diriger vers des études d’art. Elle obtient sa licence langues, littératures et civilisations étrangères en anglais, poursuit en master, et part en Angleterre pour une année d’assistanat qui la conduit vers une importante remise en question. Sêma se dit qu’elle n’est pas faite pour être enseignante, change de cap, et s’inscrit en BTS communication visuelle. «Je voulais travailler dans la pub, j’aimais bien le graphisme, les logiciels de dessin». L’aventure du street-art commence peu après, lorsqu’elle rencontre Martin Peyronnet (aka Goals). Quand il découvre ses pastels, le jeune graffeur qui deviendra son compagnon lui met immédiatement des bombes aérosols dans les mains et l’emmène vers le centre culturel John-Lennon (l’un des rares spots de Limoges où graffeurs et street artistes peuvent peindre librement), où elle réalise son premier graff. Après quelques lettrages et personnages comics, Sêma Lao revient à ce qu’elle préfère faire. Un premier portrait de Martin Luther King est rapidement suivi par ceux de Coluche, Brassens, Gainsbourg, Dali, Louis Armstrong, Marilyn Monroe, Audrey Hepburn... «J’utilisais déjà beaucoup les effets de coulures et d’éclaboussures dans mes peintures avec des mélanges de couleurs, mais avec le graff c’est devenu beaucoup plus évident. ça m’a donné envie d’utiliser les couleurs sans retenue, et permis de les mélanger sans faire de bavures». Les murs deviennent un terrain de jeu privilégié pour Sêma Lao qui multiplie les découvertes, rencontres, techniques et projets en France comme à l’étranger.
Du haut de ses 1,63m, la jeune femme grimpe sur des échelles, nacelles ou échafaudages pour recouvrir de son talent des murs qui font parfois plusieurs fois sa taille, tout en continuant de réaliser des toiles dans son appartement limougeaud, ou chez des particuliers. Avec un mural à Vitry-sur-Seine  puis sur le Mur d’Oberkampf, l’artiste limougeaude se fait un nom dans le milieu du street art parisien avant de s’envoler vers l’Italie à l’occasion de la Journée Internationale de Lutte contre les Violences faites aux Femmes du 25 novembre 2015. Elle peint plusieurs grands portraits de femme, insistant comme elle sait si bien le faire sur des regards emplis d’espoir, dont l’un aux côtés d’une œuvre de l’artiste brésilien Apolo Torres. Pour autant, Sêma Lao ne se décrit pas comme une graffeuse mais comme une artiste peintre. Si la jeune femme ne se sent pas légitime c’est parce qu’elle n’est pas issue de ce milieu, «je n’ai pas grandi en faisant des graffs», certes très en vogue mais toujours sexiste. «La première image que j’ai eu du graff c’est le côté sauvage, vandale de mecs avec leur sac de bombes sur le dos qui allaient poser leur blaze. Quand j’ai voulu les suivre on m’a dit non, que ce n’était pas pour moi. Je sais que c’est parce que je suis une fille, et sans Martin, je pense que j’aurais galéré longtemps». Tournant les pages des Graffiti Art magazine, Sêma Lao est aussi admirative qu’intriguée par les jeux de lumière et de couleurs des graffeurs. Aujourd’hui, elle connaît cette «adrénaline de peindre sur des murs immenses» et le «plaisir de montrer son travail, de se dire que plein de gens vont passer devant».
Graffeuse ou artiste peintre, peu importe. Sêma Lao répond aux commandes des particuliers comme des collectivités en peignant des toiles et des murs avec la douceur, la discrétion et le professionnalisme qui la caractérisent. Mais ce qu’elle fait de mieux reste sans aucun doute les portraits d’enfants. «Je déteste les pauses figées, je cherche toujours à attraper un regard naturel et spontané que l’on a chez les enfants, qui eux ne savent pas tricher». Sa fille Meï-li, adorable petite tête blonde, est devenue sa plus belle muse, mais Sêma Lao s’inspire aussi de l’histoire des jeunes réfugiés cambodgiens, comme celle d’autres enfants du monde, «tout ces gamins qui trinquent des conneries des adultes». Femme de caractère, artiste, devenir maman l’a rendue encore plus sensible à cette innocence qui précède l’âge de raison, cette insouciance, ou inconscience diraient certains, qui nourrit l’espoir, préserve des réalités et des soucis, des images violentes du quotidien, permettant alors d’affronter ce monde avant de plonger dans la grande désillusion. Paupières habillées par un trait d’eye liner, elle cite Kant, «le ma-lheur est que l’innocence sache si peu se préserver et se laisse si facilement séduire» et s’empare de cette sensibilité brute et spontanée de l’être, humain ou animal, qui transparaît dans le regard, pour se mouvoir en artificière.
Contact.  Adresse mail : sema.lao@gmail.com
Site internet : www.flickr.com/photos/sema_lao/
Par Mégane Lépine

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