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Egletons : pas de dialogue mais des lacrymogènes !

Social

Emmanuel Macron était à Egletons (19) hier après-midi pour inaugurer le nouveau campus de l’EATP. En marge de sa visite, une manifestation a réuni 300 personnes : des salariés de GM&S, une délégation d’élus, un collectif d’associations, des militants CGT, PCF et FI, des citoyens. Le cortège, qui a voulu approcher le Président de la République, a été accueilli par les CRS et des gaz lacrymogènes...  
 

Ils voulaient parler avec le Président de la République, ils ont eu la charge des CRS et les gaz lacrymogènes !
La manifestation avait pourtant commencé en paix et en musique avec un concert de casseroles devant la mairie. Cornemuse bulgare, trompe et pétards accompagnaient la batterie de cuisine de la France Insoumise.  
La visite d’Emmanuel Macron à l’EATP (Ecole d’Application aux Métiers des Travaux Publics) d’Egletons hier après-midi a attiré 300 personnes : des citoyens de la montagne limousine, des militants CGT, insoumis et communistes, des représentants d’associations  contre la suppression des emplois aidés. Une centaine de salariés de GM&S Industry et une cinquantaine d’élus des communes impactées par la faillite de l’équipementier automobile sostranien avaient également fait le déplacement depuis la Creuse mais aussi l’Indre et la Haute-Vienne.

"Salariés de seconde zone"

Ces derniers voulaient interpeller le chef d’Etat sur la situation des ouvriers licenciés, de l’usine et plus généralement sur l’avenir du territoire. «On nous a proposé une entrevue avec Benjamin Griveaux, (Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie et des finances NDLR). On n’a rien contre lui, il est le bienvenu en Creuse vendredi pour la réunion de la cellule de crise. Mais aujourd’hui celui qui prend les décisions c’est le président de la République, c’est donc lui que l’on veut voir», insiste Yann Augras, délégué CGT de GM&S. Les ouvriers sostraniens ont en tête la rencontre entre Emmanuel Macron et leurs collègues de Whirlpool à Amiens ce mardi. Ils aimeraient bien susciter le même intérêt de la part du président. «On a l’impression d’être des salariés de seconde zone», poursuit Yann Augras. «Il n’y a pas de raisons que  M. Macron reçoive des salariés dans un département et que dans un autre il les ignore complètement !». Le délégué CGT aurait aimé discuter de la reprise de l’entreprise qui ne concerne «que» 120 personnes, «pas assez pour faire tourner l’usine» et de l’avenir des 156 licenciés et de leurs familles. «Ils vont partir avec une misère. On ne refait pas sa vie avec 15.000 euros, ça ne suffit pas». Pour Laurence Pache, Insoumise, "la gestion de l'affaire GM&S est loin d'être parfaite. "Pour avoir la paix sociale on maintient l'entreprise pendant quelques années sans avoir de véritable vision à long terme. Il faut s'asseoir à table avec les constructeurs et de manière offensive. Ces gens là touchent des fonds publics, du CICE et on ne leur demande jamais aucun compte", analyse l'ancienne élue. "Des gens vont être virés avec quasi rien. Que faire en Creuse ? On leur promet 5.000 euros de formation. C'est une blague !".

"Il est temps de parler d'aménagement du territoire"

Etienne Lejeune, président de la communauté de communes de l’Ouest creusois, aurait voulu parler non pas d’industrie mais d’aménagement du territoire. «On a les chiffres de 2015 et ils sont très mauvais en terme d’emploi, de perspectives démographiques. La faillite de GM&S est un cataclysme pour notre territoire rural», déplore l’élu. «On veut dire à l’Etat qu’il est peut être temps de parler d’aménagement du territoire. Soit il considère qu’on est à part parce qu’on a une grande fragilité et, dans ce cas, il  nous aide à créer un territoire innovant et riche dans lequel on peut entreprendre, soit on continue comme  cela et on devient un mouroir dans lequel les jeunes trouveront uniquement du travail  dans l’aide à domicile. Cela n’a rien de dégradant mais ce n’est pas l’avenir», ajoute-t-il. «On avait une force sur l’Ouest du territoire : c’était le poids local de l’industrie et notamment de la métallurgie. Cela s’est effondré ces dernières années et là nous vivons un cataclysme». Un sentiment partagé par Sophie Simon, élue à Saint-Goussaud (23) qui «s’inquiète de la désertification de son département. Plus qu’un problème industriel c’est toute notre vie qui est impactée : l’école, l’offre de soins, La poste, les transports, les soucis de communication avec les zones blanches, tout est lié !».
Des élus corréziens étaient aussi de la manifestation pour soutenir leurs homologues. «Il ne faut pas que Macron reste une après-midi mais huit jours, il verrait de quoi est faite la vie dans nos campagnes», suggère Dominique Grador, élue à Tulle. «Le privé, il y en a de moins en moins, le public il porte complètement les territoires, que ce soit les collectivités ou les associations. Il faut sauvegarder les emplois et travailler ensemble à des alternatives».

"Gazé par l'Etat"

Les Creusois avaient prévu  d’envoyer une délégation de huit ou neuf élus et de quatre représentants du personnel. Leur demande n’a pas abouti. Le cortège a donc souhaité aller «au plus près» du Président de la République. Les manifestants ont défilé depuis l’Esplanade de la mairie jusqu’à l’EATP, quadrillée par les CRS. Là, ils ont choisi de forcer le barrage, pour se faire entendre. La réponse est arrivée sans attendre : les forces de l’ordre ont sorti les matraques et le gaz lacrymogène. Dans la bousculade, une personne a été blessée au genou et transportée à l’hôpital. Un petit groupe a essayé de contourner le périmètre de sécurité, en vain. «Macron nous a montré sa vision de la démocratie», commente Sylvain Roch, secrétaire départemental de la CGT 19. «J’ai été gazé par l’Etat, je n’ai plus rien à dire à l’Etat», lâche Etienne Lejeune. Pour Michel Vergnier, président de l’association des maires de la Creuse, il s’agit «d’un manque de considération pour la fonction que nous exerçons». Une réunion en urgence des élus du territoire a lieu ce vendredi à 17 heures à l’Espace André Lejeune à Guéret.

Karène Bellina


«Le Gouvernement tape sur les faibles !»

Un collectif de plusieurs associations, nommé «Septembre 2017» était présent dans la manifestation pour protester contre la suppression des emplois aidés.
Cette mesure prise par le gouvernement passe mal dans le milieu associatif car elle a eu lieu sans concertation. «On trouve cela très brutal, il y a des gens qui se retrouvent au chômage !», déplore Camille, un militant associatif. Ces contrats de travail passeront ainsi de 460.000 en 2016, à 320.000 en 2017 puis à 200.000 en 2018, dans les secteurs marchands et non marchands, soit 150.000 suppressions d’emplois programmées en six mois ! «C’est un plan social de grande ampleur. Le gouvernement tape sur les faibles et applique des méthodes de brutes». Le collectif veut «défendre un projet de territoire. On pense que les associations apportent de la vitalité», ajoute le jeune homme. «Septembre 2017» soutient les salariés de GM&S, victimes de la «même logique économique comptable ! On ne pense pas aux gens, on ne pense pas au territoire, on ne pense pas à l’avenir, mais juste à ses intérêts personnels. Macron est illégitime ! Il y a quatre ans personne ne le connaissait. Il n’a jamais été élu, il arrive au pouvoir et supprime les emplois de tout le monde !»

Manifestation à l'occasion de la visite présidentielle d'Emmanuel Macron à Egletons, 4 octobre 2017