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Foire solide et fragiles auteurs

Moment privilégié de rencontres entre les auteurs et leurs lecteurs, la Foire du livre de Brive est aussi un lieu de discussions pour le monde de l’édition lors des rencontres professionnelles.

Selon le dicton consacré, c’est à la fin de la foire que l’on compte les ...
Avec un chiffre d’affaires en progression depuis deux ans, le volume des ventes avait atteint un nouveau record l’an dernier.
Et le cru 2017 devrait faire aussi bien sinon mieux. Avec son aéropage d’auteurs et sa flopée de lauréats de prix littéraires
d’automne, cette trente-sixième édition devrait encore compter parmi les bonnes cuvées même si les chiffres définitifs ne seront connus que dans les jours à venir.
Mais déjà les tendances semblent à la hausse avec une fréquentation renforcée le vendredi «avec des flux constants, ce qui est une nouveauté» souligne le maire de Brive, Frédéric Soulier.
Et déjà il semblerait que le chiffre d’affaires réalisé sur les deux premiers jours soit en progression.
Une transparente singularité sonnante et trébuchante qui tranche avec d’autres salons car  elle est entièrement liée à l’organisation de l’événement.
«A Brive, tous les livres vendus le sont par les libraires regroupés dans GIE» se félicite le commissaire de la foire Guillaume Delpiroux.
Mais la bonne santé économique de la foire ne saurait cacher celles des différents maillons de «la chaîne du livre». Car si la «première industrie culturelle française est un monde économique qui a mieux résisté à la crise que d’autres, après une hausse de 2% en 2016, la ligne de croissance devrait être plate en cette année électorale, jamais bonne pour l’édition » affirmait le président du CNL, Vincent Monadé à l’occasion des rencontres professionnelles, troisièmes du nom.
Un temps considéré comme un maillon en danger «les inquiétudes sur les librairies sont derrière nous» assure-t-il.  «Le plan de l’ancienne ministre de la Culture a permis de sauver les commerces mais  pas  de créer des marges commerciales années après années. Si on veut finir millionnaire en montant une librairie mieux vaut commencer milliardaire» ironise-t-il.
Du côté des éditeurs, grandes et moyennes maisons d’éditions conservent leur puissance face à une multitude de plus petites qui peinent à peser sur l’économie. «Il existe une extrême  diversité des situations. Mais de manière générale, même dans les grands groupes l’éditeur reste le patron chez lui ce qui est assez vertueux. L’édition n’est pas sur une économie d’échelles qui nuirait à la création. Nous avons compris que la diversité de la création est une garantie» note-t-il.
«L’enjeu n’est pas de préserver cette économie mais de la développer. Il y a 25 ans, 74% des maisons d’édition actuelles
n’existaient pas. Nous sommes dans un renouvellement permanent et la stabilité économique est un formidable facteur d’espérance» souligne quant à lui, le président du SNE, Vincent Montagne. Avec environ 3 000 maisons d’édition en France et une centaine qui sont en vente «cet univers reste fragile» précise-t-il.  
Pourtant, si le monde du livre résiste, l’auteur, maillon essentiel de la chaîne est aujourd’hui le plus fragile. «Il est de plus en plus difficile pour un auteur de vivre de sa profession. Cette année ce sont 200 nouveautés qui paraissent chaque jour pour environ 70 000 livres par an. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de livres. Il faut moins de livres, mieux rémunérés et mieux défendus»» insiste  Marie Seillier,  directrice de la société des gens de lettres qui propose d’instaurer des droits d’auteurs socles à 10% du prix public HT.   
Mais la directrice de l’association de défense des auteurs a également jeté un pavé dans la mare lors de ces rencontres en s’interrogeant sur «la valeur du temps de l’auteur» et plus particulièrement sur sa «juste rémunération» lors de la promotion de son œuvre. «Il est temps que ce principe ait droit de cité. Le temps de l’auteur pour l’esprit est révolu» lance-t-elle.
Reste à savoir si ce «temps de promotion» concerne les sollicitations pour des conférences, des tables  rondes ou englobe les séances de dédicaces, dans quels cas libraires et organisateurs d’événements littéraires pourraient tordre le bec et faire dérailler cette chaîne du livre interdépendante.
«Cela ne changera rien et ne posera pas de problèmes aux auteurs qui marchent fort. Mais cela contribuera à affaiblir un équilibre économique précaire» estime le président du CNL.
Autant de questions qui seront mises sur la table lors des Etats généraux de la culture prévus en 2018.
Par Mathieu Andreau

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