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«La honte c’est la guerre»

Creuse

Ce samedi 11 novembre, comme c’est le cas depuis 30 ans,  près de 200 personnes se sont retrouvées devant le monument aux Morts de Gentioux (23) non pas «pour glorifier la guerre» mais pour la rejeter et exiger la paix.
Le 11 novembre 1987,  une quinzaine de personnes s’étaient réu-nies devant ce monument et sa fameuse formule «Maudite soit la guerre» érigé par le maire Jules Coutaud en 1922 et qui n’a jamais été inauguré officiellement. «Qui aurait pu penser qu’on serait encore là ? Qui aurait pu penser qu’on ne raterait aucune date ? On peut dire que 8 000 personnes se sont rassemblées ici à Gentioux, nous pouvons être fiers, nous sommes les dignes héritiers de nos fondateurs», note Régis Parayre, président du comité laïc des amis du monument aux Morts de Gentioux. Son action a permis également de faire sortir de l’oubli la mutinerie des soldats russes de La Courtine et l’histoire de Félix Baudy, maçon creusois fusillé pour l’exemple en avril 1915 auquel est rendu chaque année un hommage.
Ce rassemblement perdure sans jamais avoir trahi les idées de Jules Coutaud. Pourtant, le cap est difficile à maintenir pour ce mouvement pacifiste dans un contexte où les conflits se multiplient, Irak, Syrie, Yémen... Les associations et les organisations syndicales devant l’orphelin de Gentioux se sont succédées pour rappeler que la guerre est un fléau. «Actuellement le scénario continue : on mène des guerres, on profite des guerres mais nous on continue à porter dignement ce message, non à l’OTAN, non au Salon de l’armement à Paris, la honte c’est la guerre», martèle le Mouvement de la paix dont de nombreux drapeaux arc-en-ciel ou bleus flottent dans le ciel bien gris de Gentioux.  L’Union pacifiste n’oublie pas Rémi Fraisse tué à Sivens, ni Théo victime d’un viol lors de son arrestation en région parisienne et s’insurge contre «La Marseillaise qui va à l’encontre de liberté, fraternité, égalité. Fidèle à l’orphelin de Gentioux, maudits soient les généraux, les profiteurs de la guerre, vive les déserteurs».
Certains font le lien entre ces soldats qui ont osé dire non et les salariés qui se battent pour leurs droits, tels les GM&S Industry à La Souterraine. «La mutinerie c’est le réflexe de classe, avoue Jean-Sébastien Pierre, président de la Fédération nationale de la Libre Pensée. Le début du quinquennat d’Emmanuel Macron ne dit rien qui vaille. Ce n’est pas une politique tournée vers la paix».
Tous demandent la réhabilitation des 639 fusillés pour l’exemple.  Depuis Gentioux il y a 30 ans, une centaine d’événements ont lieu pour réclamer cette réhabilitation collective. Une demande soutenue par nombre de conseils départementaux, régionaux, de communes dont récemment Coulounieix-Chamiers (Dordogne) ou encore Jean-Paul Dufrègne, député de la Gauche démocrate et républicaine de l’Allier qui a dernièrement interrogé la secrétaire d’Etat sur ce sujet. Celle-ci a indiqué qu’une réhabilitation au cas par cas n’était pas possible. «Nous demandons la réhabilitation collective des 639 fusillés pour l’exemple, c’est clair et simple. Les gouvernements successifs ne l’ont pas fait, nous le ferons. Ils se sont levés pour dire qu’ils étaient des hommes non des bêtes et de la chair à canon. Nous sommes aussi la République», lance Jean-Sébastien Pierre. Un monument va être érigé en l’honneur de ces hommes sur la ligne de front. «Non à la guerre, à bas la calotte, vive la sociale !», a conclu cette cérémonie pacifiste.
V.J.

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