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Tuerie de masse à l’école de police

Sécurité

Depuis le 13 novembre, et jusqu’au samedi 24, dix-sept policiers, gendarmes et militaires de onze pays ont participé à un stage thématique sur les tueries de masse. Exercices, entraînement, découverte des techniques françaises ont été au menu de ces quinze jours très denses.

Si c’est en France que tous ces pays viennent se former à la riposte à apporter en cas d’attentat terroriste ou de tuerie de masse, c’est que malheureusement les forces de sécurité de notre pays ont dû faire face à ce type d’attaques.
Inutile de préciser quand et comment les policiers hexagonaux ont eu à réagir dans l’immédiateté face à un événement totalement  imprévisible. Tout le monde se souvient du 13 novembre 2015 à Paris, le Bataclan, le Stade de France, les terrasses de café des 10e et 11e arrondissement... 130 morts, 413 blessés dont 99 grièvement, neuf terroristes agissant en même temps dans des endroits différents, les différents services de police, de gendarmerie et leurs unités spéciales ont eu à gérer une situation à laquelle ils n’étaient pas spécialement préparés. Ils l’ont fait avec professionnalisme et efficacité, et en ont tiré les enseignements, ce qui a permis de mettre au point un protocole d’intervention en cas de tuerie de masse. C’est cette expérience qu’ils partagent avec les policiers d’unités spéciales des autres pays, et pour le stage se déroulant actuellement, ils étaient dix-sept à venir d’Omam, d’Arabie-Saoudite, du Sénégal, du Liban, d’égypte, d’Inde, de Suisse, du Kazakhstan, de Chine, de Belgique et de France. Malik est Sénégalais, en poste au commissariat central de Dakar. Même si son pays est actuellement peu en proie au terrorisme, la menace Boko Aram n’est pas très loin. « Dakar fait partie des capitales visées » explique-t-il. « Le groupe Boko Aram ne sévit pas chez nous, mais c’est une préoccupation. Nous avons une frontière avec le Mali, donc toujours des risques d’infiltration ». Ce stage était organisé par la Direction de la coopération internationale (Dci), qui est aussi responsable de tous ceux qui se déroulent désormais chaque année sur le territoire français, soit une vingtaine, sur des thématiques très différentes, les faux documentaires, la lutte contre les flux migratoires, la négociation, la protection des autorités... Les formateurs pour le stage sur la tuerie de masse sont issus de la Compagnie de sécurité et d’intervention (Csi). Les stagiaires ont durant deux semaines enchaîné les entraînements, les exercices, et la découverte des techniques françaises. Ils ont aussi apporté leur propre expérience, pour enrichir les méthodes d’intervention. Tous, une fois retourné chez eux, auront pour mission de transmettre ce qu’ils ont découvert et appris. Le stage était placé sous la responsabilité de Stéphane Mauchain de la Dci et du commissaire Frédéric Ménard, directeur de l’école de police de Périgueux qui mettait à disposition ses neuf hectares et ses infrastructures, dont bien sûr un stand de tir. Les élèves s’y trouvant actuellement ont rencontré ces policers et gendarmes étrangers, ont pu échanger avec eux, et une trentaine d’entre eux a participé à un exercice avec eux en fin de stage.
La tuerie de masse n’est pas forcément le fait de terroristes, et le phénomène Amok (voir encadré),  souvent consécutif à la prise d’une drogue et bien connu en Malaisie et dans de nombreux pays asiatique, en est l’illustration. Et depuis longtemps, les populations de ces secteurs savent comment se comporter quand ce danger surgit. Les premières réponses à ce type de tuerie de masse s’en sont inspirées, et ont été affinées par celles à donner lors des tueries du 13 novembre 2015.

Phénomène Amok
C’est un accès subit de violence meurtrière qui prend fin par la mise à mort de l’individu, qui agit seul, après que ce dernier a lui-même atteint un nombre plus ou moins considérable de personnes. Elle est ordinairement perpétrée à l’arme blanche dans les sociétés traditionnelles, mais se traduit aussi par des tueries massives par arme à feu perpétrées par un individu seul.

Dci : des stages pour une meilleure réponse
La Dci est composée de policiers et gendarmes qui oeu-vrent dans le cadre de la coopération internationale.
Elle est spécialisée dans l’accueil et la formation à travers des stages, parfois thématiques comme celui dont il est question ici, de policiers et gendarmes français et étrangers, à charge pour eux de transmettre à leurs collègues une fois de retour chez eux. Stéphane Mauchain confie que la problématique de la tuerie de masse est une nouvelle composante de la lutte contre l’insécurité. « Nous l’avons vu à travers les événements de 2015 » remarque-t-il. « Nous sommes face à des gens endoctrinés décidés à aller jusqu’à la mort en faisant un maximum de victimes ». Au Bataclan les policiers, dont ceux de la Bri qui agit sur Paris, sont intervenus sur un événement inconnu, qu’ils ont su gérer avec efficacité. « Très vite, nous avons neutralisé les assaillants. La Bri a ensuite indiqué comment ses agents avaient agi, et les expériences qu’ils en avaient tirées ». C’est de là qu’a été mis en place un protocole pour les tueries de masse qui couvre trois niveaux, celui de départ étant les policiers en patouille qui seront les premiers à arriver sur les lieux, le deuxième concernant les unités d’intervention, comme les Bac, dont l’armement a été développé et qui peuvent répondre aux kalachnikov, le troisième niveau étant celui des unités spéciales, Raid, Gign, Gipn,  Bri...

En plus d’apprendre à protéger, apprendre à se protéger
Le stage avait aussi vocation à apprendre aux policiers à se protéger pour mieux intervenir.
Ainsi, toutes les voitures peuvent désormais être équipées de trousses de secours individuelles permettant à un agent blessé de se faire les premiers gestes d’urgence. Ils ont donc appris à s’en servir, mais aussi à éviter d’être blessés. Pour ça, il y a le bouclier balistique dont sont équipés les intervenants de deuxième et troisième niveau, et la progression en binôme. Elle consiste à avancer à deux policiers collés l’un contre l’autre, protégés par le fameux bouclier, en tirant en même temps ce qui demande à celui qui est devant une parfaite confiance en son coéquipier, qui tire à proximité de sa tête, et au second une sûreté parfaite de son arme et de sa trajectoire. La maîtrise du stress fait aussi partie du stage, la pression ne devant pas paralyser l’intervenant... « Depuis 2015, les policiers sont mieux préparés à ce phénomène, et nous allons jusqu’aux techniques utilisées par les soldats lors des opérations sur les terrains de guerre » précise Frédéric Ménard.

Exercice pour faire face aux tueries de masse à l'école nationale de police de Périgueux

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