L’adieu de Beaublanc à son Fred

Ce samedi, le Palais des sports de Beaublanc n’a pas vibré sous les chants et les cris des supporters Limougeauds.

Le regard vide ou tristement fixé vers le cercueil, Antonio Lopez, vice-président du conseil de surveillance du Limoges CSP, fait les cent pas, perdu dans cette salle mythique qu’il connaît pourtant si bien. Une âme en peine dans ces vestiaires, ces tribunes, sur ce parquet recouvert d’un tapis aux couleurs vertes du club. à mesure que la foule défile, il ne peut retenir ses larmes comme si tous ces amoureux de basket, anonymes et personnalités, venaient confirmer la douloureuse nouvelle tombée comme un couperet moins d’une semaine auparavant. Il n’est pas le seul, loin de là. «C’est tellement brutal, violent... On a du mal à réaliser, on ne veut pas l’admettre mais Fred n’est plus là», déclare Stéphane Ostrowski. Pour celui qui était son ami, son témoin de mariage, son coéquipier au CSP comme en équipe de France, et aussi son collègue car directeur marketing du CSP, difficile de se dire qu’il ne verra plus Fred à Beaublanc au quotidien. «C’est lui qui a ramené la joie et la vie ici. La résonance nationale et internationale que prend cet hommage montre à quel point il était un grand président qui a fait preuve de courage».
élus, personnalités du basket et du sport français, étaient en effet présents pour lui dire adieu. Le président de la Fédération française de basket, Jean-Pierre Situat, s’était déplacé, ainsi que la ministre des Sports, Laura Flessel, qui a signé le registre de condoléances : «Peu de mots peuvent dire notre peine, tant de mots peuvent dire notre admiration pour le meneur d’hommes que tu as été. Tous mes mots vont à ta famille à qui j’offre mes plus sincères condoléances». Le maître-mot semblait être «merci», à chaque ligne sur les registres ou dans chaque recoin du Palais des sports où le maillot floqué du numéro 4 de Frédéric Forte devrait prendre place aux côtés de ceux d’Ed Murphy et de son ami Richard Dacoury.  Le Dac’ «écrabouillé par la tristesse et à la fois heureux de ce bel hommage rendu devant ses supporters, ses amis, sa famille... Un hommage à la hauteur du personnage, de la dimension qui était la sienne». D’autres champions de l’épopée européenne de 1993 tels que Jimmy Vérove, Franck Butter ou Jean-Marc Dupraz étaient réunis avec Claude Bolotny, Apollo Faye mais aussi Ousmane Camara, Fréjus Zerbo, Nobel Boungou Colo... Parmi ces joueurs qui ont fait bloc pour se recueillir devant l’ancien meneur, Pawel Storozynski était venu spécialement de Turquie : «C’était pour moi impensable de ne pas être là, j’avais besoin d’être avec les anciens joueurs, ceux qui ont partagé les mêmes émotions que moi avec Fred. C’est très dur. Il était un grand-frère, un mentor».
Serré et isolé dans son chagrin, un jeune homme ne parvient pas à quitter les tribunes. Lui c’est Khaled. «Fred m’a sorti du trou qu’était la cité Coubertin. à 13 ans, je venais traîner à Beaublanc, ramasser les ballons, il est venu vers moi, le petit bonhomme d’alors, raconte celui qui considère Fred Forte comme un père. Il a changé ma vie, il m’a appris la vie».
Bénévoles au club depuis 1982 et 1983, Henri et Jean-Pierre veillent au bon déroulement de l’hommage mais leurs yeux rougis trahissent leur émotion : «On l’a connu comme joueur, comme président, comme homme dans la vie de tous les jours, et ce n’était pas un mec qui se défilait. C’est un personnage que l’on ne peut oublier».
Souvent surnommé cathédrale du basket, Beaublanc était samedi une cathédrale de tristesse. Seul le fond musical choisi par la famille, dont «We Are the Champions» et des chansons italiennes, venait rompre ce silence inhabituel. Les anonymes ont d’abord défilé par grappes puis dans une foule compacte, regardant les écrans géants sur lesquels défilaient des photos de Frédéric Forte, avant de s’incliner devant le cercueil orné d’une couronne de fleurs blanche et verte formant le «4», numéro de maillot de celui que tout le monde pleure.
La dépouille du président a été transportée à Caen, sa ville d’origine, où ses obsèques seront célébrées mardi dans l’intimité. C’est aussi mardi que se jouera le premier match à domicile, face à Kazan, sans Frédéric Forte. «Un match émotionnel, annonce Axel Bouteille, jeune joueur du CSP qui gardera en tête le sourire et le côté positif du président. Il était fier de cette équipe. On va s’entraîner dur, et continuer à jouer pour lui». Membre du groupe de supporter Les Eagles, Christophe compte bien donner de la voix pour faire bouillonner le chaudron vert comme Fred l’a toujours voulu. «Mardi? C’est comme aujourd’hui (NDLR : samedi), il faudra dire j’y étais».

Par Mégane Lépine
et Christine Audebert

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