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Quelle est cette France qui accueille ?

Avant d’entamer son assemblée générale à Brive et de plancher sur le CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), le comité régional du Limousin de la Ligue des Droits de l’Homme accueillait la semaine dernière Odile Ghermani.

Devant les douze «ligueurs» et «ligueuses» limousins présents, Odile Ghermani, également co-responsable du groupe de réflexion Etrangers-Immigrés au sein de la LDH, est venue annoncer le lancement des Etats Généraux des Migrations. Un processus sur deux années qui permettra d’établir un portrait de cette France qui accueille, voire de constituer une force d’opposition face à un gouvernement qui fait montre d’une politique migratoire répressive.
Au-delà des associations historiques comme la LDH, Emmaüs, le
Secours Catholique... etc, la volonté est de convier à la table de la  concertation la multitude d’associations, qui «pullulent sur le territoire et qui font un boulot remarquable sans forcément de vision politique sur la question des migrations».  à la question : ces «EGM», seront-ils une grande messe de l’entre-soi? Odile Ghermani répond par la
négative. Au contraire, la volonté est d’élargir le cercle «du collectif des habitués» aux groupes informels et formels, à cette société civile -si chère aux Marcheurs- qui, suite à la réalité de la vie, s’est mobilisée pour venir en aide aux personnes étrangères dans le besoin. «Car après avoir distribué généreusement des cafés et des croissants  un certain nombre de matins, il se passe quoi?» interpelle Odile Ghermani.
On ferme docilement les yeux sur le discours dichotomique du gouvernement qui inculque «ses éléments de langage» aux cerveaux disponibles pour faire accepter l’idée qu’il existerait des «bons» et des «mauvais» migrants et qui nie formellement le harcèlement que les forces de police font subir aux personnes démunies ?
Facile, ensuite, de faire passer en mars prochain le projet de loi «immigration et asile» qui prévoit la mise en œuvre des «mesures les plus restrictives du règlement européen en matière de libertés individuelles et de droits fondamentaux des demandeurs d’Asile». Dixit le communiqué de presse du Défenseur des droits, Jacques Toubon. Les dernières circulaires sont la preuve factuelle des intentions répressives du gouvernement.
Des circulaires
et des hommes
Celles d’octobre et de novembre rappelaient aux préfets que les expulsions et les placements en rétention doivent être effectifs et s’accélérer. «Ceux qui ne se plieraient pas aux injonctions du ministère de l'intérieur sont rappelés à l’ordre. Ce fut le cas pour le préfet de la Corrèze» rapporte un ligueur. Une autre s’élève : «cette circulaire n’est qu’un rappel, les choses se font déjà». La circulaire de décembre «autorise la police à pénétrer dans les centres d’hébergement pour ficher les personnes. Appelons un chat, un chat !» dénonce encore un membre de l’assemblée.
à en écouter certains, «Sur le terrain, de telles pratiques existent déjà» pour d’autres motifs : la recherche de stupéfiants. Une façon pour les autorités de remplir leur mission de chiffre ? Autre sujet délicat : la question du rejet de prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance des mineurs devenus majeurs par «le miracle» des tests osseux ou, plus simplement, parce que la nature nous a fait ainsi : on grandit, on vieillit. Une grande fabrique de
drame humain «qui balance à la
rue du jour au lendemain des
jeunes gens sans ressources, sans logement». Les ligueurs constatent déjà une escalade vers la délinquance et une précarisation accrue de ces populations vulnérables. Les situations sont de plus en plus urgentes et catastrophiques. Voici autant de «mauvaises» raisons pour conduire une grande réflexion civile sur la question des migrations et ne pas se cacher derrière les formules aseptisées du type «mobilité globalisée» qui nient la condition humaine par-delà les frontières.
Réfléchir ensemble, tous ensemble, à la question des droits humains en France et en Europe, «à l’écriture d’une convention internationale pour établir les futurs droits des
réfugiés environnementaux». Un statut légalement inexistant aujourd’hui mais qui est sans doute déjà un motif de départ pour des hommes
et des femmes. «Et si c’était la
sécheresse qui était la cause de l’exode rural des populations
syriennes venues s’installer à l’Est d’Alep, le lieu des manifestations de 2011 ?» propose Odile Ghermani.
Le fait du hasard ? Chose certaine : le flux migratoire ne fait que commencer et prévoit des lendemains multiculturels. Autant s’y préparer à l’instar des collectifs Chabatz d’Entrar à Limoges et du tout récent M.A.S de Brive, ou encore ceux de Peyrelevade et d’Eymoutiers, actifs depuis déjà quelques années.
Enmarcheurs, réveillez-vous : la société civile existait bien avant vos premiers pas. Exigeons la concertation.
Par Sabine Parisot