Les territoires ruraux en bout de ligne

Rail

Sous un ciel de Toussaint, la  gare de Guéret affiche déjà des airs de mausolée... Vision prophétique ? Promesse gouvernementale ? Pas de deuil pourtant, ni même de résignation, les cheminots du Limousin lançaient surtout, hier, à l’occasion de la journée sans cheminots et sans trains, un avertissement.
Pluie battante, pénétrante, incessante. Qu’à cela ne tienne, les deux barnums sont grands, le hall de la gare est lui aussi, vaste... Et surtout, la colère, qui a fait se déplacer à Guéret les cheminots de Creuse, de Corrèze et de Haute-Vienne, est immense. Sur Limoges, 50% pour l’établissement mixte matériel et traction, 65,5% au niveau des agents et des contrôleurs... « Aujourd’hui, on a un taux de participation plus fort que le 3 avril », souligne Hervé Six,  secrétaire général CGT cheminots à Limoges. « Les cheminots se mettent plus facilement en grève en Limousin... » (1)
Et pour cause, la réforme du ferroviaire vient élargir le chemin défriché par la loi NOTRe. En bout de ligne, selon les estimations les plus optimistes du syndicat : 400 emplois supprimés en Limousin... « Et on ne parle pas des emplois indirects... », précise-t-il. « L’immobilier, le service médical..., s’il y a ouverture à la concurrence, ça ne restera pas en Limousin. »
Sans oublier la perte des contrôleurs,  aiguilleurs, agents... consécutive aux fermetures de lignes effectives ou annoncées : Limoges-Brive par Saint-Yrieix, Limoges-Angoulême, en bonne voie, sans parler, côté Creuse, des intercités toujours plus rares à La Souterraine, et des lignes Busseau-Felletin et Guéret-Montluçon régulièrement sur la sellette... « Et on fait passer des bus aux horaires appropriés à la place... », précise Alexandro Toti, cheminot creusois CGT.  « Forcément on se pose la question de ce que la région veut faire. »
À chaque nouvelle grille, aucune écoute... mais un écrémage. En Creuse, les cheminots étaient 200 en 1985, 85 en 2014... Il y a quinze jours leur population a été estimée à 71. Une espèce en voie de disparition... Le cheminot, comme l’abeille, et sa disparition annonce des temps sombres, domino après domino. Pas de services publics, pas d’égalité des territoires, ni de liberté des citoyens et finie la vie en milieu rural... Sûr que le plan particulier pour la Creuse, modèle pour l’hyperruralité de demain, est sur les bons rails.

(1) Très unis, les cheminots Limousins se déplacent selon les événements d’un département sur l’autre. Mais ratissent aussi plus large, ils cherchent à opérer la jonction avec les cheminots de Montluçon tout comme ils cherchent le contact avec les gaziers et les électriciens.

rencontre avec les sénateurs
Sollicités par les cheminots, les sénateurs de la Creuse Jean-Jacques Lozach et Éric Jeansannetas recevaient hier matin, Yann Desenfant, secrétaire départemental CGT cheminots, Philippe Richert, section retraités et Frédéric Tronche, secrétaire régional de la CGT Limousin. « On tenait à être reçu par les sénateurs parce que le texte doit être présenté au sénat », souligne Yann Desenfant. « Ils vont voter contre, par contre, rapporte-t-il, ils nous ont dit que ce serait une lecture très rapide, et sachant le sénat très à droite, que le texte risquait de sortir plus libéral encore. »
La CGT, qui a présenté les 45 pages de son projet pour palier les dysfonctionnements de la SNCF, a abordé avec les parlementaires PS la dette, le statut du cheminot et le statut de l’entreprise ou encore l’ouverture à la concurrence... leur rappelant au passage que la Nouvelle Aquitaine, PS, elle aussi, est pour et procède déjà à l’allotissement des lignes. « Pour nous, ça relève de l’égalité des territoires... la Creuse devient un désert de services publics », déplore le cheminot.