Affaire «Séréna» : le procès hors norme sur le déni d’enfant

Justice

L’histoire bouleversante du «bébé retrouvé dans un coffre de voiture» revient au devant de l’actualité. Sa mère mise en cause sera jugée devant la cour d’Assises à partir de lundi prochain au TGI de Tulle.

Les faits remontent à 2013. Rosa Maria Da Cruz est mère de trois enfants. Elle vit en Corrèze, à Brignac-la-Plaine, avec son époux. Le 25 octobre, elle décide de déposer sa voiture dans un garage automobile à Terrasson-Lavilledieu, en Dordogne. Un acte qui s’avérera pleinement volontaire lors de l’instruction.  Rosa Maria Da Cruz avoue avoir laissé l’enfant dans le coffre du véhicule à dessein. Les employés du garage y découvrent alors un bébé «nu, déshydraté et sale» au milieu de jouets et de langes. Interrogée par les gendarmes alertés, Rosa Maria Da Cruz avoue être la mère de l’enfant. Les comparaisons des profils génétiques attestent les dires de la mère. Séréna serait née le 24 novembre 2011, après une grossesse passée inaperçue au yeux de tous et totalement déniée par cette mère de famille. La dissimulation de l’enfant, au sein même de l’habitation familiale, aura duré deux années pendant lesquelles, la fillette a reçu des soins plus que rudimentaires. Après plusieurs rapports médicaux, Séréna présentait pléthore de carences avec la caractéristique d’être dans l’incapacité de tenir sa tête droite.

Syndrome autistique

Une dernière expertise médicale, datant de mai 2016, rapportait que la petite, alors âgée de quatre ans et demi, faisait état d’un syndrome autistique décrit comme «irréversible en raison de l’enfermement dans l’obscurité et sans contact». À l’initiative de l’avocate de l’association Innocence en danger, Maître Marie Grimaud du Barreau de Paris, cet ultime rapport médical avait déterminé la tournure de l’instruction : l’infraction délictuelle s’est muée en crime. Rosa Maria Da Cruz devra répondre de ses actes devant la cour d’Assises dès ce lundi 12 novembre. Elle encourt jusqu’à 20 ans de prison pour violence suivie d’infirmité permanente sur un mineur de moins de quinze ans. Sa défense sera assurée par Maître Chrystèle Chassagne-Delpech du Barreau de Brive. Il s’est avéré que sa cliente a connu plusieurs dénis de grossesse dont un total pour son deuxième enfant. Concernant, cette quatrième maternité, la prise de conscience est survenue au huitième mois sans qu’aucun examen médical ne vienne l’attester. Rosa Maria Da Cruz a accouché seule, chez elle, sans autre assistance.
Rappellons que le 15 février 2018, un non-lieu avait été requis pour le père, également mis en examen,  «en l’absence d’éléments probants sur sa connaissance de l’existence même de l’enfant». Le jury d’Assises devra juger le degré de conscience et de responsabilité de la mère de l’enfant, âgée de 45 ans au moment des faits.
Au-delà de la maltraitance, il sera question de maladies mentales au cours de ce procès : du déni de grossesse aux troubles autistiques. Dans un contexte à haute teneur sensible où la vox populi prêtera son oreille attentive, le verdict devrait tombé au terme de cinq à dix jours d’audience. L’affaire avait déjà ébranlé le pays entier lors de la révélation des faits. En 2013, un afflux de dons de toutes sortes et de témoignages étaient arrivés au service de pédiatrie du CH de Brive lors de l’hospitalisation de l’enfant, tant l’émoi était grand.
Le TGI de Tulle se prépare à l’assaut médiatique. La salle d’assises sera ouverte au public avec 80 places assises disponibles dont une vingtaine réservées à la presse. Le dispositif de sécurité sera renforcé. Dans une effervescence programmée, magistrats et jurés devront garder sang froid et raison dans  leur intime conviction.

Sabine Parisot

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