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Manifestations: les agriculteurs aussi

Venant des quatre coins du département, une bonne soixantaine d’agriculteurs de Haute-Vienne ont déjeuné hier à midi devant la préfecture de Limoges. Car eux aussi en ont «ras-le-bol», entre autres, des taxes sur le carburant. S’ils se sont dispersés après le repas, rien ne dit qu’ils sauront «se tenir» s’ils ne sont pas entendus.

 
Alors que certains imaginaient encore un éventuel blocage de camions de routiers, ce sont les tracteurs d’agriculteurs qui ont rejoint les cortèges de Gilets jaunes hier en milieu de matinée, avant de converger vers la préfecture, à peine plus vite qu’un escargot.
À l’appel des Jeunes agriculteurs (JA) de la Haute-Vienne, une soixantaine d’éleveurs et producteurs, syndiqués ou non, ont participé à cette mobilisation qui n’a rien de surprenant : «La semaine dernière, nous avons fait un communiqué pour dire que nous soutenions l’action des Gilets jaunes. Mais comme c’était une mobilisation citoyenne, apolitique et asyndicale, nous n’avons pas lancé d’appel même si nous n’avons empêché personne de manifester» explique Karen Chaleix, présidente des Jeunes agriculteurs 87. Le syndicat préférait attendre lundi pour faire entendre ses revendications,  «avant même de savoir que les Gilets jaunes allaient poursuivre leur mouvement». 
Et si cette action porte avant tout «sur le prix du GNR» (gasoil non routier), Karen Chaleix voulait parler «plus largement des énergies durables» : «à côté des carburants, nous avons beaucoup d’autres taxes. Les revenus sont très faibles et aujourd’hui nous ne vivons plus de notre profession. Alors, avec les énergies durables, on se dit qu’il y a peut-être un créneau». Pour le syndicat, les pouvoirs publics doivent par exemple «favoriser le photovoltaïque sur les bâtiments et réglementer plus sévèrement les panneaux  au sol qui empiètent sur des terres agricoles». 
Militant aussi  pour «faciliter l’accès aux unités de méthanisation», une délégation d’agriculteurs a ainsi été reçue par le directeur de cabinet du préfet. Un moment saisi par Karen Chaleix pour rappeler «que la profession agricole, avec ses cultures, est le plus grand piégeur de carbone. Les plantes piochent du CO2 et rejettent de l’O2», d’où le «ras-le-bol» de payer des taxes sur les carburants ou sur les emballages plastiques, sachant que leur activité a aussi des côtés vertueux pour l’environnement.
Les Jeunes agriculteurs ont profité de cet entretien en préfecture pour offrir un vélo au préfet, «pour que lui aussi se mette au vert» en espérant que «la préfecture appuie no-tre dossier pour placer le département en calamité agricole à cause de la sécheresse. Ça va être débattu le 12 décembre au niveau national et nous comptons vraiment sur le préfet et sur toutes les autres 
institutions politique de Haute-Vienne pour porter fort ce dossier».
Parmi les manifestants, on retrou-vait également des agriculteurs non-syndiqués qui ont participé à la journée du 17 : «Nous sommes là  principalement pour le GNR mais aussi pour toutes les autres taxes et charges que nous ne pouvons plus avaler. Ce n’est plus possible» lâche Sébastien, éleveur ovin. «Surtout qu’on ne vend pas notre viande plus chère. Nous ne pouvons pas répercuter ces taxes sur le prix, sinon c’est le client qui va trinquer poursuit Laurent. La transition écologique d’accord mais pas de cette façon. On ne taxe pas les gens pour faire après une transition. Non, il faut donner des solutions avant pour pouvoir changer les choses et après on taxe. Mais pas l’inverse car là l’état récupère du pognon, c’est tout. Et pendant ce temps, nous crevons de faim» s’indigne cet éleveur bovin. Son homologue Ludovic constate : «Près d’un euro le litre, 28% d’augmentation sur un chiffre d’affaire comme le nôtre, c’est énorme». Avant de remarquer que «le prix de la viande n’a pas augmenté de 28% ! Nous ne pouvons pas nous ajuster comme le ferait une entreprise. On nous dit ça c’est le prix de la viande, si tu ne veux pas tu la gardes».
Les agriculteurs attendent désormais un signe fort venant d’en haut, avant de, pourquoi pas, durcir le mouvement.

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