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La ruralité réclame le droit d’étudier

L’un des objectifs de la réforme des lycées de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, est  que les élèves puissent opter pour les spécialités de leur choix. Pour rappel,  les séries de la voie générale ES, L et S vont être supprimées et remplacées par des spécialités, en plus de celles du tronc commun. Or ce champ des possibles est d’ores et déjà mis à mal, et c’est la ruralité que est en train d’en faire les frais. 
 
Hier enseignants, lycéens et parents d’élèves du lycée Jean-Giraudoux de Bellac (87) ont manifesté devant le rectorat à Limoges pour dénoncer les conséquences de la réforme du lycée sur leur établissement. Les  élus du secteur étaient eux aussi mobilisés. Pour ces manifestants, la réforme du lycée n’a de sens que si elle améliore la situation actuelle afin d’aller vers un lycée plus juste et plus efficace pour la réussite des élèves. Or, «nous avons appris mardi dernier qu’à la rentrée 2019, nous ne pourrions proposer que six enseignements de spécialité à nos élèves», déplore Baptiste Souchaud, prof de maths au lycée bellachon. Pourtant, comme il le souligne, l’esprit annoncé de cette réforme était une juste répartition des spécialités dans un périmètre raisonnable. Sauf que ça c’était avant. Le lycée Jean-Giraudoux compte 350 élèves venant de tout le nord de la Haute-Vienne, étant le seul lycée du secteur. «On nous parle d’équilibre des territoires, alors que cette réforme propose l’inverse et je ne vois pas pourquoi les élèves des lycées ruraux n’auraient pas les mêmes choix que ceux des lycées urbains», ajoute le prof de maths. Cette réforme devait donner plus de liberté de choix aux lycées. Ce qui se profile est bien différent et les lycées ruraux en sont les premières victimes, et pour cause. Les lycéens de Jean-Giraudoux pouvaient par exemple étudier les sciences de l’ingénieur ou dans le cadre de la section européenne, créée il y a deux ans, les langues, littératures et cultures étrangères. Ces options sont devenues des spécialités qui ne seront donc plus enseignées dans ce lycée. Les élèves concernés devront poursuivre ailleurs. Ce qui pose aussi un autre problème que les manifestants n’ont pas manqué de soulever, celui des élèves les plus précaires. Yves Petit, représentant des parents d’élèves et membre de la FCPE, indique, très logiquement, que lorsque les élèves n’ont pas la possibilité de choisir leur filière, ils vont ailleurs, «la Région aide les familles financièrement, à condition que leurs enfants soient dans 
l’établissement scolaire de secteur. Si cela n’est plus le cas qui va payer ? Les élèves devront donc rester par défaut et plus par choix». D’ailleurs plusieurs lycéens l’ont également évoqué «pourquoi n’aurions-nous pas droit aux spécialités alors que les lycéens de Limoges y ont droit ? C’est injuste. Nous ne sommes pas des lycéens inférieurs notre lycée ne l’est pas non plus». Et ce d’autant que l’accès à l’éducation pour  tous est un droit fondamental de la République. Les élus du nord du département sont également très inquiets. Ils craignent, à terme, la disparition pure et simple du lycée, comme le dénoncent les maires du Dorat et de Cieux «on commence par supprimer des sections et ensuite on dit qu’il n’y a plus assez d’élèves et on ferme l’établissement». Des syndicats, comme la FSU, dénoncent régulièrement, outre les baisses de formations, une possibilité de suppression de postes : moins d’heures de cours, des élèves mélangés pour les enseignements du tronc commun là où aujourd’hui il faut prévoir des classes différentes selon les séries. Le recteur pourrait donc proposer une offre adaptée à la situation réelle d’effectifs enseignants. Ce qui pourrait se traduire par une concurrence entre les lycées, les établissements les plus recherchés étant mieux dotés que les autres. L’exemple de Bellac est loin d’être isolé. Les manifestants évoquant nombre de lycées ruraux dans le même cas. 

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