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Algérie, une victoire et des doutes après le renoncement de Bouteflika

Lundi dernier, des milliers d’Algériens sont sortis dans la rue pour exprimer leur joie suite à la décision prise par Abdelaziz Bouteflika de renoncer à un cinquième mandat. Néanmoins, l’annulation du scrutin fait ressurgir la colère dans les rangs du peuple. Loin d’être satisfait, ce dernier estime que cette décision n’est qu’une façon de prolonger son mandat actuel.

Si le peuple algérien est satisfait et content du retrait officiel de l’actuel président pour les prochaines élections, il reste très prudent et plus que jamais déterminé à faire tomber tout un système qu’il décrit comme «mafieux».

À Limoges, les étudiants algériens sont très remontés face à la décision du président de décaler les élections vers une date qui reste pour le moment indéterminée, «je pense que c’est une ruse de l’Etat car en se retirant des élections et en annulant ces dernières, il prolonge indirectement son mandat» estime Zineb, étudiante à la faculté de droit de Limoges. Pour son compatriote Ghani, étudiant à la faculté des sciences, le peuple est «prêt à manifester jour et nuit s’il le faut jusqu’à ce que le gouvernement, qui n’a jamais servi autre chose que ses propres intérêts, dégage et laisse le pays en paix!». En effet, pour le peuple algérien, Abdelaziz Bouteflika n’est que le «syndrome» d’une maladie profonde. Une maladie qui gangrène le pays depuis bien trop longtemps «je vais avoir 25 ans dans deux mois, et je n’ai jamais connu un autre président que Bouteflika, les gens qui sont derrière lui font pression pour le prolonger au détriment de la volonté du peuple» regrette Salim, étudiant à la faculté des lettres de Limoges.

Mouvement pacifique

Ce qui a caractérisé le mouvement et ce, depuis le début, est l’organisation exemplaire dont font preuve les manifestants. Aucun incident grave n’a été signalé pour le moment et des scènes amicales ont été constatées avec les forces de l’ordre. Sur place, les gens préparent la manifestation d’aujour-d’hui avec beaucoup d’enthousiasme, mais restent très vigilants. À ce propos un professeur à l’université d’Alger explique : «Les gens sont conscients que le système est prêt à tout pour garder le pouvoir» avant d’ajouter «le président et les ministres ne sont que la partie émergée de l’iceberg et on doit rester unis derrière nos revendications qui, encore une fois, doivent rester pacifiques».

Intergénérationnel

Un autre trait spécifique aux manifestations algériennes, c’est la présence de toutes les générations dans les rues du pays. Ainsi, des personnes ayant vécu la guerre d’indépendance, étaient aux côtés des jeunes pour plaider la cause de toute une nation «quand je regarde ces jeunes sortir avec autant de ferveur et de fierté en tenant leur drapeau entre les mains, je ne peux qu’être fier; je suis ému et soulagé en même temps car je me dis que tout n’est pas perdu» lance avec émotion un ancien résistant de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, basé en Kabylie (ancienne wilaya 3 historique), puis d’ajouter «le gouvernement est en train de manigancer quelque chose, c’est évident, mais je tiens à dire qu’aujourd’hui, personne ne va mourir pour le pays, nous allons tous vivre pour lui!»

La Gent féminine

Les femmes ont marqué l’événement par une présence en masse dans les rues d’Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa ou encore Annaba et dans le reste des villes du pays. Par ailleurs, le 8 mars dernier (journée internationale des droits des femmes), elles ont envahi les rues pour démontrer que la liberté est l’affaire de tous «nous sommes les descendantes de Hassiba Ben Bouali et tout comme elle, on veut récupérer notre pays des mains de ces voleurs » souligne Nesrine, étudiante en pharmacologie à l’université d’Alger. Pour information, Hassiba Ben Bouali est tombée au champ d’honneur le 8 octobre 1957 à la Casbah d’Alger. Elle fait partie d’une lignée de femmes qui a défendu le pays à l’époque coloniale, à l’image de Zohra Dhrif, Djamila Bouhired ou encore Sadia Choubane en Kabylie.

Conscient des enjeux majeurs qui attendent le pays, les Algériens restent confiants et sereins parce qu’il y a de la place pour une deuxième république démocratique et populaire, une république transparente qui soit plus dans «l’être que le paraître».

Massil Choubane

 

Chronologie des événements

- 16 février 2019 : première manifestation de grande ampleur à Kherrata dans la ville de Béjaïa à 220 km à l’est d’Alger.

- Le 19 février : à Khenchela un grand poster de Bouteflika est décroché et déchiré par la foule présente sur place.

- Le 21 février : des posters et des cadres photo du président sont retirés et détruits par la population de la ville d’Annaba.

- 22 février : de plus grands rassemblements commencent à se former suite à l’appel anonyme lancé sur les réseaux sociaux et ce, dans les principales villes du pays.

- 24 février : un appel est lancé de Mouatana «citoyenneté» pour manifester contre le système en place.

- Le 3 mars : suite à la confirmation de la candidature de Bouteflika, un appel à une grève générale et un grand rassemblement pour le 8 mars est lancé anonymement sur les réseaux sociaux.

- 8 mars : plus de cinq millions d’Algériens sortent pour manifester contre la candidature de Bouteflika et le régime en place.