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Rassemblement pour Nouraldin: appel au soutien demain devant le tribunal administratif

Solidarité

Ce jeudi 11 avril à 11h Nouraldin passe en audience au tribunal administratif de Limoges pour demander l’annulation de son Obligation de quitter le territoire français.

 

Un appel au rassemblement est lancé ce jour-là. Nouraldin habite sur le plateau de Millevaches, en Haute-Corrèze, depuis 4 ans. Comme de nombreux Soudanais, il a fui le Soudan, ce pays écrasé par la dictature de Omar el-Béchir depuis son coup d’État en 1989. Nouraldin fait partie de ces milliers de jeunes qui ont pris la rue en 2013 au Soudan et tenté de s’organiser pour faire tomber ce régime sanguinaire. Mais les vagues de répression, les meurtres, les enlèvements, les disparitions, les arrestations et la torture qui ont suivi ces soulèvements, ont jeté des centaines de jeunes sur les routes de l’exil. Après un passage par la Libye où il est resté plusieurs mois en esclavage, Nouraldin parvient à pren-dre une embarcation de fortune pour rejoindre l’Italie. De là, il rejoint la France et le campement de Calais où plusieurs milliers d’exilés tentent de passer en Angleterre.

Après y avoir été incité à demander l’asile en France, Nouraldin est ballotté de recours en recours et se voit plusieurs fois refuser le statut de réfugié. Depuis quatre ans, Nouraldin est très actif au sein de la diaspora soudanaise dans les mobilisations contre la dictature. Malgré l’évidence, la France dénie la gravité de la situation au Soudan et continue de le considérer comme un pays partenaire pour la gestion des flux migratoires. La préfecture de la Corrèze a de nouveau ordonné à Nouraldin de quitter la France et veut lui interdire de revenir sur le sol français pour une durée d’un an. Expulser vers le Soudan un exilé soudanais, connu pour ses activités politiques, l’expose sans l’ombre d’un doute à la prison, la torture, voire la mort

 


Entretien avec Nouraldin Altayeb Ahmed Osman, exilé soudanais

Nouraldin Altayeb Ahmed Osman est un de ces nombreux exilés soudanais dont le sort a voulu qu’ils trouvent refuge en Limousin, au terme d’un long périple parsemé de risques, mettant bien souvent leur vie en danger. Il est aussi un de ceux et celles qui depuis décembre dernier essayent de mobiliser les ressortissants soudanais et de sensibiliser la population française autour du soulèvement populaire contre la dictature de Omar el-Béchir, à la tête de l’Etat soudanais. Nous avons rencontré Nouraldin pour qu’il nous explique ce qu’il se passe exactement au Soudan ces jours-ci ainsi que les initiatives qu’elles et ils mènent ici, depuis leurs situations bien souvent précaires, pour être actifs, à leur manière, dans la révolution soudanaise.

Le samedi 2 février dernier, avait lieu à Limoges, place d’Aine, un rassemblement de soutien à la révolution soudanaise. Les manifestants soudanais et français s’étaient réunis à l’appel d’exilés soudanais du Limousin pour réclamer la chute du dictateur au pouvoir depuis 1989. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce rassemblement ?
Ce rassemblement faisait partie d’une série de manifestations dans toutes les villes de France pour soutenir le peuple soudanais en révolte. La couverture médiatique de ce qu’il se passe depuis mi-décembre au Soudan étant plus que minimale, au Soudan comme internationalement, il est  du devoir des exilés ici en France de participer à briser le silence. Pour beaucoup de Soudanais présents en France et dans le Limousin, les exactions du régime d’Omar el-Béchir sont la cause première de leur départ.
Les rassemblements visent à la fois à montrer ce qu’il se passe au Soudan et donner une voix au soulèvement populaire soudanais qui est étouffé par une omerta médiatique organisée au Soudan. Trouver des soutiens au niveau international est d’autant plus compliqué que la dictature soudanaise a mis le pays dans un état d’isolement régional et international qui fait que très peu de gens ont une idée de ce qu’il se passe dans ce pays de la haute vallée du Nil. Omar el-Béchir et une vingtaine de responsables du régime sont pourtant poursuivis pour crimes contre contre l’humanité par le Tribunal Pénal International depuis 2009 pour les massacres commis au Darfour.

En France, on a bien entendu parler de la guerre civile avec le Sud Soudan et de la situation humanitaire catastrophique au Darfour, on sait beaucoup moins ce qu’il se passe dans le reste du pays. Quelles sont les raisons du soulèvement en cours dans toutes les villes et les campagnes du pays ?
Au Soudan même, beaucoup de gens ne savent pas très bien les raisons des guerres incessantes entretenues par le régime de Béchir aux quatre coins du pays. Le centralisme médiatique et intellectuel de la société soudanaise fait qu’une grande partie de la population, notamment dans les centres urbains a une vision très partielle et faussée des foyers de guerre allumés par le régime dans le sud, au Kordofan, au Darfour, dans le Nil Bleu ou à l’Est du pays. Les rares médias indépendants sont systématiquement muselés (censure, interdiction de parution) et les médias principaux sont au service du clan au pouvoir.
Ces médias officiels ont grandement aidé le gouvernement à façonner l’opinion publique sur les guerres régionales qu’il menait à la périphérie du pays, à attiser les conflits ethniques et religieux. Les informations qui sont arrivées en Europe et en France sur la situation dans ces régions (Darfour, Soudan du Sud) ont pu sortir du pays grâce au travail de certaines ONG qui étaient tolérées dans ces régions jusqu’en 2009. Après cette date et l’expulsion de ces ONG par le régime, plus aucune information ne filtre alors que la situation n’a fait qu’empirer (déplacement de centaines de milliers de personnes, massacres, enlèvements, disparitions…). Le 14 mars,  une nouvelle attaque menée par une milice proche du régime a été perpétrée à l’ouest du Darfour (région frontalière du Tchad) et a fait cinq morts et trois blessés.

"L’étouffoir de la dictature soudanaise"

Au-delà de ces régions où la répression du régime s’abat de manière sauvage, tout le pays est mis en coupe réglée par la clique de Omar el-Béchir qui entretient la haine ethnique et religieuse depuis des années pour pouvoir piller les ressources du pays à son aise...
Depuis une dizaine d’années, les vagues de départs de jeunes se sont succédées pour échapper à l’étouffoir de la dictature soudanaise. Pour vivre au Soudan, après ses études, il n’y avait que trois solutions, la police, l’armée ou travailler pour le parti au pouvoir, cela a entraîné énormément de jeunes des villes à quitter le pays.
Après 2011 et la séparation du Soudan du sud, qui concentrait l’essentiel des ressources pétrolières du pays, les mouvements de contestation intérieurs ont gagné en force jusqu’à un pic en 2013 où des manifestions monstres ont secoué le pays pendant plusieurs semaines contre la hausse des prix du pétrole et des denrées de base puis pour la chute du régime. Le mouvement, qui fait écho aux « printemps arabes », a fait trembler le régime sur ses bases, il réagira d’une manière très violente (200 morts et des milliers d’arrestations et de disparitions…).

"Fuir la répression"

A partir de là, de nombreux jeunes, actifs dans les manifestations, vont prendre la route de l’exil à leur tour pour fuir la répression. Suite à l’expérience accumulée dans cette période, des mouvements se sont structurés, des groupes « Facebook » ont proliféré, des petits groupes ont poursuivi un travail de terrain sur les marchés, dans les quartiers, les universités (souvent en risquant leur vie). Un mouvement de grève générale a aussi paralysé le pays en 2016. En décembre dernier, le mouvement est reparti de plus belle et de manière beaucoup plus large. En 2013, le mouvement était encore très concentré sur les centres urbains, aujourd’hui il a gagné jusqu’au plus petit village et toutes les catégories de la population (syndicats, groupes de femmes, « l’appel du Soudan », qui regroupe les partis politiques d’opposition). Toutes les semaines, les manifestations grossissent poussant progressivement le régime dans ses retranchements et multipliant les défections dans l’appareil d’État. Le 22 février dernier Omar el-Béchir a limogé le gouvernement, toutes les représentations gouvernementales locales et instauré l’état d’urgence militaire.

"Le Labyrinthe de la demande d'asile"

Depuis quelques mois les exilés soudanais en France s’organisent pour faire écho au mouvement en cours. Comment cela se passe-t-il et quels sont les obstacles que vous rencontrez ?
Quand beaucoup d’entre nous sont arrivés en France, en 2013, personne ou presque ne savait ce qu’il se passait au Soudan et la communauté soudanaise en France était quasiment inexistante, nous avons eu beaucoup de mal à nous organiser et nous faire entendre.
Dans les institutions en charge du droit d’asile, il y avait une grande méconnaissance de la situation soudanaise et notamment des mouvements contre le régime, l’asile était donc délivré au compte-goutte et selon des informations datées ou ciblées sur certaines régions. Ces dernières années, nous avons pu multiplier les occasions de nous rencontrer, des groupes Facebook entre exilés se sont développés et nous permettent aujourd’hui de coordonner nos efforts pour faire savoir ce qu’il se passe au Soudan. Nous avons organisé des rencontres, des conférences, et une vingtaine de manifestations en France depuis décembre.
Nous butons toutefois sur la grande précarité de la situation de la plupart d’entre nous, pris dans le labyrinthe de la demande d’asile, en grande précarité économique voire en situation irrégulière après de multiples démarches de régularisation infructueuses.