Fil info
10:32Mussidan : On n'appelle pas sa copine "petite", même par SMS -> https://t.co/5iO2csQ3xU
05:36Bergerac : Dandinement jusqu'à Périgueux -> https://t.co/XJFptXY8oF
17:02Bergerac : Ce soir, c’est Suzane qui est concert et c’est gratuit ! -> https://t.co/rEf4QIHVv9
16:51RT : | ♻️ La rentrée approche et vous souhaitez vous équiper ? 🤝 Développée par Limoges Métropole, utili… https://t.co/AxCI2QdOOh
16:50RT : Je suis co-signataire de cette lettre initiée par . Nos ports doivent s’ouvrir à l’accueil des migrants e… https://t.co/U2cUwTKTGj
16:49RT : POUR NE PAS OUBLIER / NOT TO BE FORGOTTEN; il y a 20 ans, le 17 août 1999, 5 sapeurs-p… https://t.co/ox7GKoiBER
15:05RT : Si ma vaillante petite moto arrive à gagner le Plateau des Mille Vaches, arrivée prévue ce dimanche matin. Hâte hât… https://t.co/dS3vK5atAV

Ça se passait comme ça à France Telecom...

A l’occasion de son passage à Limoges, Sébastien Crozier, est revenu sur un management d’une rare violence qui a conduit à une vague de suicides à France Télécom il y a 10 ans. Le dirigeant de la CFE-CGC Orange et les responsables qui l’entourent n’ont rien oublié de cet épisode dévastateur, objet aujourd’hui d’un procès pour harcèlement moral institutionnel.

Cela fait plus de 10 ans. Mais, aujourd’hui, avec l’ouverture du procès pour harcèlement moral de leur ancien patron Didier Lombard et de sept autres prévenus, tout remonte à la surface.

Sébastien Crozier, président national de la CFE-CGC Orange, de passage à Limoges mercredi soir raconte : «Didier Lombard venait d’annoncer 22.000 suppressions d’emploi avec cette sentence : ils [les salariés] partiront par la porte ou la fenêtre.» A partir de là, le management met la pression. Sébastien Crozier raconte : «La direction a profité d’une faille de la fonction publique : à savoir le déplacement forcé, qu’il soit fonctionnel ou géographique.» Le «Time to move» (il est temps de partir) est généralisé : «Un manager ne devait pas rester plus de 3 ans sur le même poste, pour ne pas qu’il s’attache aux gens et atteigne donc ses objectifs en matière de réduction des bâtonnets.» Réduire les bâtonnets, c’est réussir à pousser les salariés vers la sortie. Le plan NExt (Nouvelle expérience des télécommunications) est lancé. «La directrice des ressources humaines l’a rebaptisé nouvelle extermination.»

«J’étais convoqué tous les vendredis soir à 19h, et on demandait : T’as fait moins combien cette semaine ?, rapporte un manager. Parce que je n’ai pas accepté cette logique, je n’ai jamais été augmenté.» François, manager lui aussi, rebondit : «On m’a dit François, tu travailles bien mais n’espère pas avoir un deuxième poste ici. La bonne nouvelle, c’est que tu as un an pour en trouver un autre.» Entre autres joyeusetés, il y a aussi cette métaphore qu’ose un dirigeant : «Pour avoir de beaux fruits, il faut savoir tailler les arbres. Je vais vous apprendre.»

«La situation devient intenable mais la direction est toujours restée sourde aux alertes. Et puis, il y a eu cette collègue de la direction stratégique qui s’est jetée du 5e étage, se souvient Sébastien Crozier. Elle a mis 1h30 pour mourir et la direction est restée aux abonnés absents. Face à la pression médiatique, le ministre Xavier Darcos convoque Didier Lombard. Il mettra 4 jours pour se déplacer et, finalement, va déclarer qu’il faut arrêter avec cette mode du suicide.» Il faudra qu’un autre salarié, Rémy Louvradoux, s’immole sur le parking de l’entreprise, à Mérignac, pour parvenir à infléchir ce management meurtrier.

Dix ans après, l’ancien patron se retrouve sur le banc des accusés. «Il aurait pu nous le faire sur l’air de «Non, je ne regrette rien», il a préféré dire qu’avec un autre ça aurait été pire, poursuit Sébastien Crozier. La réalité c’est que Didier Lombard qui n’avait aucune expérience managériale s’est lancé dans la course aux profits.»

Ce qu’il risque aujourd’hui ? «15.000 euros d’amende et 1 an de prison : à 77 ans, ce sera au pire un bracelet électronique.» Pas cher payé pour avoir abîmé tant de personnes. Car «les suicides ne sont que la face émergée de l’iceberg de la violence exercée. Des rapports ont démontré que l’intégralité de l’entreprise avait été mise en situation de tension.» A la même période, les profits se chif-frent à 4,4 milliards d’euros. «Nous, quand on voulait un nouveau crayon à papier, il fallait rapporter l’usagé», témoigne un manager. En 2008, Didier Lombard s’est vu remettre des mains du ministre du Budget Eric Woerth le titre de manager de l’année. «L’idée de ce genre de dirigeants c’était je suis le meilleur, je fais des profits, j’encaisse, résume Sébastien Crozier. Mais la vie, ça ne marche pas comme ça.»

Jérôme Davoine

Légende photo: Pour Sébastien Crozier (entouré ici de ses collègues de la CFE-CGC Orange), les suicides n’étaient que la face émergée la plus violente d’un climat social où la tension était la règle. C’était à France Télécom, il y a 10 ans.

Kobe 11 Mentality