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Des festivals pas toujours à la fête

Culture

La saison des festivals de musique bat son plein. Dans notre région aussi des milliers de spectateurs vont chaque week-end assister aux tournées d’été de leurs artistes préférés. Pourtant le petit monde des festivals est un secteur en profonde mutation.

 

Brive Festival, Ecaussystème (Gignac, 46), Le festival aux Champs (Chanteix, 19), Check in Party (Saint-Laurent, 23) et finalement L’An Zéro (Saint-Laurent) ; la saison des festivals est bel et bien lancée.

Pourtant, si sur l’affiche le fond de l’air semble à la fête, cette multitude d’événements programmés dans notre région cache des situations bien diverses dans un secteur qui connaît de profonds bouleversements depuis plusieurs années. «Dans l’évolution des festivals on est passé du simple au décuple. Cette augmentation est due à des phénomènes très différents» analyse Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS-CEPEL (Centre d'études politiques de l’Europe latine) à Montpellier. Selon ce spécialiste, le premier est lié à la mutation même de nos pratiques culturelles. «Les Français privilégient la forme événementielle par rapport à la forme permanente. Ce qui était quelque chose d’exceptionnel dans les années 1980 est désormais devenu central, ce qui est particulièrement vrai pour la musique». Un phénomène renforcé par un contexte économique nouveau. «L’effondrement du marché du disque a provoqué une espérance de gain vis à vis de l’événementiel. Avant, un artiste sortait un disque pour faire une tournée, aujourd’hui c’est plutôt l’inverse».

Raréfaction des financements publics

Pourtant, au grand boom des festivals qui a suscité «un intérêt éminemment politique» dans les années 90 succède une période de raréfaction des financements publics. Ce qui n’est pas sans conséquence pour certains festivals surtout que, dans le même temps, les coûts techniques et artistiques, eux, ne cessent de croître.

«Ce vide, les grands groupes de la gestion de salles de spectacles, de production musicale sont en train de le combler en investissant dans ce secteur. Live Nation, Vivendi , AEG anticipent précisément le fait que ces subventions vont être de moins en moins importantes et qu’il y a des affaires à faire dans l’économie festivalière» observe le chercheur. Et ce, malgré un équilibre encore très fragile du secteur.

A l’origine du Brive Festival, passé sous pavillon Vivendi, à travers sa filiale Festival production, Stéphane Canarias, son directeur confirme. «Cette année, la troisième depuis la création de Festival Production, sera peut-être la première à l’équilibre. Le rachat a permis au festival de passer un cap financier mais aussi de gagner en visibilité avec des relais médiatiques sur C8 ou C Star (propriété de Vivendi, NDLR). En deux ans le chiffre d’affaires du festival a été multiplié par deux pour atteindre 2,7 Me cette année. Soit environ 27 fois plus que la première édition de Brive Plage. L’enjeu pour nous, c’est avant tout l’esthétique du festival. Nous voulons répondre aux attentes du public afin qu’il passe un bon moment». Une grosse machine, donc avec un budget soutenu à 40% par la billetterie, 35% par les partenariats, 10% par les collectivités et 10% par les «recettes bars» lors de l’événement.

Question d'ordre éthique

De leur côté les structures associatives et indépendantes comme celle de l’Ecaussystème à Gignac (46) ne bataillent pas à armes égales. «Nos recettes sont à 90% celles de la billetterie. Nous avons quelques aides publiques et partenaires privés pour 5% chacun mais c’est tout. On n’ a pas, derrière nous, le poids de grosses structures financières qui peuvent se permettre de perdre de l’argent pendant quelques années dans l’espoir d’en gagner après. Si on fait une mauvaise année notre situation devient extrêmement périlleuse. Du coup, on pourrait être amené à se tourner vers ces mêmes sociétés pour monter les futures éditions parce qu’on n’a pas de marges de manœuvre» explique son co-président, François Laffon. «Mais indépendamment de ce problème financier cela soulève une question d’ordre éthique : un jour le public n’aura plus d’autre choix que d’aller vers ce que propose ces grands groupes» ajoute -t-il.

Car, au-delà d’une histoire de gros sous, le processus de concentration à l’œuvre remet sur la table toute la question de la diversité culturelle.

«Cela pose aussi le problème de la dépendance accrue des artistes à ces entreprises. Car un seul de ces groupes peut proposer toute la gamme d’activités, du repérage à la production en passant par les tournées, la billetterie, etc. C’est ce qu’on appelle le 360 degrés» explique Emmanuel Négrier.

L’enracinement territorial pour atout

Et pourtant, la puissance financière ne fait pas tout. «Un festival ne peut être créé en claquant des doigts. L’enracinement territorial compte de plus en plus» tempère le chercheur au CNRS. Les tribulations de l’An Zéro en Creuse, en est la plus récente et criante illustration. Le collectif breton à l’origine du projet s’est heurté à l’accueil glacial des habitants de Faux-La-Montagne qui ont bien failli enterrer le festival avant qu’une solution ne soit finalement trouvée du côté de Saint-Laurent.

Avant eux et pour d’autres raisons, Festival Production avait jeté l’éponge pour son festival à Limoges. «Les risques financiers d’une création étaient trop importants» explique le directeur de la société.

Pourtant, ici ou là, les festivals établis s’organisent. L’Ecaussytème comme 75 festivals adhérents au Syndicat des musiques actuelles (SMA) ont, par exemple, pris position en juin dernier pour sensibiliser leurs publics à l’écosystème fragile des festivals au travers d’une tribune intitulée : «Vous ne venez pas ici par hasard». En coulisses certains progammateurs jouent la carte de la coopération pour réduire les coûts artistiques. Mais cela sera-t-il suffisant ? «Ça tient encore par l’affection des gens et la malice des programmateurs. Mais le pari des groupes industriels c’est justement que cette dynamique s’essouffle, que les patrons de festival s’épuisent à les maintenir à flots» glisse Emmanuel Négrier. Autrement dit, l’heure est désormais aux choix !

 

Mathieu Andreau

Photo : Capter les foules se révèle un exercice de plus en plus périlleux pour les festivals (MA)

 


«On ne peut pas contester le système et l’alimenter»

A Chanteix (19), le Festival aux Champs qui connaîtra sa 32e édition du 8 au 11 août fait désormais partie des doyens des festivals de musiques actuelles en Limousin. Son secret de longévité ? Un perpétuel numéro d’équilibriste pour conserver son âme.
La population de la commune corrézienne a beau quadrupler à chacune de ses quatre soirées, le festival aux champs demeure un festival à taille humaine. Avec un budget artistique de 130.000€ difficile pour son directeur artistique, Jean-François Poumier de rivaliser avec ses voisins dans cette «course effrenée à l’augmentation des cachets». «Il y a une quinzaine d’années nous avions refusé un groupe. Le cachet demandé représentait deux à trois concerts pour nous ! A un moment donné, on ne peut pas contester que de grandes entreprises viennent s’immiscer sur le marché des festivals et dans le même temps alimenter ce système, en acceptant de payer ces cachets-là. Nous aussi on voudrait bien faire venir des têtes d’affiche qui attirent du monde. Mais à quel prix ? La question mérite d’être posée. Face à des événements qui deviennent de véritables usines et tandis que tout le monde veut avoir son  festival, il faut s’interroger sur ce qu’on veut au risque de voir toujours les mêmes artistes partout avec des manifestations qui ressemblent plus à des foires-expo qu’à des festivals. Je ne dis pas que c’est facile.Il faut beaucoup de persévérance pour tenir le cap mais aussi avoir en tête de rester soi-même, de garder son âme».