La grogne paysanne en suspens

Hier, les agriculteurs JA / FDSEA ont mené deux actions pour continuer d’alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur des sujets qui leurs sont chers. Après «la démonstration de force» du 8 octobre, l’heure était à la discussion. Le matin d’abord avec les clients d’un supermarché et cet après-midi ensuite avec le préfet de la Haute-Vienne.

Après une opération d’étiquetage des origines des viandes dans un supermarché, une délégation de Jeunes agriculteurs et de la FDSEA* avaient rendez-vous à la préfecture de la Haute-Vienne. Et les syndicats ressortent «globalement satisfaits», après une heure et demie de discussion.

Ces dernières semaines, le monde paysan a grondé. Accords de libre-échange, retards de paiement des aides européennes, sentiment d’«agribashing» ou de dénigrement, promesses non tenues d’une meilleure rémunération de leur travail... les requêtes sont diverses et font converger la colère. Les agriculteurs ont ainsi mené plusieurs actions, plus ou moins spectaculaires. Comme le 8 octobre dernier, avec plus de 10.000 agriculteurs (rien que du réseau JA et FNSEA) qui se sont mobilisés à travers toute la France dans une centaine de lieux, une «démonstration de force, efficace et responsable», qui fait que «les lignes commencent à bouger» selon les deux syndicats alliés.

Afin de «maintenir le rapport de force», une opération de bâchage de la préfecture de la Haute-Vienne était annoncée hier après-midi. Au final, trois grandes banderoles sur fond noir ont été apposées sur les grilles de l’institution : «On n’est pas des pollueurs», «n’importons pas l’alimentation que nous ne voulons pas» et «Macron réponds-nous #sauvetonpaysan». Trois banderoles pour autant de message : stop à l’«agribashing», retour sur le CETA et à quand l’application des accords négociés dans le cadre des États généraux de l’alimentation ?

Dans

le bon sens

Sur les différents points évoqués (charte de bon voisinage, retraites, aides à la reprise de l’exploitation, vérification des marges, refus de l’augmentation des baux de petites parcelles etc.), le préfet a proposé aux agriculteurs d’organiser des «groupes de travail», en attendant aussi plus d’éléments de la part des syndicats sur certains sujets : «Le travail va enfin pouvoir commencer. Nous allons pouvoir donner des réponses à nos agriculteurs sur des sujets qui leur importent» se satisfait Boris Bulan, président de la FDSEA 23. «Le préfet veut qu’on travaille ensemble. Nous sommes donc globalement satisfaits car c’est un préfet à

l’écoute qui a bien voulu nous recevoir. Et ce n’est pas toujours le cas. Il nous propose des groupes de travail et nous pouvons nous en féliciter» poursuit la présidente des JA 87, Karen Chaleix, qui conçoit que «les choses mettent du temps à se mettre en place» .

Quant à la faible mobilisation des agriculteurs, pas de fumier déposé, de pneus en feu ou d’autoroute bloquée à Limoges, «c’était un souhait de ne pas être nombreux devant la préfecture. L’autre jour, nous avons bloqué l’A20, nous avons clairement fait chier les gens, le but n’était pas celui là aujourd’hui» remarque Boris Bulan. «Nous n’avons pas dans l’optique d’aller plus loin avant quelques semaines, le temps de travailler ensemble et de voir les réponses plus précises qui seront apportées» conclut Karen Chaleix.

Calme

avant

tempête ?

Dans nos autres départements, les agriculteurs ont également joué la carte de l’apaisement, en menant des actions bon enfant.

Comme en Corrèze où la FDSEA et les JA ont organisé une dégustation gratuite de produits locaux sur la place Gambetta à Tulle : viandes de bœuf, de veau sous la mère, châtaignes grillées, pain au feu de bois, fromages, pommes du Limousin, tomates et autres concombres ont été offerts au grand public. Des tracts ont aussi été distribués pour sensibiliser les gens à la cause agricole, au refus du CETA et du Mercosur.

En Indre, les sections locales des deux syndicats ont posé une centaine de panneaux sur les bords des axes principaux sur lesquels on pouvait lire «votre alimentation commence ici».

Si rien n’est à signaler en Dordogne et en Creuse sur la journée

d’hier (contrairement au 8 octobre par exemple), notons qu’une douzaine de membres de la FDSEA 23 étaient à Limoges lundi devant l’Agence de services et de paiement, pour justement faire le point sur les retards de paiement des aides européennes. Ils ont été reçus durant plus d’une heure par la direction qui a assuré de l’«égalité des traitements des dossiers» sur les 12 département de Nouvelle-Aquitaine, de son «écoute» et du «grand sens du service public de [ses] équipes».

Si pour l’instant les agriculteurs semblent être enclins au dialogue, il ne faudrait peut-être pas trop les faire languir. Car les groupes de travail et les diverses réunions envisagées ne vont pas tout résoudre. «Les états généraux de l’alimentation ne nous satisfont pas du tout. Aujourd’hui, il n’y a aucune retombée dans les fermes, pas de changements alors que nous étions censés voir nos prix augmenter, parce que nous devions partager les marges. Mais rien ne semble vouloir bouger».

  • Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.

Photo : Une trentaine d’agriculteurs JA / FDSEA ont «bâché» hier quelques grilles de la préfecture de la Haute-Vienne.