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La faim pour crier sa colère

Cuisinier à l’Ehpad de Ribérac, Anthony Lavergne a entamé lundi une grève de la faim pour protester contre les conditions de travail dégradées de ses collègues qui ne permettent pas une prise en charge digne des résidents. Un cri d’alarme qui fait suite au mouvement des Ehpad le 30 janvier et qui était resté sans réponse.

Les revendications portées lors de la journée de colère et de grève dans les Ehpad le 30 janvier dernier sont restées lettre morte. Mais le mouvement vient de rencontrer un rebondissement inattendu à travers la grève de la faim débutée lundi par Anthony Lavergne, cuisinier à l’Ehpad de Ribérac qui compte beaucoup sur la médiatisation de son action pour interpeller les pouvoirs publics.
Ribérac rue Jean Moulin devant l’hôpital local hier matin, le froid est vif, piquant. Anthony Lavergne (1), 38 ans, qui travaille comme cuisinier au sein de l’établissement depuis huit ans, s’est emmitouflé comme il a pu. Echarpe, bonnet, gants, manteau, toutes les épaisseurs sont bonnes à
mettre d’autant qu’il faiblit : cela fait quatre jours qu’il ne s’alimente qu’avec de l’eau, du thé et des soupes chaudes et qu’il dort dans sa voiture. Il a en effet entamé lundi matin une grève de la faim pour alerter les pouvoirs publics sur le manque de moyens dans les Ehpad et le traitement insuffisant réservé aux patients. Mais bien qu’il fasse froid dehors, il a le cœur chaud, hier matin, le personnel de l’établissement est venu en nom-bre pour le soutenir dans son combat à travers un rassemblement intersyndical réunissant CGT, FO et CFE-CGC.
Si physiquement il commence à ressentir les premiers effets de sa grève de la faim, le moral est bon. « Cela fait trois semaines que je m’y suis préparé. Et je suis suivi par un médecin. Je continuerai à faire grève de la faim, jusqu’à ce que les pouvoirs publics bougent. Et s’il faut monter à Paris, aller à l’Elysée, j’irai. Même si cela paraît prétentieux ou utopique ».
Ce qui a poussé Anthony Lavergne à entamer cette grève de la faim, c’est la journée nationale de mobilisation dans les Ehpad le 30 janvier dernier. Journée au cours de laquelle le personnel a pu faire part de son profond ras-le-bol, mais le gouvernement est resté sourd et n’apportant aucune véritable réponse ensuite. « Je m’insurge contre les conditions de travail de mes collègues soignants et technique. Faute de moyens et de nombre suffisant, ils ne peuvent plus s’occuper décemment des patients, alors que certains ont libéré la France. Ils payent cher et on ne peut même pas s’en occuper comme il faut. Le personnel est épuisé et quand il est absent, il n’est pas remplacé ».
« C’est bien simple », résume un de ses collègues aide-soignant. « Les résidents sont de plus en plus dépendants, ce qui demande de plus en plus de temps quand nous avons de moins en moins de moyens. Cherchez l’erreur ».
Anthony Lavergne parle de ses collègues, mais assure que son message est valable pour l’ensemble des Ehpad de France. « Mes collègues font leur travail du mieux qu’ils peuvent, mais cela n’est pas suffisant. Par exemple, ils doivent faire des toilettes en dix minutes quand il en faudrait vingt, voire trente. Il y a un mot pour décrire cela, c’est de la maltraitance institutionnelle ».
Dans son combat et son action, Anthony Lavergne sait pouvoir compter sur le soutien de ses collègues, des syndicats, mais également des familles des résidents, sans oublier celui de sa compagne qui le comprend, de son fils de onze ans et de sa fille de 14 ans. Mais ce qu’il souhaite aujourd’hui, alors qu’il entamera ce matin son cinquième jour de grève de la faim, c’est que son action ait un retentissement national, de sorte de pouvoir être entendu des pouvoirs publics. Car, à ce jour, il n’a reçu la visite que du maire de Ribérac Patrice Favard, de l’ancien maire Rémy Terrienne, ou encore du sénateur LREM Bernard Cazeau, mais c’est tout. « Où sont passés nos députés ? », s’interroge-t-il. Conscient du pouvoir médiatique, il a également lancé un groupe sur Facebook au nom évocateur et un brin provocateur : Mai 2018 : 50 ans après. A travers lui, il espère attirer d’autres collègues dans son combat.

(1) 07 89 95 63 41.

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