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11:02 hélas ne pourra pas lui rendre hommage

La Dordogne a ses anges gardiens

Sécurité fluviale

La compagnie de gendarmerie de Sarlat veille sur la sécurité de la navigation fluviale. Les miliaires veillent, surveillent, préviennent bien plus qu’ils ne répriment. Leur présence rassure les vacanciers, qui ne mesurent pas forcément leur dévouement.

« Ici, c’est l’autoroute, surtout en août. On compte environ 8 000 canoës sur les 35 à 40 kilomètres de voie de la Dordogne ». La surveillance de cette forte  navigation fluviale est confiée à la compagnie de gendarmerie de Sarlat, que commande le capitaine Pierre-Olivier Cros. Elle porte donc sur des terres qui s’étendent, le long de la Dordogne, de Saint-Julien-de-Lompon à Saint-Vincent-de-Cosse, et, pour son affluent La Vézère, sur celles qui courent de Montignac à Limeuil. « On n’a pas de brigade nautique, mais on possède deux embarcations légères ». Il s’agit d’un canoë bleu sérigraphié (c’est-à-dire siglé gendarmerie) et d’un zodiac équipé d’un moteur de 40 chevaux. Tout gendarme de la compagnie peut monter à bord de la première, tandis qu’il faut un permis spécifique aux militaires appelés à utilser la deuxième. Dans la comagnie , 11 d’entre eux sont formés. « Nous avons le projet d’acquérir un nouveau zodiac, à fond plat. En effet, en période d, le niveau de la Dordogne est faible et le modèle actuel ne peut pas être sorti ». Si les hommes du capitaine Cros effectuent « une cinquantaine de missions par an, l’activité concentrée sur la surveillance de la Dordogne correspond surtout à la période estivale ». Il s’agit d’assurer un « contrôle de mobilité », appelé plus couramment « contrôle des flux », exactement comme s’il s’agissait d’une voie routière. L’accomplissement de cette surveillance dans un département touristique comme le nôtre  a valu aux gendarmes qui en ont la charge la visite du préfet Frédéric Perissat, le 25 juillet. 

 

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La  répression très en retrait

 « Nous effectuons en moyenne trois missions hebdomadaires pour contrôler tout ce qu’il se passe sur la Dordogne ». S’il s’agit de surveiller, il faut aussi prévenir. « La répression, nous n’en faisons qu’à la marge ». Et elle concerne bien plutôt des faits constatés sur les berges, comme des vols, « des mobiles le plus souvent ». Sachant, pour l’anecdote, que d’aucuns prétendent s’être fait dérober un appareil qui, en réalité... est tombé accidentellement à l’eau. Les gendarmes de la Cie de Sarlat vérifient que les vacanciers ne fassent pas de feu, que les loueurs d’embarcations respectent les règles de navigation, « ce qui est très généralement le cas ». Ainsi, un arrêté préfectoral de 2015 édicte que le port du gilet de sauvetage est obligatoire, qu’il est interdit d’embarquer sur des radeaux improvisés ou sur des engins subsmersibles très en vogue comme les paddles. Pour ces derniers, il y a dérogation si et seulement si les pratiquants sont titulaires d’un brevet ou s’ils sont encadrés par une personne qui le possède. Ce n’est pas toute la piqûre de rappel. Pour profiter des canoës, il est également obligatoire de savoir nager au moins 25 mètres. Par ailleurs, les enfants de moins de 12 ans doivent être accompagnés par un adulte. L’accès aux embarcations est défendu à ceux qui n’ont pas 5 ans. Alors, oui, le capitaine Cros et ses hommes peuvent sévir... Tout manquement à l’arrêté vaut une contravention de 3e catégorie, soit 68 euros. « Nous avons à faire à beaucoup de touristes étrangers... Il est d’autant plus rare que nous mettions des PV ». En outre, voir les gendarmes en tenue sur les rives de La Roque Gageac, de Carsat... coupe l’audace des plus imaginatifs ou tête en l’air. Mais, avant tout, elle tisse un lien de confiance entre les navigants et les gendarmes -même si la confiance n’exclut pas le contrôle...

 

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Drames « connexes » 

Las, il se produit encore des drames  liés à la baignade qui éreintent à chaque fois les gendarmes. Il y a d’abord  le fléau des noyades, qui continuent de se produire dans des piscines privées -il existe très, très peu de plages sur la Dordogne et, en l’occurence, elles ne sont pas situées sur le territoire de la compagnie. « C’est comme les violences conjugales, on a beau informer, les piscines ont beau être obligatoirement sécurisées, il y a toujours des catastrophes ». A La Roque Gageac, le souvenir d’un enfant qui a perdu la vie dans ces conditions reste ancré dans la mémoire du capitaine Cros. Le danger guette aussi les promontoires, d’où les vacanciers plongent. Toutefois, le capitaine touche du bois : depuis 3 ans, aucun accident n’a été déploré. Enfin, la compagnie intervient aussi sur la Dordogne en hiver. « Des endroits sont alors très profonds, surtout côté Lot et les gens sont attirés vers le fond. C’est le principe du pompage ». De forts courants s’en mêlent. En hiver, les désepérés le savent. «En 3 ans, nous avons déploré trois suicides...». Ce sont alors les plongeurs de la brigade nautique qui interviennent. Reste que les gendarmes de la compagnie de Sarlat sont « en prise directe avec le malaise ambiant ». En effet, ils ont constaté une augmentation des autolyses. « Ici, les gens n’appellent pas police secours, ils téléphonent aux gendarmes ». L’existence d’un « centre de tri des appels » les soulage tout de même, comme les sapeurs pompiers, avec lesquels la coopération est régulière, en ont un aussi. « Ce tri permet de se recentrer sur notre corps de métier. Si l’on fait du police secours, on n’est plus au contact de la population ». Inenvisageable pour le capitaine Cros.

 

Fabienne Ausserre

 

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La compagnie de gendarmerie de Sarlat

 

La compagnie de gendarmerie de Sarlat intègre 4 communautés de brigades (CoB) : Terrasson, Sarlat, Le Bugue et le Pays de Belvès. Son territoire de compétence correspond à peu de chose près à celui de l’arrondissement de Sarlat.

 

Il en avait si peur… et le drame s'est encore invité

Fin juillet, le capitaine Pierre-Olivier Cros avait insisté : le souvenir d’un enfant qui s’était noyé sur le territoire de compétence de la compagniede Sarlat l’avait meurtri. Il avait aussi dit son incompréhension à constater que, malgré l’information diffusée, la réglementation sur la sécurisation des piscines privées resserrée, des catastrophes pouvaient encore se produire. Las, les habitants de la Dordogne auraient voulu ne pas avoir à vérifier que son inquiétude était fondée. Dimanche, un enfant de 4 ans a de nouveau été victime d’une noyade, sur la commune de Montpon-MénestérolSi les sapeurs pompiers, dont une infirmière et une équipe du SMUR ont pu faire repartir le coeur de l’enfant trouvé inconscient, celui-ci a été héliporté vers le CHU de Bordeaux, en, état d’« urgence absolue ».