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Léon Lanot dignement honoré

Résistance

A l’occasion du 75e anniversaire de la création du camps Guy Moquet à Theillet, le Parti communiste Français a fait réaliser une plaque en  hommage à Léon Lanot.  Le leader résistant a désormais son visage sur une plaque commémorative apposée à l’entrée du camps pour rappeler sa lutte et celle de ses camarades.

L’heure était solennelle. L’orage au loin menaçait Theillet du roulement de ses tambours, sans parvenir à faire ciller les porte-drapeaux. Une  soixantaine de personnes s’étaient réunies ce dimanche matin en amont du camps pour commémorer la nouvelle plaque en hommage à Léon Lanot, figure de la Résistance locale, à l’invitation du Parti communiste de la Corrèze.
La commémoration a débuté par un point d’histoire au sein du discours d’introduction du maire de Saint-Pardoux-la-Croisille, Dominique Albaret. «Si les maquis de Corrèze ont été si importants, c’est parce que les habitants, malgré des risques immenses qu’ils ont pris, ont nourri et logé ces  jeunes résistants au nez des nazis et à leurs complices du gouvernement de Vichy.» Après avoir rendu hommage à la vaillance des populations qui préféraient apporter leur soutien aux maquisards plutôt qu’à l’envahisseur, il prit un temps pour rappeler la pertinence des idéaux de la  Résistance en 2018.
Un rappel des enjeux du présent
«Aujourd’hui où les acquis sociaux mis en place dans le programme du Conseil national de la résistance sont remis en cause et rabotés, où le rôle des syndicats est bafoué, où les espaces de concertation entre patrons et représentants des salariés disparaissent, où des groupuscules fascistes mènent des actions racistes contre des réfugiés sans réaction des autorités ; nous devons nous appuyer sur l’exemple de personnalités comme Léon Lanot et ses compagnons pour construire des modes de résistance à la hauteur des enjeux du présent» a-t-il conclu.
Alain Guibert, Secrétaire départemental du parti  communiste le rejoignait dans ce discours lors de ses remerciements, notamment envers Lucien et Marie Peuch, qui ont largement contribué à cette initiative par devoir de reconnaissance d’un  homme qui a tant œuvré pour la Résistance et pour qui le plus important,  c’était «l’Humain d’abord».
Puis ce fut au tour de l’universitaire et historien Paul Estrade de prendre la parole pour dresser un portrait éclairé du résistant. Spécialiste de Lanot, il lui dédia en 2011 la seule biographie existante (écrite avec Mouny Estrade). «Léon Lanot, lorsqu’il arrive ici le 24 mai 1943, n’est pas inconnu de la police. Il était très rusé, malin et très prudent. C’est ainsi qu’il a réussi à échapper à toutes les filatures et enquêtes» explique-t-il. Lanot était un  voyageur infatigable, qui dans son rôle de chargé de propagande, a silloné toute la région en train, à pied et à bicyclette. Rappelant sa forte conviction politique, Paul Estrade a insisté : «il n’avait pas 17 ans lorsqu’il a adhéré au Parti communiste. Il a ainsi bénéficié d’une formation formidable avant d’adhérer aux jeunesses communistes en 1923. A la veille de la déclaration de guerre, la section de Meymac l’a élu secrétaire.» A la fin de la guerre, il est nommé pour superviser des chantiers de reconstruction en Alsace, et c’est en s’éloignant de la Corrèze que son souvenir s’estompe dans les mémoires du grand public. Jusqu’à aujourd’hui et cette plaque rappelant qui fut cet homme au regard profond et aux convictions inébranlables.

Le camps Guy Moquet de Theillet (commune de Saint-Pardoux-la-Croisille) est à visiter jusqu’au 6 juin.
Créé en mai 1943. Le choix du lieu n’est pas un hasard, comme le précise Dominique Albaret. «Une forêt épaisse et retirée des axes de circulation, avec un point d’eau potable à proximité, une rivière pour se laver, mais surtout un environnement humain favorable et engagé.» En effet, à l’époque, les familles du voisinage Auberty et Monteil ont fourni à la centaine de jeunes résistants un soutien logistique essentiel. Le camps s’étoffe  progressivement de petites tentes, et s’organise efficacement. Infirmerie, cantines, intendance... En 1944, y sera même installée l’imprimerie régionale du Parti communiste Français, qui imprimera le journal Le Volontaire. Le lieu est conçu comme un centre de recrutement dont Léon Lanot a le commandement. Le camps gagne rapidement en taille, et il ne faut qu’un mois pour qu’une centaine de réfractaires (essentiellement venus de Tulle) ne l’investissent. Bien conscient du danger que représente une telle expansion si elle n’est pas maîtrisée, Lanot prendra la décision de  disperser les effectifs en de multiples compagnies FTP.

Biographie
Un remarquable leader qui s’est hissé à la tête de 4.000 hommes
Né en 1904 à Tulle, et mort en 1963, Léon Lanot est le principal chef FTPF de Haute-Corrèze. De son nom de guerre «Louis», il s’est distingué durant le conflit en commandant avec succès huit bataillons de maquisards.
Avec une mère lingère et un père tailleur de pierre, Léon Laval est assurément issu du milieu ouvrier. Troisième d’une fratrie de sept enfants, il fallu à l’enfant du caractère pour s’imposer au sein de la cellule familiale et se construire un destin à la mesure de ses convictions. De sa vie, détaillée  dans le livre de Mouny et Paul Estrade, «Léon Lanot, premier maquisard de Corrèze», il est possible de noter plusieurs moments marquants. Agé de seulement dix ans lorsque la guerre éclate, Léon Lanot a subi les rudes conditions d’existence d’une famille pauvre en plein conflit. En 1920, il travaille comme maçon aux côtés de son père, à Egletons où la  famille est installée. En 1923 il s’engage dans le 126e régiment d’infanterie de Brive, malgré un solide esprit d’antimilitarisme et son adhésion à la Jeunesse communiste. Sentant la montée du fascisme, il choisit de s’engager en politique pour poursuivre ses engagements syndicaux. Il est ainsi élu conseiller municipal de Soudeilles en 1936 sur une liste du Front populaire. Déchu en 1940 comme tous les autres élus communistes, il entre dans la Résistance.
Un guerillero hors pair
Arrêté en avril 1943 avec quelques camarades, il est incarcéré au commissariat d’Ussel dont il s’échappera de façon spectaculaire en moins de 48 heures. C’est alors qu’il entre entièrement en clandestinité. Il monte le camps «Guy Moquet» quelques mois plus tard et se distingue par son esprit
d’initiative qui lui vaut le respect de ses hommes. Adepte de la guérilla, il mène et ordonne des frappes courtes suivies de retraites qui lui valent des succès éclatants contre l’envahisseur. Son commandemant est caractérisé par une efficacité redoutable, et ses troupes subissent très peu de  pertes à chaque assaut. En juillet 1944, Léon Lanot est à la tête de quatre bataillons tactiques et quatre bataillons statiques répartis sur la Haute-Corrèze (secteur A de l’organigramme militaire des FTP), soit pas moins de 4.000 hommes.

Vladimir Pouillade