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Les GM&S ont eu leur ovation "à la maison"

"On va tout péter"

2017 : «On va tout péter», c'est le message écrit sur le flanc d’une citerne d’Air liquide où sont accrochées deux bouteilles de gaz équipées d'un détonateur ; la menace de détruire l'usine, leur usine est la dernière marche de la révolte des ouvriers de GM&S.
Ils se battent pour sauver les 277 emplois d'un site qui en a employé plus de 600, une activité qui a créé de la richesse ici, dans la commune, dans le département, la région Limousin.
277, c'est le dernier carré ouvrier industriel qui refuse le choix d'un système capitaliste qui privilégie la rémunération de l'actionnariat planqué à celle du travail, exposé.
Lech Kowalski, cinéaste engagé a repéré ce combat de la dernière heure ; en 2017, il rejoint la cohorte des journalistes mais décide de rester là, pour témoigner sur la durée ; il choisit l'immersion, un journalisme de reporter de guerre, au risque de prendre des coups d'ailleurs. Cela ne manquera pas.
Il a la réserve des vrais journalistes qui sont derrière la caméra, derrière l'objectif, pas devant. Il ne se montre jamais, même si en toute fin du documentaire, lors de l'expulsion des ouvriers, les mouvements désorientés de la caméra témoignent de sa place au milieu du conflit, et du  risque qu’il prend.
Désormais Lech Kowalski est de tous les instants, présent avec la meute de journalistes audiovisuels dont il filme aussi cette vaine pression pour être vus plutôt que de voir. Et les Vincent, Yann et autres fantassins ne les ménagent pas lorsque leurs questions rappellent le sketch de Bigard «c'est pour manger... Non, c'est pour faire un tennis...». Des questions absurdes quand la parole des syndicalistes dit tout. Ces derniers ont compris le parti pris et la méthode de Kowalski. Quand ils virent la presse, le cinéaste demeure. On pourrait le regretter, pour l'idéal journalistique, mais il y a tant de vacuité dans le geste calculé de placer un micro logoté sous la caméra, que l'on se dit, ils ont bien fait de laisser le cinéaste faire son travail, remplir sa mission sur la durée.
On regrettera juste le peu de place donné à la presse écrite, dans ce documentaire. Ici on reconnaît Vanessa, le visage défait par des heures d'attente, virée d'une réunion avec ses confrères.
On ne voit pas non plus les autres, les Julien, les Séverine dont les reportages dans la PQR avaient fait passer en quelques pages d'ouverture le contexte, le climat de cette fin de vies professionnelles.
Mais, la bataille de l'info télévisuelle était la bonne, l'info papier ne dépasse pas les frontières du lisible. Or il fallait frapper fort pour faire descendre les télévisions nationales internationales, donner des claques aussi à ce parisianisme télévisuel que Lech ne manque pas de retranscrire dans quelques brèves images.
Le combat de Lech
est sincère
Ce documentaire parle de l'humain. Même les forces de l'ordre sont «réhumanisées» : alors que les reportages télé, notamment sur les gilets jaunes, nous privilégient des militaires casqués, des robots derrière des boucliers, pour faire peur, sans doute, ici le cameraman s’essouffle à côté d'un CRS qui a du mal à rattraper son groupe... Il en montre un autre lisant le tract qu'un ouvrier lui a remis...  
Lech Kowalski est resté ici près de 9 mois, filmant tous ces instants de l'histoire : les assemblées générales, les voyages en car pour monter à Paris, les interventions de Martineau, l'annonce des 157 licenciements, les coups de gueule, des gros plans de visages, de mains, de regards qui témoignent fugacement de la rage ou de la souffrance, des paroles comme : «Vincent, tu viens ?» qui font réagir la salle, c'est de l'amitié construite au fil de la lutte.
L'émotion est partagée avec le public, le combat est expliqué.
On ne lâche rien, c'est encore le message que les syndicalistes ont fait passer lors de cette diffusion à La Souterraine - pour la première, on notera la présence des élus, le maire de La Souterraine, celui de Guéret, le sénateur Lozach - et qui est ainsi résumé : «Cette volonté de diffusion locale est très importante pour Lech Kowalski et pour nous, autant que celle d'être présents lors des autres diffusions pour témoigner, répondre aux questions. C'est une occasion de continuer la lutte car, contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, sur 157 licenciés, plus de 70 sont sans solutions pérennes ; quant à la reprise,  (LSI), les engagements de charge de travail des donneurs d'ordres, Peugeot et Renault ne sont pas tenus. Sans oublier bien sûr l'impunité dont bénéficient toujours les anciens actionnaires complices de la déroute orchestrée de l'entreprise...».
Au-delà du combat contre le démantèlement du tissu industriel, Lech Kowalski devrait poursuivre ce travail d'information dans d'autres secteurs que cette politique libérale détruit avec application, une immersion dans les hôpitaux publics, où les suicides d’agents se multiplient, chez Enedis, à La Poste... Et qu’une fois de plus, ce gouvernement attaché au paraître, soit montré du doigt, au milieu de ses pairs comme à Cannes.

Zoom Lebron XV 15