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11:02 hélas ne pourra pas lui rendre hommage
20:08La mort de Poupou... Un choc. On le croyait immortel... Grâce à , j'avais pu recueillir de nombreux témoi… https://t.co/DXXy23JzAW

Jean Viacroze s'en est allé à l'âge de 104 ans

Nécrologie

Jean Viacroze aura traversé le siècle et vécu durant deux guerres mondiales. Le dernier des 149 déportés de Tulle de juin 1944 est décédé dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge de 104 ans. Ses obsèques auront lieu ce samedi à 10 heures en la cathédrale de Tulle.

On le croyait immortel... A plus de cent ans, Jean Viacroze vivait toujours chez lui, au-dessus de son ancien salon de coiffure, rue Félix Vidalin. Il n’était pas rare de l’apercevoir à sa fenêtre faire un signe aux passants. Il s’adonnait à la peinture et exposait, assistait chaque année aux cérémonies du 9 Juin, suivait (encore en 2017) la remise des prix du concours de la Résistance, recevait les vœux de Pef, l’illustrateur (qui lui a dédié un ouvrage) ou encore accueillait François Hollande chez lui quand l’ancien président de la République était de passage à Tulle... Il racontait inlassablement ses souvenirs de jeunesse, de résistance, de déportation et mettait en garde les jeunes générations contre le fascisme.

Un antifasciste

Jean Viacroze est né en 1914 en Dordogne, juste avant le début de la première guerre mondiale, dans une famille républicaine, antifasciste. Il s’engage donc très tôt, à 18 ans, et adhère au mouvement  pour la paix «Amsterdam Playel». Il participe à la réception en France des antifascistes italiens et des républicains espagnols suite au soulèvement des Asturies. Entre 1934 et 1936 il fait son service militaire dans le régiment de bataillon d’ouvriers d’artillerie, le 9ème BOA de Poitiers. Il part ensuite travailler à Royan puis dans le Gers à Auch. Une annonce lue dans le journal du Midi le fait venir à Tulle en février 1938. Il prend vite ses marques dans la petite cité et se marie en 1939.
En 1944, le jeune coiffeur de trente ans est réquisitionné à l’usine de La Marque. Il y devient le responsable de la CGT clandestine au côté de Guy Georges et s’engage dans la Résistance. Le 8 juin de cette même année, il tente de rejoindre des camarades FTP au pont de la Prade. Une patrouille allemande passe au même moment. Il se cache dans un jardin et rentre chez lui. Ce même jour un premier détachement de la division Das Reich est à Tulle. Le lendemain, il est arrêté par les Allemands en compagnie de deux autres Tullistes.

Rescapé de la déportation

Il échappe par miracle aux pendaisons perpétrées par la Division Das Reich. 99 hommes seront suppliciés en ce 9 juin 44 dans le quartier de Souilhac. Jean Viacroze sera conduit à Limoges avec 311 autres prisonniers le lendemain. Il fera partie des 149 déportés (dont 101 ne reviendront jamais). Le train de la mort du 2 juillet le conduit à Dachau où il subit des opérations sans anesthésie au «bloc expériences». Classé, comme tous ceux du 9/6, comme déporté esclave, il est affecté au camp de Fichhorn puis au col du Brenner, entre Autriche et Italie. Il sera libéré le 17 mai 1945. Il reprendra sa vie professionnelle en 1948. Il fonde en 1950, l’Amicale des peintres et amateurs d’art de Tulle.

«Orphelin de mémoire»

«Jean Viacroze nous laisse orphelin de mémoire», commente Michel Tresallet, fils de déporté et président de l’ANACR de Tulle. «Il partageait même châlit que mon père à Dachau. Il était la dernière personne à me parler de lui. Je le compare à Stéphane Hessel, il était gentil, doux, croyant mais tolérant, d’une grande sensibilité. Quand il intervenait pour défendre la cause des résistants, suppliciés et déportés, il était déterminé et personne n’osait apporter ne serait-ce qu’un soupçon de contradiction», se souvient avec émotion Michel Tresallet.
Le maire de Tulle, Bernard Combes est lui aussi peiné. «Jean Viacroze était un homme d’engagement, contre toutes les formes d’injustice. Passeur de mémoire, il a consacré sa vie à la transmission de son histoire, notre Histoire», indique l’édile. Les élus tullistes «saluent la mémoire d’un homme profondément humain, engagé et courageux, qui a fait la fierté de sa ville d’adoption et a marqué tous ceux qui ont eu la chance de le rencontrer. Il entre dans la grande histoire Tulliste ; nous gardons de lui l’intense souvenir de son récit».
Sur les réseaux sociaux, François Hollande rend hommage «à une grande figure de Tulle» qui a «connu l’enfer de la déportation et la tragédie du 9 juin. Sa mémoire continuera à vivre».
L’Echo s’associe à la peine de sa famille et de ses proches et leur présente ses plus sincères condoléances.

Karène Bellina


Photos :  1 En février 2018, Jean Viacroze a exposé à la galerie tréchoise pour sa réouverture (SH)
2 Lors de son 99e anniversaire (DR)
3 Avec François Hollande, à la fenêtre de son appartement en 2017 (KB)
4 En janvier 2017, heureux d'avoir reçu les voeux de PEF (DR)
5 le 9 juin 2016, avec Robert Hébras d'Oradour, il commémore le drame de Tulle (SH)

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