Esprit, esprit Manu est Tulla ?

Patrimoine industriel

Du mois de mars à décembre prochain, la Ville de Tulle propose plusieurs rendez-vous culturels autour des mémoires de la Manufacture d’Armes : documentaires, expositions, conférence et une création musicale viendront nous raconter que «Tulle, c’était l’esprit Manu».

Parler de la Manufacture d’Armes de Tulle sans nostalgie,  au fil touffu de cinq films «On était Manu», donner la parole à ceux qui ont vécu, connu  cette histoire industrielle qui a façonné un temps la ville préfecture, mettre des mots, des images, de la musique en fusion  pour en extraire une  quintessence spirituelle, dire ce que c’était la condition ouvrière dans une usine au régime militaire, faire parler les murs, c’est-à-dire le patrimoine
industriel d’ici et d’ailleurs aussi, montrer que travail rime aussi avec art... voilà le projet global hors norme proposé par la Ville de Tulle en partenariat avec de nombreuses structures dont Peuple et Culture Corrèze,  la Scène Nationale de Brive-Tulle L’Empreinte et l’APAT (Association des Amis du Patrimoine de l'Armement de Tulle).
Il y a deux ans, Agnès Gameiro de la Ville de Tulle s’est dit que le temps de la transmission  était venu, le «Temps d’aller au devant des anciens et des anciennes de la Manufacture d’Armes de Tulle. Il y avait une histoire à raconter et à faire venir jusqu’à nous».
Dominique Albaret, de PEC 19, et Agnès Gameiro ont rencontré et filmé une soixantaine de salariés de la Manu. Dominique Albaret a tiré de cette riche matière audiovisuelle (100h de rush)  cinq films témoignages d’une heure, montés selon 5 thématiques*.
«ça finit par dresser un portrait robot de ce qu’a pu être la Manu de 1945 au GIAT et même jusqu’à aujourd’hui Nexter» estime Agnès Gameiro.
De la fermeture de la Manu, Dominique Albaret a parlé du sort des derniers ouvriers livrés à eux-mêmes pendant deux ans dans un hangar «sans aucune commodité et avec rien à faire. Je pense qu’aujourd’hui, on pourrait porter plainte pour atteinte à la personne».  
Michel Condat  a travaillé de 1974 à 2002 à la Manu. Ce «dresseur de canon» porte sur lui un bout de cette histoire : «J’ai fait partie de ceux qui ont  fini dans le hangar. On était un peu comme des singes en cage. Même nos propres collègues se tournaient de l’autre côté pour ne pas nous voir».
De son métier appris par transmission des anciens, il explique «A l’œil, on redressait le canon pour qu’il tire droit. Il y avait 5 ou 6 dressages au cours de la fabrication d’un canon. C’était des canons de 20, 30 millimètres. Les 30 équipaient les avions Dassault. Il y avait un peu une déformation professionnelle. On était fait pour la précision pas la cavalerie»...
Les 5 films seront projetés à Brive le 23 mars, (10h30 au théâtre), les samedis 13 avril et 4 mai  à Tulle (10h30 au théâtre), le 4 juin à la Papeterie  d’Uzerche et le 10 août dans le cadre du Festival aux champs de Chanteix.
Les ouvriers de la Manu étaient souvent de souche paysanne et pour certains ils menaient deux activités professionnelles de front  l’usine et la ferme. C’étaient les fameux «nez noirs».
Les témoignages filmés sont à la base d’un exposition temporaire «Une vie à la manu»  qui sera proposées au Musée du Cloître et à celui des  Armes : «On avait envie de relier l’ensemble des objets que l’on a dans les musées issus de cette histoire et de les rattacher à cette mémoire vive» souligne Karine Lhomme, responsable du pôle muséal.
Les deux volets de l’expo porteront  sur l’histoire des personnes, leurs métiers, des objets qui racontent une culture ouvrière (au Cloître) et au Musée des Armes sur l’histoire des bâtiments, le site, la production. Sur les deux lieux, des extraits sonores en lien avec les objets présentés seront  proposés aux visiteurs sous la forme de boîtes sonores, réalisées en collaboration avec Sylvestre Nonique-Desvergnes. Ce dernier a aussi assuré la partie photographies de l’événement, commande possible grâce au Mécénat de Nexter et de Polytech.
La création contemporaine «L’esprit Manu» a été confiée à l’artiste Nicolas Granelet et à son trio Zadza et le vidéaste Pierrick Aubouin. Le spectacle sera présenté le 7 mai à Tulle sur la Scène Nationale, le 4 juin à Uzerche et à Chanteix en août : «Pour moi le défi a été de remettre en musique les états d’âmes» résume Nicolas Granelet. Sa partition sera accompagnée de vidéos en 3D  réalistes et abstraites projetées sur des structures en
relief. Une soirée spéciale le 6 mai sera réservée aux étudiants tullistes  de l’IUT et du CFAI.
En octobre à la Médiathèque, l’expo «Le travail de l’art» présentera des œuvres originales dont celles de Laurent Terras. Nous reviendrons sur les événements au moment de leur programmation et des vernissages. *La Manu ascenseur social ; les luttes, le militantisme, les «révoqués» ; Les métiers de la Manu, le savoir-faire industriel ; Production et piste de diversification ; La casse. Dominique Albaret a indiqué la réalisation d’un 6ème film.

Serge Hulpusch

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