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Du souffle dans la fraternité

Migrants

Samedi dernier dans la salle polyvalente d’Uzerche, une émouvante et révivifiante fête a réuni des bénévoles de l’association Vents d’Ailleurs, des migrants et des citoyens pour partager joies et espoirs autour d’un même sentiment d’humanité : l’accueil.
Les  Vents d’Ailleurs ont soufflé de Calais à Uzerche au début de l’année 2016.
Ils avaient quitté la «jungle» de Calais vers d’autres destinations plus accueillantes. Des familles de migrants afghane, syrienne, albanaise... sont arrivées  un jour à Uzerche, la perle du Limousin comme ultime phare.
Elles ont été prises en charge par le Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO)  géré par l’association le Roc, avant que se mette en place fin 2017  un CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile). Ils étaient au nombre de neuf personnes, dont un bébé de quelques mois seulement, accueillis début 2016 dans l’urgence, au Moulin de la Minoterie. Pas de vents contraires ou vent mauvais, mais un élan de solidarité s’est organisé autour des ces familles,  personnes isolées.
Il fallait prendre langue commune et les énergies se sont structurées autour de l’apprentissage de la langue française. Le reste a suivi.
Presque deux ans ont passé, des familles se sont installées, ont été régularisées, d’autres ont vu leur demande rejetée ou sont toujours dans  l’attente d’un recours.
Ainsi vont les vents Dans la salle polyvalente, c’est un concentré de ces histoires d’hommes, de femmes, d’enfants qui ont convergé en un chaud creuset d’humanité le temps suspendu de la fête et du partage.  
Pour la deuxième année consécutive, les membres de l’association Vents d’Ailleurs,   des demandeurs d’asile, des réfugiés accueillis à Uzerche et des citoyens ont démontré qu’on pouvait vivre ensemble, que les cultures ne sont pas faites pour s’exclure mais se compléter, se comprendre, se parler, s’entraider.
Catherine Mournetas, présidente de l’association a parlé des différents aspects de «cette  véritable aventure humaine. Nous essayons d’aider à l’insertion des personnes en CADA en attente pendant plusieurs années de leurs régularisations. Il y a des choses qui se passent. Il y a des liens qui se créent. On ne porte pas de jugement, on apporte un peu de chaleur».
Habib, un jeune réfugié afghan, a pris ensuite la parole : «Nous n’avons pas souhaité devenir des migrants. Il était impossible de rester dans notre pays. Je ne vous dirais pas pourquoi car cela vous ferait pleurer. Nous voulons la paix universelle et plus de frontières. J’ai fait un rêve de paix, de liberté, d’égalité et de fraternité. Et nous y croyons» a t-il dit ému devant un parterre tout autant touché.
Habib est en attente de régularisation de son dossier. Il a déjà essuyé un premier refus de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et fait appel de cette décision devant le CNDA (Cour nationale du droit d'asile). Cela fait 26 mois maintenant qu’il vit  dans l’incertitude du   lendemain : «Je suis là sans rien. Je ne peux rien faire. Je n’ai pas le droit de travailler. On reste dans notre coin à attendre. La situation est difficile  mais on n’a pas le choix. On ne peut pas partir» explique Habib. Il est pour lui inimaginable de revenir dans son pays.
«Aimer, aimer, aimer, il faut vivre pour aimer, il faut vivre pour aimer» a chanté une chorale d’enfants dirigé par un membre de l’Ensemble Vocal Gaucelm Faidit.
Un concert de flûtes avait ouvert le bal.  Au pied de la scène et sur la rambarde montant à l’étage des sacs en papier kraft étaient  fleuris de slogans : «Raconte moi qui tu es» ; «Droit de rêve pour tous» ; «Rencontrer l’autre, c’est toujours apprendre»...
Ces réalisations sont l’œuvre d’un travail de Fabienne Yvert,  artiste plasticienne. Elle a animé trois  ateliers d’écriture avec un groupe de personnes dont des migrants : «Le but est qu’ils s’expriment, disent des choses qu’on ne voit  pas, n’entend pas habituellement, que ces paroles soient visibles de tout le monde» précise l’artiste.
Sur la scène, place à la danse et à un spectacle incroyable. Une musique entraînante donne le tempo. Chaher Alkurdi rentre sur scène harnaché de deux automates qu’il fait danser à l’unisson de ces gestes. L’effet est saisissant de poésie et de drôlerie : «La danse s’appelle Dapka. En Syrie, elle ne se danse pas seule. C’est pourquoi j’ai construit ces automates» explique cet ancien patron d’usine, originaire de la région d’Olms. Lui et sa famille ont reçu un titre de séjour de 10 ans.  
Chaher Alkurdi est maintenant membre du groupe folklorique des Amis de Beyssac. Ainsi vont les pas qui dansent.
Avant le bal trad’ final, le buffet avait les saveurs de Vents d’ailleurs. Santika macédoine, sabzi afghane, gâteaux du Kosovo... ont régalé les palais au delà des frontières.

Serge Hulpusch

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