J’ai rencontré cette semaine plusieurs développeurs et entrepreneurs au cœur du bouillonnement numérique européen. Tous m’ont glissé la même question à voix basse : « Est-ce qu’on saura un jour sur quoi OpenAI, Google ou Mistral entraînent vraiment leurs modèles ? » La tension grimpe, car une date est dans toutes les têtes : août 2024. Depuis cette échéance, un règlement inédit, l’AI Act, impose la transparence sur les données d’entraînement des géants de l’intelligence artificielle. Sur le terrain, pourtant, c’est l’omerta.
Plongez avec moi dans les coulisses d’une bataille où secret industriel et droits des créateurs s’affrontent sans ménagement : bienvenue dans la danse de ceux qui rêvent de maîtriser la prochaine génération de modèles de langage.
OpenAI, Google, Mistral : la transparence sous tension dans l’IA en 2026
Imaginez une salle de serveurs chauffée à blanc, où circulent chaque seconde des milliards de mots issus de données méconnues. Ici, ni OpenAI, ni Google, ni Mistral n’ont accepté de lever le voile sur leur immense bibliothèque d’entraînement. Pourtant, depuis l’entrée en vigueur de l’AI Act, ces mastodontes devraient publier un résumé des jeux de données utilisés, histoire de garantir un minimum de confidentialité pour les œuvres originales et de rassurer tous ceux qui redoutent la mainmise des grandes plateformes sur nos créations.
Selon le rapport d’Euractiv, une seule société — Hugging Face — a joué la carte de l’ouverture. Pour les autres, c’est silence radio, une posture déjà dénoncée lors du précédent scandale sur les droits d’auteur et qui fait grincer les dents des créateurs. Cette attente de clarification, beaucoup en Europe la vivent comme une partie de poker aux enjeux colossaux.

Un secret industriel jalousement gardé
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ces entreprises défient les demandes répétées de la Commission européenne ? Leurs explications sont rodées : « complexité technique », « sources impossibles à retracer »… Mais sur le terrain, la vraie crainte se devine dans les couloirs : révéler ces secrets, c’est offrir aux auteurs, artistes ou éditeurs les armes juridiques pour réclamer, demain, des compensations financières inédites.
Dans les réunions que j’ai pu suivre, le souci du secret industriel revient systématiquement. Les responsables juridiques pèsent chaque mot — car chaque fichier, chaque page collectée peut potentiellement devenir le point de départ d’un procès long et coûteux. Selon un juriste interrogé lors de la dernière conférence sur l’IA à Paris, « publier nos résumés, ce serait offrir sur un plateau doré la liste des œuvres à indemniser ».
Transparence et droits d’auteur : des modèles sous surveillance
Sur le papier, l’AI Act a tout prévu. Dès qu’un modèle de langage débarque sur le marché européen, la société doit remplir un formulaire — une « base de référence commune » — résumant l’origine de ses jeux de données. Les auteurs pourraient alors vérifier si leur roman, leur peinture ou même leurs publications scientifiques ont servi de carburant aux réseaux de neurones.
L’expérience de Benoît, écrivain lyonnais, m’a frappé. Ce passionné de science-fiction a découvert que plusieurs passages de son livre circulaient sur des forums d’IA, sans jamais savoir si OpenAI ou Google les avaient utilisés. « Je sens que ma plume nourrit des algos invisibles », me confiait-il, mi-agacé, mi-fasciné. À l’image de Benoît, la plupart des créateurs européens réclament un accès à plus de détails, sans se contenter du résumé flou que certaines firmes communiquent pour l’instant.
Des sanctions à l’horizon : qui pliera ?
La Commission européenne ne tolèrera pas l’opacité éternelle. Dès août prochain, ceux qui continuent d’ignorer la règle s’exposent à des amendes pouvant grimper à 15 millions d’euros, ou à 3 % du chiffre d’affaires global pour les mastodontes du secteur. Va-t-on, pour autant, assister à une cascade de sanctions ? L’enjeu n’est pas mince : selon l’Observatoire de la tech, une telle décision pourrait bouleverser l’équilibre financier de toute la filière.
Mais les entreprises savent que la surveillance ne s’arrête pas là. Des experts, comme Julie Martin, alertent : le précédent de l’espionnage industriel chez SpaceX (voir ce dossier) a montré à quel point la confidentialité reste une priorité… jusqu’à ce qu’une fuite change entièrement la donne.
Les stratégies des géants pour contourner la transparence
J’ai observé, ces derniers mois, une palette de stratégies mises en place pour durer sans trop dévoiler. Entre déclarations prudentes de Google (« nous évaluons la meilleure manière de nous conformer ») et le silence de Mistral, la ligne est claire : gagner du temps, avant de s’ouvrir vraiment.
Sur certains forums techniques, des développeurs, frustrés, échangent des hypothèses : « Le résumé publié va-t-il être assez précis pour permettre une action ? » « Les agrégateurs de données vont-ils se retrouver bombardés de requêtes d’avocats ?» Pas de consensus. Mais une chose est sûre : le jour où ces secrets tomberont, le paysage de l’intelligence artificielle européenne en sera métamorphosé.
- Obligation immédiate pour toute IA commercialisée après août 2025, selon le calendrier de l’AI Act.
- Risques juridiques grandissants pour les acteurs du secteur.
- Renforcement de la surveillance par l’UE à partir de l’été prochain.
- Débat vif entre transparence et secret industriel, crucial pour la pérennité du modèle économique.
- Effet domino redouté : une première condamnation entraînerait presque à coup sûr une avalanche de procédures similaires.
La scène française n’est pas épargnée. Mistral, souvent érigé en modèle d’innovation locale, a, selon certains médias, pris des risques pour rivaliser avec les Américains. Ce climat de défiance rappelle l’ambiance d’un grand prix hippique où chaque favori craint la disqualification soudaine suite à un contrôle inopiné.
Envie de suivre d’autres débats haletants en matière technologique ou sociale ? Parcourez le dernier rapport sur les tendances sectorielles, ou plongez dans l’actualité des grandes entreprises confrontées à la régulation sur ce lien.
Et vous, où placez-vous le curseur entre secret industriel et droit d’auteur ? L’an prochain, la réponse pourrait bien tomber dans l’actualité, à la une… ou au tribunal. Ouvrez l’œil, la prochaine révélation n’est qu’à un clic, ou un formulaire bien rempli.
