L’Australie double les sanctions contre les géants de la tech. Le gouvernement a annoncé samedi 27 juin une nouvelle législation portant l’amende maximale à 99 millions de dollars australiens (environ 55 millions d’euros) pour les plateformes qui ne respectent pas l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans.
Cette mesure vise à renforcer la loi entrée en vigueur le 10 décembre 2025, qui avait fait de l’Australie un pays pionnier en matière de régulation des réseaux sociaux pour mineurs. Le régulateur australien enquête actuellement sur de potentiels manquements de la part de Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube, a précisé le gouvernement dans un communiqué.
« Il est clair que les géants de la tech ne font pas assez pour se conformer à la loi ; il y a encore trop d’enfants sur les réseaux sociaux », a déclaré le premier ministre Anthony Albanese. « Ces changements reflètent le sérieux avec lequel nous prenons tout manquement des entreprises de réseaux sociaux à leurs obligations », a-t-il ajouté.
La nouvelle législation renforce également les pouvoirs du commissaire à la sécurité en ligne (eSafety Commissioner), qui pourra contraindre les entreprises à fournir des preuves de leurs actions pour empêcher les moins de 16 ans de créer un compte. Il sera habilité à exiger des informations et des documents des plateformes, ainsi que de tiers comme les prestataires de vérification de l’âge ou les boutiques d’applications.
La ministre des Communications, Anika Wells, a déclaré que les plateformes « adoptent des ruses tout droit sorties du manuel des géants de la tech et font le strict minimum pour s’en sortir ».
En vertu de la nouvelle législation, le commissaire à la sécurité en ligne pourra contraindre les entreprises à fournir des preuves de leurs mesures pour empêcher les moins de 16 ans de créer un compte, sous peine de sanctions financières alourdies. Il sera également habilité à exiger des informations et des documents des plateformes, mais aussi de tiers comme les prestataires de vérification de l’âge ou les boutiques d’applications.
L’Australie a été le premier pays au monde à adopter une interdiction légale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, une décision qui a suscité des débats dans de nombreux pays. La loi australienne impose aux plateformes de prendre des mesures raisonnables pour empêcher l’accès des mineurs, sous peine d’amendes, mais elle ne prévoit pas de sanction pour les adolescents ou leurs parents.
Depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction, plus de cinq millions de comptes détenus par des moins de 16 ans ont été bloqués. Toutefois, une étude publiée dans le British Medical Journal (BMJ) a constaté un impact limité de la mesure. Les chercheurs, qui ont interrogé plus de 400 jeunes utilisateurs avant et après l’entrée en vigueur des restrictions, ont observé peu de changements chez les 12-13 ans, une légère baisse chez les 14-15 ans et une augmentation de l’utilisation chez les 16 ans et plus.
Les mineurs contournaient les restrictions en utilisant des comptes enregistrés au nom de personnes plus âgées, en créant de faux profils ou en se connectant via des navigateurs privés, selon l’étude évaluée par des pairs.
La question de savoir si la législation australienne peut servir de modèle suscite un vif intérêt à l’échelle mondiale. Plusieurs pays ont adopté ou envisagent des interdictions similaires, notamment le Royaume-Uni, l’Indonésie, les Émirats arabes unis et la Nouvelle-Zélande. En France, une proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans est en cours d’examen au Parlement.
Les entreprises concernées se sont engagées à respecter la loi, mais ont averti qu’elles pourraient pousser les adolescents vers des plateformes moins régulées et plus dangereuses. Certaines plateformes indiquent utiliser des outils d’intelligence artificielle pour déterminer l’âge à partir de photos, tandis que d’autres permettent aux utilisateurs de télécharger une pièce d’identité.
