Le Parlement europeen a adopte definitivement, mercredi 17 juin, le reglement autorisant les nouvelles techniques genomiques (NGT) dans l’agriculture de l’Union europeenne. Ces plantes issues de l’edition du genome, sans introduction d’ADN etranger, sont presentees comme un outil d’adaptation au changement climatique mais suscitent l’opposition d’une partie du monde agricole et d’organisations environnementales.
Un vote apres des annees de debats
Les eurodeputes ont adopte le texte en seance pleniere a Strasbourg par une coalition allant des centristes de Renew a l’extreme droite, en passant par le Parti polaire europeen, selon des sources parlementaires. Ce reglement met fin a plusieurs annees de negociations sur le statut juridique des plantes issues des technologies d’edition du genome au sein de l’Union europeenne. Les amendements visant a encadrer plus strictement l’utilisation de ces nouvelles techniques ont ete rejetes lors du vote final. La proposition de reglement avait ete presentee par la Commission europeenne en juillet 2023, ouvrant la voie a un long processus legislatif de pres de trois ans.
NGT : des plantes modifiees sans ADN etranger
Contrairement aux organismes genetiquement modifies (OGM) de premiere generation, les NGT permettent de modifier le genome d’une plante sans introduire d’ADN etranger. Ces techniques, connues sous le nom de nouvelles techniques genomiques (NGT), recouvrent plusieurs methodes d’edition du genome dont CRISPR-Cas9. Elles peuvent rendre les cultures plus resistantes a la secheresse ou aux maladies, et moins gourmandes en eau ou en pesticides, selon leurs promoteurs. Des varietes de ble pauvre en gluten ou des plantes necessitant moins d’apports en engrais figurent parmi les applications deja developpees en laboratoire. Les partisans du texte estiment que ces avancees permettront de reduire l’empreinte environnementale de l’agriculture europeenne tout en maintenant les rendements.
Un texte qui divise le monde agricole
L’adoption de ce reglement suscite de vives reactions. La Confederation paysanne denonce une deregulation qui ouvre la voie, selon elle, a une privatisation totale des semences. Des associations de defense de l’environnement, des organisations de consommateurs et des partis de gauche ont multiplie les alertes, sans parvenir a empecher le vote. Plusieurs ONG craignent des impacts ecologiques non connus a long terme et une dependance accrue des agriculteurs envers les grands groupes semenciers internationaux. Des manifestations d’agriculteurs se sont tenues devant le Parlement europeen a Strasbourg la veille du vote pour denoncer le texte, rapporte la presse.
Un tournant pour l’agriculture europeenne
Ce vote constitue un tournant pour le secteur agricole du Vieux Continent, selon les analystes. Les nouvelles semences NGT pourront etre commercialisees dans l’Union europeenne sous un regime deregule, distinct de celui des OGM de premiere generation. Les grands syndicats agricoles demandaient depuis plusieurs annees l’autorisation de ces techniques, y voyant un moyen d’adapter les cultures au changement climatique et de reduire l’usage de produits phytosanitaires. A l’inverse, les opposants estiment que ces plantes modifiees ne repondent pas aux questions posees par les citoyens sur la qualite et la tracabilite des aliments. Le debat s’annonce vif dans les Etats membres, qui devront transposer le reglement dans leur droit national.
Les enjeux de souverainete alimentaire
Au-dela du debat technique, ce vote pose la question de la souverainete alimentaire de l’Europe. Les partisans du texte soulignent que les NGT peuvent renforcer l’autonomie europeenne en matiere de semences face a la concurrence mondiale, notamment chinoise et americaine. Les detracteurs repondent que la deregulation profite principalement aux multinationales du secteur, qui detiennent deja les brevets sur les principales techniques d’edition du genome. Le reglement entrera en vigueur dans les semaines suivant sa publication au Journal officiel de l’Union europeenne. La Commission europeenne devra ensuite presenter un rapport d’evaluation sur l’impact de ces nouvelles technologies sur l’agriculture et l’environnement d’ici 2029.
