La Banque du Japon (BOJ) a relevé son taux directeur d’un quart de point mardi 16 juin, pour le porter à 1 %, un niveau plus atteint depuis 1995. Le vote s’est soldé par 7 voix pour et 1 contre.
La décision était largement attendue par les marchés. Le taux directeur, qui était de 0,75 % depuis décembre 2025, passe à 1 %, son plus haut niveau depuis trente et un ans. Le conseil d’administration de la banque centrale a voté à 7 contre 1, le membre Toichiro Asada ayant voté contre en faveur d’un statu quo, selon le communiqué publié à l’issue de la réunion.
Un gouverneur hospitalisé, un adjoint aux commandes
Le gouverneur de la BOJ, Kazuo Ueda, était absent de la réunion, hospitalisé pour une durée qui ne devrait pas être longue, a indiqué son adjoint Shinichi Uchida lors de la conférence de presse. Uchida a pris la place de Ueda pour annoncer la décision et répondre aux questions des journalistes. « Je suis attristé par son absence, mais cela n’a pas affecté notre capacité à définir la politique monétaire », a-t-il déclaré, cité par l’Associated Press.
Des tensions inflationnistes liées à la guerre en Iran
La BOJ justifie ce resserrement par les pressions inflationnistes importées, liées notamment à la hausse des prix du pétrole brut dans le contexte du conflit au Moyen-Orient. Le Japon importe la quasi-totalité de son pétrole et de son gaz, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux chocs énergétiques. L’indice des prix à la production a augmenté de 6,3 % sur un an en mai, sa progression la plus rapide depuis plus de trois ans, selon les données officielles citées par CNBC.
L’inflation sous-jacente au Japon s’établissait à 1,4 % en avril, son plus bas niveau depuis mars 2022. Mais la banque centrale estime que la hausse des prix du pétrole pourrait se répercuter sur une large gamme de biens de consommation. Le communiqué de la BOJ précise que « la transmission des prix découlant de la hausse des prix du pétrole brut progresse à un rythme relativement rapide dans les transactions interentreprises », ce qui pourrait alimenter une hausse des prix à la consommation.
La BOJ déterminée à poursuivre la normalisation
Shinichi Uchida a indiqué que la banque centrale continuerait à relever ses taux, sans préciser le calendrier des prochaines hausses. La BOJ poursuit également la réduction de ses rachats d’obligations d’État, à hauteur de 200 milliards de yens par trimestre, et prévoit de maintenir ses achats mensuels à 2 000 milliards de yens à partir d’avril 2027.
Le gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi a adopté un budget supplémentaire de 3 000 milliards de yens (environ 18,8 milliards d’euros) pour protéger les ménages de la hausse des prix de l’énergie, selon les informations rapportées par CNBC. Ce budget s’ajoute au budget annuel déjà voté et vise à subventionner les factures d’électricité et de carburant.
Les marchés saluent une décision attendue
L’indice Nikkei 225 a terminé la séance de mardi en légère hausse de 0,1 %, après avoir brièvement dépassé les 70 000 points en début de journée. Le yen s’est légèrement renforcé pour s’établir à 160,22 yens pour un dollar américain. Le rendement des obligations d’État japonaises à 10 ans a augmenté de 3 points de base, à 2,615 %, rapporte CNBC.
Le Japon a dépensé 11 700 milliards de yens (environ 73,5 milliards de dollars) en opérations d’intervention sur le marché des changes en mai pour tenter de soutenir sa monnaie, affaiblie par l’écart de taux avec les autres grandes économies. La BOJ est la dernière grande banque centrale à relever ses taux, après des années de politique monétaire ultra-accommodante visant à lutter contre la déflation.
