J’ai rencontré Lucie, ingénieure réseau dans une PME industrielle de la région lyonnaise, le matin même où la nouvelle est tombée : Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, s’apprête à larguer plus de 5 000 satellites sous la bannière TeraWave. Sur son bureau, les journaux tech titraient en bloc sur ce défi majeur lancé à Starlink, le géant d’Elon Musk. Dans ce secteur où la fibre peine encore à séduire certaines zones isolées, désormais, c’est la flotte spatiale qui promet la prochaine révolution du très haut débit — mais à qui s’adresse vraiment cette offensive ?
Jeff Bezos, la constellation TeraWave et la nouvelle course à l’espace
Si j’ai bien entendu les arguments de Lucie et de ses collègues, la montée en puissance de Blue Origin n’a rien d’anodin. Pendant que SpaceX fortifie Starlink, fort de ses neuf millions d’abonnés et près de 9 000 satellites, Bezos fait le choix de la sélectivité. Sa constellation TeraWave, prévue pour un déploiement dès fin 2027, mise tout sur l’usage critique : gouvernements, datacenters, industries stratégiques, loin des foyers grand public visés par Starlink. On parle ici de capacité, pas de volume, et d’une concurrence spatiale qui bascule vers l’élite du numérique.

Pour vous donner une idée de la rupture promise : selon Blue Origin, les clients de TeraWave pourraient ressentir, littéralement, une connexion à 144 Gbps, quand Starlink plafonne autour de 300 Mbps pour la majorité des utilisateurs. Imaginez gérer une cybersécurité nationale ou un hub logistique critique sans la moindre latence perceptible : ce n’est plus une fiction.
Starlink vs TeraWave : la bataille des géants redessine l’internet par satellite
Mais pourquoi cette focalisation sur les professionnels ? Pour répondre, j’ai échangé avec Samuel Roux, chercheur à l’Institut des Communications Orbitales, qui m’a confié : « Les infrastructures critiques pèsent lourd dans tous les scénarios de cyberdéfense ou de gestion de crise – et aujourd’hui, seule une puissance comme Blue Origin ose penser le déploiement d’un réseau souverain face aux aléas géopolitiques. »
Le constat est limpide : alors que la panne mondiale de Starlink du printemps dernier a révélé les failles d’un internet satellitaire « grand public », Bezos vient offrir une alternative presque militaire, pensée pour la résilience et la performance, avec un mix inédit de satellites en orbite basse et moyenne.
Si vous pensiez que la technologie des constellations était réservée au domaine civil, détrompez-vous… Chez Blue Origin, on rêve de sécuriser les communications d’État, d’optimiser la gestion de réseaux d’énergie et de soutenir la télémédecine dans les régions les plus reculées.
Amazon, Blue Origin et la rivalité numérique familiale
Un détail piquant m’a frappé dans les échanges de couloir : tout le monde semble oublier que Amazon lui-même, via son projet Leo, prévoit plus de 3 200 satellites pour interconnecter le monde professionnel et institutionnel – avec, en prime, la collaboration technique de Blue Origin. La rivalité interne frôle la fiction familiale : Jeff Bezos défie sa propre création tandis que Dave Limp, ex-Amazon, dirige désormais Blue Origin. Pour les experts, cette synergie-concurrence est unique sur la scène spatiale.
Vous avez suivi la saga de Kuiper ? Elle n’est peut-être que la première saison d’une guerre froide entre deux entités sœurs, toutes deux obsédées par la conquête de l’internet par satellite… et toutes deux incarnant le pari du cloud orbital au service de l’économie mondiale.
TeraWave : des performances qui changent les règles du jeu
Prenons l’exemple de Benoît, directeur de production dans une entreprise agroalimentaire. Installé en Corrèze, il m’expliquait : « Sans fibre, nos capteurs industriels perdaient parfois le signal plusieurs heures d’affilée. Avec un accès TeraWave, le débit annoncé nous fait passer du Minitel à l’ère quantique… ». L’anecdote traduit ce que Julie Martin, directrice de l’Observatoire Spatial, résume : « Avec une capacité de 6 Tbps et des débits par client vingt fois supérieurs à la concurrence, ce réseau créera de nouveaux standard pour les missions critiques ».
Et ce n’est pas tout : les retombées côté développement rural, enseignement ou santé pourraient être massives sur la connectivité mobile… à condition que le modèle économique suive.
- Un débit par client jusqu’à 144 Gbps, contre 300 Mbps chez Starlink
- Une cible professionnelle : États, datacenters, entreprises stratégiques
- Des satellites hybrides en orbite basse et moyenne pour une couverture et une résilience accrues
- Objectif : 5 408 satellites, avec début du déploiement prévu au quatrième trimestre 2027
- Collaboration (et compétition) unique avec Amazon et son projet Leo
Quand la flotte spatiale devient enjeu industriel, social et géopolitique
Ce que j’ai perçu sur le terrain, c’est une véritable bascule culturelle : la concurrence spatiale ne concerne plus (seulement) les records de débits, mais la souveraineté numérique, la sécurité et l’inclusion des territoires. Déjà, les industriels se demandent si Blue Origin pourra tenir la cadence face à la maestria opérationnelle de SpaceX et à l’expérience accumulée chez Amazon.
Sur ce marché en pleine mutation, chaque panne (comme celle ayant affecté récemment Starlink) rappelle que la robustesse de l’internet par satellite est loin d’être acquise.
Derrière la promesse de flux de données supersoniques, il y a surtout, en 2026, la perspective d’une nouvelle cartographie des puissances technologiques. Une bataille où chaque lancement, chaque déploiement de flotte spatiale, et chaque panne fait la une — et où chaque professionnel, comme Lucie ou Benoît, devient acteur du réseau de demain.
Si ce vaste chantier réveille votre curiosité, jetez un œil aux dossiers sur les retombées de Starlink sur les réseaux terrestres ou interrogez-vous sur le rôle stratégique des satellites dans la défense de demain. Qui parmi vous a déjà testé la bascule vers un internet satellitaire ? Racontez-moi votre aventure, ou abonnez-vous pour ne rien rater de cette guerre des constellations qui vient tout juste de commencer…
