J’ai rencontré Li Wei, 27 ans, devant un café de Shanghai. Son smartphone vissé à la main, il rit jaune : « Demumu m’a déjà sauvé d’une solitude que je ne soupçonnais pas. » Voilà comment commence le récit d’une application surprenante devenue, en quelques mois, un phénomène de société. Simple dans son concept, radicale dans sa promesse : elle vous pose, tous les deux jours, la question ultime. Êtes-vous mort ? Si vous ne répondez pas, quelqu’un sera averti pour venir vérifier. Derrière cette simplicité apparente, c’est tout un pan de la psychologie moderne et une authentique réflexion sur la peur de l’isolement qui se révèlent.
Dans le brouhaha de Shenzhen, ou à New York, on croise désormais des utilisateurs de toutes origines. Beaucoup arborent une même étincelle : ce petit rien d’angoisse, cette curiosité morbide mêlée d’humour noir. Comme si l’application venait titiller la part la plus intime d’une époque obsédée par la santé, le vieillissement… et l’angoisse de finir seul.
Quand une application surprenante s’attaque à l’isolement urbain
Depuis mai dernier, Demumu explose sur les stores asiatiques, mais aussi aux États-Unis, à Singapour, en Australie, et même en Espagne. On compte déjà plus de 50 000 téléchargements en quelques semaines seulement (source : médias locaux chinois). Près d’un million de foyers composés d’une seule personne dans les grandes villes chinoises, et l’estimation grimpe à 200 millions d’ici 2030.
Imaginez Wang Yu, 23 ans, tout juste débarqué à Pékin pour son premier stage. Seul, loin de sa famille, il redoute de « disparaître sans bruit. » Dans ce décor, une interrogation douce-amère s’impose : comment rassurer les proches quand on vit à distance ? La recette de Demumu : une notification urgente envoyée à un contact d’urgence si l’utilisateur ne répond pas durant 48 heures. Cette expérience à la frontière de la technologie et du soutien psychologique ne laisse personne indifférent.

Le succès viral et ses racines sociales
Même si le nom de l’app – littéralement « Es-tu mort ? » – a choqué au départ, il n’a pas freiné l’enthousiasme. Certains craignaient même que l’application soit interdite rapidement, ce qui a provoqué un boom des téléchargements par crainte de la voir disparaître. Cette viralité inattendue s’explique notamment par la montée de l’individualisme urbain et la peur croissante de mourir seul, un tabou encore vif en Asie mais aussi chez beaucoup de jeunes expatriés.
Du côté des développeurs, on retrousse déjà les manches pour satisfaire une clientèle élargie : une version dédiée aux seniors est en préparation. Les équipes planchent sur les retours d’utilisateurs, adaptant le nom et peaufinant la stratégie pour toucher un public plus large. À la clé ? Une réflexion sur le rapport à la mort à l’ère de l’ultra-connexion.
L’expérience Demumu : du questionnement macabre au lien social
Vous vous demandez sûrement : « Pourquoi s’infliger une telle expérience ? » Justement parce que l’angoisse du silence est universelle. Chez Xinyi, 32 ans, expatriée à Singapour, c’est la promesse de ne plus se sentir invisible. « Je sais que quelqu’un aura de mes nouvelles, même si je ne peux plus répondre. » Cette perspective rassurante transforme une interrogation anxiogène en filet de sécurité.
Le succès n’est pas anodin. Selon une étude publiée par l’Université de Pékin fin 2025, 68 % des jeunes adultes vivant seuls redoutent que personne ne remarque leur disparition en cas d’accident. Les chiffres résonnent tristement avec certaines affaires récentes, comme l’enquête ouverte après la mort mystérieuse d’une jeune femme, révélée par ce reportage. La société, face à cette peur sourde, invente donc de nouveaux outils pour s’en prémunir.
Petite liste des usages détournés et inattendus
- Jeunes actifs expatriés : rassurer des parents restés au pays, même à 10 000 km de distance.
- Étudiants isolés : créer un réflexe « check-in » qui rassure tout le groupe d’amis ou la colocation.
- Solitude urbaine : devenir prétexte à lancer la discussion sur la santé mentale ou sa propre psychologie.
- Prévention pour les seniors autonomes : projet pilote en préparation, déjà plébiscité pour son utilité.
- Expérience sociale : aborder sans détour la question du décès et du devenir individuel, phénomène encore rare dans les cultures asiatiques.
Le smartphone n’est plus seulement un outil de distraction ou de productivité : il devient un compagnon pour prévenir l’abandon ou la disparition silencieuse. Un glissement passionnant de la tech vers l’intimité, qui pourrait inspirer d’autres secteurs – comme la sécurité personnelle ou la santé connectée.
Regards croisés : technologie, éthique et avenir du rapport à la mort
À la terrasse d’un bar de Shenyang, j’ai entendu pour la première fois un débat inattendu sur cette « application de la mort ». Pour certains, Demumu propage une angoisse inutile. Pour d’autres, c’est le symptôme d’un avenir où l’intelligence artificielle s’immisce jusque dans notre rapport à la finitude. « Est-ce la société qui a changé ou juste nos peurs qui ont trouvé une nouvelle voie ? » me lançait un ingénieur.
Les débats autour de la propriété intellectuelle et des droits numériques, déjà ouverts dans d’autres domaines, pourraient vite croiser la route de ces applications existentielles. Si la question vous intéresse, consultez cet éclairage détaillé sur les enjeux de la propriété intellectuelle à l’ère du tout-numérique.
Mais que dit la société du succès d’une telle innovation ? Qu’on ait 20 ou 80 ans, cette interrogation technologique agit comme un miroir captivant. Pendant que certains s’amusent à tester la robustesse de leurs smartphones dernière génération (à lire dans ce comparatif), d’autres investissent une nouvelle manière de rester reliés à autrui… même après le dernier message envoyé.
