Le groupe automobile allemand Volkswagen envisagerait de doubler ses suppressions d’emplois, avec jusqu’a 100 000 postes menaces et quatre usines en Allemagne sur la sellette, selon le magazine Manager Magazin.
Un plan qui double la casse sociale
Selon Manager Magazin, qui cite deux sources non identifiees, le PDG Oliver Blume a presente un projet de restructuration lors d’une reunion du directoire en debut de semaine. Ce plan porterait le total des suppressions de postes a 100 000, soit le double des 50 000 suppressions en Allemagne d’ici a 2030 deja annoncees en mars, dont environ 28 000 departs ont deja ete acceptes par les salaries.
Le groupe, qui emploie 657 000 personnes dans le monde, ne confirme pas officiellement ces chiffres. Contacte par l’AFP, un porte-parole a declare que le modele economique actuel ne fonctionne plus, en l’etat, pour toutes les marques. Concevoir des voitures en Allemagne, les produire en Europe et les exporter dans le monde entier ne suffit plus.
Quatre usines dans le viseur
Le volet le plus sensible du projet concerne les sites allemands. Volkswagen envisagerait de fermer a moyen terme quatre usines de production en Allemagne : le site Audi de Neckarsulm, ainsi que les usines Volkswagen de Hanovre, Zwickau et Emden. Pendant des annees, les accords internes avaient consacre un tabou implicite : pas de fermeture d’usine en Allemagne, meme en cas de crise.
Le projet contournerait ce tabou en misant sur une extinction progressive des capacites. A Zwickau et Emden, pionniers de l’offensive electrique du groupe, la direction pourrait laisser les lignes s’arreter a mesure que les modeles actuels arrivent en fin de vie, sans les remplacer par de nouveaux programmes. A Hanovre et Neckarsulm, la consigne serait de reduire progressivement la charge, dans le cadre d’un plan de reduction des frais generaux de 11 milliards d’euros par an d’ici a la fin de la decennie.
Un bras de fer avec les syndicats
La reaction syndicale ne s’est pas fait attendre. Dans un communique commun publie vendredi, le comite d’entreprise et IG Metall ont affirme que les articles parus dans la presse inquietent, a juste titre, le personnel et les regions ou sont implantes les sites. Ils prevennent que si de tels projets devaient etre mis en oeuvre, ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour les empecher.
Les representants des salaries detiennent la moitie des sieges au conseil de surveillance de Volkswagen, auxquels s’ajoutent deux sieges pour le Land de Basse-Saxe, actionnaire public du groupe. Ce dispositif de cogestion, longtemps presente comme une force du modele allemand, devient aujourd’hui un champ de bataille. La direction semble avoir choisi de frapper fort avec des hypotheses maximales, pour creer un choc psychologique avant d’entrer dans des negociations au long cours.
Une crise industrielle profonde
Le groupe Volkswagen, qui regroupe dix marques (VW, Audi, Porsche, Skoda et Seat notamment), traverse une crise structurelle. Son benefice net a chute de 28 % au premier trimestre 2026, et son resultat operationnel 2025 a plonge de 53 %, a 8,9 milliards d’euros, pour un chiffre d’affaires quasi stable a 322 milliards.
« Comme le reste de l’industrie automobile, Volkswagen subit l’envolee des couts de l’energie en Allemagne, une concurrence chinoise accrue sur le marche des vehicules electriques, des difficultes a rentabiliser sa transition vers l’electrique et les tensions commerciales avec les Etats-Unis. Les droits de douane americains menacent directement ses exportations depuis l’Europe.
Le 30 avril, l’entreprise avait deja annonce vouloir accelerer son programme d’economies apres la chute de son benefice trimestriel. Si le plan est confirme, il s’agirait de la plus grande restructuration de l’histoire du groupe, avec des consequences majeures pour l’emploi industriel en Allemagne et en Europe.
