Le Senat a approuve mardi 30 juin la reintroduction encadree de deux insecticides interdits, dont l’acetamipride, dans le cadre de l’examen de la loi d’urgence agricole. Cette decision relance le debat sur l’utilisation des pesticides en France.
Les senateurs ont adopte un amendement autorisant, a titre derogeatoire, l’utilisation de deux insecticides dont l’acetamipride, un neonicotinoide interdit en France depuis 2018 en raison de sa toxicite pour les abeilles. Cette mesure figurait deja dans la precedente loi Duplomb, censuree par le Conseil constitutionnel en 2025, et a ete reintroduite dans le projet de loi d’urgence agricole actuellement examine par le Parlement.
Selon plusieurs sources (Le Monde, franceinfo, Public Senat), le vote est intervenu apres des debats nourris au sein de la chambre haute. Les senateurs favorables a la mesure argumentent que ces derogations sont necessaires pour permettre aux agriculteurs francais de faire face a des impasses techniques dans certaines cultures, notamment la betterave sucriere. Les opposants denoncent un retour en arriere inacceptable sur le plan environnemental et sanitaire.
L’acetamipride, substance de la famille des neonicotinoides, est un insecticide neurotoxique pour les abeilles et autres pollinisateurs. Son interdiction en France et dans l’Union europeenne reposait sur le principe de precaution et les donnees scientifiques etablies par l’Autorite europeenne de securite des aliments (EFSA). Les organisations environnementales et plusieurs syndicats agricoles ont immediatement condamne cette decision, estimant qu’elle affaiblit la protection de la biodiversite.
La ministre de la Transition ecologique a denonce des reculs pas acceptables sur les dossiers des pesticides, de l’eau et du loup, selon Public Senat. Le gouvernement s’etait pourtant dit favourable a un equilibre du texte, appelant les senateurs a ne pas rouvrir des controverses qui avaient deja conduit a la censure de la loi Duplomb.
Le texte de loi d’urgence agricole, initialement presente par le gouvernement pour repondre a la crise du secteur, comprend plusieurs autres mesures portant sur la gestion de l’eau, la predation du loup et les revenus agricoles. L’adoption de l’amendement sur les pesticides pourrait toutefois compromettre l’equilibre politique du texte, selon plusieurs observateurs.
Le projet de loi doit encore etre examine par une commission mixte paritaire, chargee de trouver un compromis entre les versions de l’Assemblee nationale et du Senat. Un recours devant le Conseil constitutionnel est egalement anticipe par les opposants a la mesure.
Cette reintroduction suscite de vives reactions du monde agricole et des associations de defense de l’environnement. Les syndicats agricoles majoritaires se montrent divises : si certains saluent une avancee technique pour les filieres en difficulte, d’autres denoncent un signal negatif envoye aux consommateurs et aux partenaires commerciaux europeens. Les associations environnementales ont annonce leur intention de saisir la justice administrative pour contester cette derogation.
La question des pesticides interdits mais toujours utilises sous derogation constitue un dossier recurrent pour les gouvernements francais successifs. Entre 2021 et 2025, plusieurs derogations ont ete accordees pour les betteraviers, permettant l’utilisation de semences enrobeses de neonicotinoides malgre l’interdiction. Cette nouvelle mesure s’inscrit dans la continuite de ces derogations temporaires, tout en etendant le perimetre a d’autres cultures.
La loi d’urgence agricole a ete presente par le gouvernement au printemps 2026 pour repondre a la crise de confiance du secteur, apres une annee marquee par des mobilisations d’agriculteurs dans plusieurs regions. Outre les pesticides, le texte aborde la simplification administrative, le renouvellement des generations et la souverainete alimentaire. Son examen au Senat a ete suivi de pres par les organisations professionnelles et les ONG environnementales.
Au niveau europeen, la Commission preserve son objectif de reduction de 50 % de l’utilisation des pesticides chimiques d’ici a 2030, dans le cadre de la strategie Farm to Fork. La decision du Senat francais intervient alors que plusieurs Etats membres remettent en cause le calendrier et les modalites de cette transition, face aux pressions du secteur agricole et a la hausse des couts de production.
